SIMPLES
ENTRETIENS SUR LES ÉVANGILES
Évangile
selon JEAN
par Samuel Prod’hom
Table des
matières :
2.1 Chapitre
1 v. 1-5 — La Parole
2.2 Chapitre
1 v. 6-13 — Témoignage de Jean le baptiseur
2.3 Chapitre
1 v. 14-18 — La Parole devint chair
2.4 Chapitre
1 v. 19-28 — Réponse de Jean aux Juifs
2.5.1 Premier
lendemain ou premier jour
2.5.2 Second
lendemain ou second jour
3.1 Chapitre
2 v. 1-12 — Les noces de Cana
3.2 Chapitre
2 v. 13-15 — Purification du temple
4.1 Chapitre
3 v. 1-13 — La nouvelle naissance
4.2 Chapitre
3 v. 14-16 — La vie éternelle
4.3 Chapitre
3 v. 17-21 — Conséquences de l’incrédulité
4.4 Chapitre
3 v. 22-36 — L’ami de l’époux
5.1 Chapitre
4 v. 1-9 — Sur le chemin de Samarie
5.2 Chapitre
4 v. 10-18 — La fontaine d’eau vive
5.3 Chapitre
4 v. 19-30 — Le lieu où il faut adorer
5.4 Chapitre
4 v. 31-38 — La moisson
5.5 Chapitre
4 v. 39-42 — Les Samaritains
5.6 Chapitre
4 v. 43-45 — Les Galiléens
5.7 Chapitre
4 v. 46-54 — Guérison du fils d’un seigneur de la cour
6.1 Chapitre
5 v. 1-9 — Au réservoir de Béthesda
6.2 Chapitre
5 v. 10-16 — Les Juifs et le Sabbat
6.3 Chapitre
5 v. 17-24 — Le travail du Père et du Fils
6.4 Chapitre
5 v. 25-27 — L’heure actuelle
6.5 Chapitre
5 v. 28, 29 — L’heure qui vient
6.6 Chapitre
5 v. 30-40 — Quadruple témoignage rendu à Jésus
6.7 Chapitre
5 v. 41-43 — Conséquences qui découlent du refus de recevoir Jésus
6.8 Chapitre
5 v. 44 — Ce qui empêche de croire
6.9 Chapitre
5 v. 45-47 — La Parole écrite
7.1 Chapitre
6 v. 1-15 — Multiplication des pains
7.2 Chapitre
6 v. 16-21 — Les disciples dans l’orage
7.3 Chapitre
6 v. 22-31 — Comment faire l’œuvre de Dieu
7.4 Chapitre
6 v. 32-47 — Le pain de Dieu
7.5 Chapitre
6 v. 48-57 — La vie dans la mort de Christ
7.6 Chapitre
6 v. 60-71 — Ceux qui se retirent de Jésus
8.1 Chapitre
7 v. 1-13 — La fête des tabernacles
8.2 Chapitre
7 v. 14-36 — Jésus à la fête
8.3 Chapitre
7 v. 37-53 — La dernière journée de la fête
9.1 Chapitre
8 v. 1-11 — Jésus et la femme adultère
9.2 Chapitre
8 v. 12-20 — Jésus la lumière du monde
9.3 Chapitre
8 v. 21-30 — Conséquences de l’incrédulité
9.4 Chapitre
8 v. 31, 32 — Privilège de ceux qui croient
9.5 Chapitre
8 v. 33-37 — L’homme esclave du péché
9.6 Chapitre
8 v. 37-50 — L’homme enfant du Diable
9.7 Chapitre
8 v. 51-59 — Jésus révèle la gloire de sa personne
10.1 Chapitre
9 v. 1-12 — Guérison d’un aveugle
10.2 Chapitre
9 v. 13-23 — L’aveugle guéri devant les pharisiens
10.3 Chapitre
9 v. 24-34 — Beau témoignage de l’aveugle guéri
10.4 Chapitre
9 v. 35-41 — L’aveugle guéri rencontre le Fils de Dieu
11.1 Chapitre
10 v. 1-6 — Le Berger, les brebis et le Portier
11.2 Chapitre
10 v. 7-10 — Jésus la porte des brebis
11.3 Chapitre
10 v. 11-15 — Le bon berger
11.4 Chapitre
10 v. 16 — D’autres brebis seront amenées
11.5 Chapitre
10 v. 17-21 — Jésus donne à son Père un motif pour l’aimer
11.6 Chapitre
10 v. 22-30 — Jésus au portique de Salomon
11.7 Chapitre
10 v. 31-42 — Les Juifs veulent encore lapider Jésus
12.1 Chapitre
11 v. 1-16 — Jésus apprend que Lazare est malade
12.2 Chapitre
11 v. 17-25 — Jésus rencontre Marthe
12.3 Chapitre
11 v. 29-44 — Jésus au sépulcre
12.4 Chapitre
11 v. 45-57 — Les chefs du peuple déclarent que Jésus doit mourir
13.1 Chapitre
12 v. 1-11 — Jésus à table à Béthanie
13.2 Chapitre
12 v. 12-19 — Jésus acclamé comme roi
13.3 Chapitre
12 v. 20-26 — Des Grecs désirent voir Jésus
13.4 Chapitre
12 v. 27-36 — L’heure de la mort
13.6 Chapitre
12 v. 37-43 — Endurcissement du peuple
13.7 Chapitre
12 v. 44-50 — Dernier appel du Seigneur
14.1 Chapitre
13 v. 1-11 — Le lavage des pieds
14.2 Chapitre
13 v. 12-20 — Un exemple donné
14.3 Chapitre
13 v. 21-30 — Judas est dénoncé
14.4 Chapitre
13 v. 31-33 — Le fils de l’homme glorifié
14.5 Chapitre
13 v. 34-38 — Un commandement nouveau
15.1 Chapitre
14 v. 1-3 — «La maison de mon Père»
15.2 Chapitre
14 v. 4-7 — Le chemin
15.3 Chapitre
14 v. 8-14 — «Qui m’a vu, a vu le Père»
15.4 Chapitre
14 v. 15-20 — Le Consolateur
15.5 Chapitre
14 v. 21-24 — Aimer c’est obéir
15.6 Chapitre
14 v. 25-31 — Autres avantages du départ de Jésus
16.1 Chapitre
15 v. 1-8 — Le vrai cep
16.2 Chapitre
15 v. 7 et 8 — La prière
16.3 Chapitre
15 v. 9-15 — «Demeurez dans mon amour»
16.4 Chapitre
15 v. 16-21 — Les disciples haïs du monde
16.5 Chapitre
15 v. 22-25 — La cause du péché du monde
16.6 Chapitre
15 v. 26, 27 — Un double témoignage rendu à Christ
17.1 Chapitre
16 v. 1-4 — La religion sans Christ
17.2 Chapitre
16 v. 5-7 — Ce qui était avantageux pour les disciples
17.3 Chapitre
16 v. 8-11 — De la présence du Saint Esprit quant au monde
17.4 Chapitre
16 v. 12-15 — Ce que fait le Saint Esprit pour les croyants
17.5 Chapitre
16 v. 16-22 — Joie du monde et joie des disciples
17.6 Chapitre
16 v. 23-28 — Les disciples en relation avec le Père
18.1 Chapitre
17 v. 1-5 — Jésus demande d’être glorifié
18.2 Chapitre
17 v. 6-8 — Ceux que le Père a donnés à Jésus
18.3 Chapitre
17 v. 9-13 — Ceux pour lesquels Jésus prie
18.4 Chapitre
17 v. 14-19 — Les disciples et le monde
18.5 Chapitre
17 v. 20, 21 — Jésus fait des demandes pour tous ceux qui croient
18.6 Chapitre
17 v. 22, 23 — L’unité en gloire
18.7 Chapitre
17 v. 24-26 — Jésus veut que les siens voient sa gloire
19.1 Chapitre
18 v. 1-11 — Jésus se livre
19.2 Chapitre
18 v. 12-14 et 19-24 — Jésus devant Caïphe
19.3 Chapitre
18 v. 15-18 et 25-27 — Simon Pierre
19.4 Chapitre
18 v. 28-40 — Jésus devant Pilate
20.1 Chapitre
19 v. 1-7 — Pilate fait fouetter Jésus
20.2 Chapitre
19 v. 8-16 — Condamnation de Jésus par Pilate
20.3 Chapitre
19 v. 17-24 — Le crucifiement
20.4 Chapitre
19 v. 25-30 — Jésus et sa mère
20.5 Chapitre
19 v. 31-37 — Dernier outrage à Jésus
20.6 Chapitre
19 v. 38-42 — Jésus est avec le riche dans sa mort
21.1 Chapitre
20 v. 1-10 — Le Seigneur ressuscité, mais invisible
21.2 Chapitre
20 v. 11-13 — Marie et les anges
21.3 Chapitre
20 v. 14-18 — Marie rencontre le Seigneur
21.4 Chapitre
20 v. 19-23 — Le premier rassemblement autour du Seigneur
21.5 Chapitre
20 v. 24-31 — Le second dimanche
22.1 Chapitre
21 v. 1-14 — Troisième manifestation de Jésus
22.2 Chapitre
21 v. 15-19 — Relèvement de Pierre
22.3 Chapitre
21 v. 20-25 — Pierre et Jean
Le sujet de
l’évangile selon Jean est : «Dieu manifesté en chair», Dieu présenté aux
hommes dans la personne de son Fils Jésus Christ, Dieu se révélant sous le
caractère de Père, dont le «Fils unique qui est dans le sein du Père» a été
l’expression parfaite. L’homme ne pouvait pas aller à Dieu à cause de la
souillure du péché. C’est Dieu qui vient à lui en grâce et en vérité.
Nous voyons donc,
dans ce merveilleux évangile, Jésus, le Fils de Dieu, au milieu des hommes, la
parfaite révélation de ce que Dieu est dans sa nature : Lumière et Amour, mais sans l’éclat de cette lumière inaccessible, de cette
gloire qui eût anéanti tous ceux qui en auraient aperçu le moindre rayon.
Cependant tout ce qu’est Dieu, amour et lumière, a été présenté en grâce à tous
les hommes, puisque Dieu vint sous une forme humaine, un homme réel, accessible
à chacun, comme nous l’avons vu dans les trois premiers évangiles. Dans cette
humanité parfaite, celui qui rencontrait Jésus ici-bas, rencontrait Dieu :
Dieu manifesté en chair, la Parole faite chair. Dans cet abaissement, Dieu
apportait aux hommes la vie. La loi l’avait promise à qui l’observait ;
mais aucun ne put l’obtenir par ce moyen. Au lieu d’exercer ses justes
jugements sur les hommes, Dieu, en son Fils, leur apporte la vie qu’il leur
destinait de toute éternité et qu’il donne gratuitement à quiconque le reçoit.
Aussi personne n’a lu les quatre évangiles avec quelque peu d’attention sans
avoir remarqué la grande différence qui existe entre celui qui nous occupe et
les trois premiers. Celui-ci attire le cœur par l’amour et la grâce qui s’y
manifestent, car Dieu y est révélé comme Père, Dieu le Fils venu au milieu des
hommes pour nous apporter la grâce et la vérité, Dieu, donnant (chap. 4:10) et
n’exigeant jamais rien.
Puisque l’évangile
selon Jean traite de la manifestation au monde de Dieu en grâce, Dieu le Père,
il ne présente pas au peuple juif Jésus pour le recevoir comme Messie, ainsi
que cela a lieu dans les trois premiers, qui se terminent par l’histoire de son
rejet. Jean constate, dès le début, le rejet de Christ : «Il était dans le
monde, et le monde fut fait par lui ; et le monde ne l’a pas connu. Il
vint chez soi (chez les Juifs) ; et les siens ne l’ont pas reçu» (chap.
1:10-11. C’est pourquoi nous voyons Dieu s’élever au-dessus de l’état de
l’homme pécheur et ruiné, pour agir en grâce et en puissance envers tous, non
seulement envers les Juifs, mais envers le monde entier. Le sujet de l’évangile
selon Jean est donc Jésus, Fils de Dieu, Dieu le Fils, Dieu homme. En
présentant une telle personne, l’évangéliste ne pouvait commencer par une
généalogie comme Matthieu et Luc qui montrent Jésus descendant d’Abraham ou
d’Adam. Tel qu’il est en Jean, il n’a pas de commencement ; il est éternel
comme Dieu, puisqu’il est Dieu.
Comme dans les autres
évangiles, nous voyons aussi que les différences dans les récits tiennent au
caractère sous lequel l’Esprit de Dieu présente le Seigneur. Nous n’y trouvons
pas, par exemple, l’expression : «Notre Père qui es aux cieux», puisque Dieu,
comme Père, est présent sur la terre dans la personne du Fils. Nous n’y
trouvons ni la transfiguration, ni l’institution de la cène, ni l’ascension.
Tous les miracles, au
nombre de sept seulement, fournissent chacun l’occasion de développer les
grandes vérités qui caractérisent l’évangile.
Les trois premiers
chapitres servent d’introduction ou de préface. Le ministère du Seigneur ne
commence proprement qu’avec le chapitre 4 et se poursuit jusqu’au douzième
inclusivement. Une fois son service public accompli, Jésus donne à ses
disciples, dans les chapitres 13 à 17, les instructions relatives à son départ
et annonce la venue du Saint Esprit. Enfin les quatre derniers chapitres nous
rapportent la mort, la résurrection et les apparitions de Jésus aux siens.
«Au commencement
était la Parole ; et la Parole était auprès de Dieu ; et la Parole
était Dieu. Elle était au commencement auprès de Dieu» (v. 1, 2). Jésus est
appelé «la Parole», l’expression parfaite de la pensée de Dieu. Cette parole a
pris une forme : elle «devint chair» (v. 14). Elle vint dans un homme
qu’on pouvait rencontrer chaque jour lorsqu’il était ici-bas et que nous
verrons dans la gloire éternellement. Les évangiles de Matthieu et de Luc nous
racontent comment la chose eut lieu, mystère insondable pour tout autre que
Dieu lui-même. Au lieu de parler de la naissance de Jésus, Jean nous dit ce
qu’il était éternellement avant sa venue dans ce monde, avant ce qui eut un
commencement : anges, cieux et terre. Lorsque ce qui fut créé a commencé,
la Parole était. «Au commencement était
la Parole». Cette Parole «était auprès de Dieu», donc distincte de Dieu ;
mais «elle était Dieu». «Au commencement», non seulement dans l’éternité, «elle
était auprès de Dieu». Nous apprenons, par ces déclarations que, de toute
éternité, la personne du Seigneur, le Fils de Dieu, existait ; il n’a
jamais eu de commencement. Tout en étant Dieu, quant à sa nature, il était
distinct de Dieu comme personne. Si nous pouvons parler d’un commencement quant
à Jésus, cela ne concerne que son humanité ; il n’a été Homme que depuis
sa naissance, alors qu’il devint chair. En voyant le petit enfant dans la
crèche à Bethléhem, on voyait celui qui, de toute éternité, était auprès de
Dieu, était Dieu, et par qui toutes choses furent créées. Son humanité n’a rien
changé aux gloires de sa personne ; aucune n’en a été atténuée ; au
contraire, c’est en Jésus que les gloires de Dieu furent manifestées dans leurs
perfections et mises à la portée des hommes. Les gloires sont les perfections
de Dieu manifestées dans la personne de son Fils ; l’amour, la lumière, la
grâce, la bonté, la miséricorde, la patience, la justice, la sainteté, la
vérité, la fidélité, et ainsi de suite. On ne peut rien concevoir de plus
merveilleux que cette manifestation de Dieu en grâce dans la personne de celui
qui, après s’être anéanti comme Dieu, a été trouvé en figure comme un homme
afin de sauver le pécheur, Dieu venant au milieu des hommes, à leur portée,
sans qu’ils fussent anéantis par sa présence, lui que nul ne peut voir et vivre
(Exode 33:20). De tout temps, les incrédules se sont efforcés de nier
l’inspiration de l’évangile selon Jean, parce que la divinité de Jésus le
caractérise. Le croyant, au contraire, est rempli d’admiration en considérant
les gloires merveilleuses de celui qui vint dans ce monde pour le sauver. Cela
dépasse tout ce qui pouvait monter au cœur de l’homme et le remplit de louanges
et d’adoration, ici-bas, en attendant que nous puissions louer et adorer,
lorsque nous verrons face à face la glorieuse personne du Fils de Dieu, en
jouissant pleinement de son amour parfait dans la lumière céleste.
«Toutes choses furent faites par elle», nous dit le verset 3, «et sans
elle pas une chose ne fut faite de ce qui a été fait». En Genèse 1, nous
lisons : «Au commencement Dieu créa les cieux et la terre. Là, Dieu créa.
Ici, la création est attribuée à la Parole, puisque la Parole était Dieu, tout
en étant distincte de Dieu, ce que prouve aussi Genèse 1:26, lorsque Dieu
dit : «Faisons l’homme à notre image, selon notre ressemblance». Au
chapitre 11:7, il est aussi dit : «Allons, descendons, et confondons là
leur langage». Dieu parle au pluriel, les deux personnes étant une et
distinctes. L’Ancien Testament ne parle que de Dieu ou de Jéhovah en fait de
divinité ; les personnes de la Trinité, bien qu’elles existassent, ne sont
distinguées qu’à la venue de Jésus lorsqu’il fut scellé du Saint Esprit, au
baptême de Jean. Une voix, venant du ciel, dit : «Celui-ci est mon Fils bien-aimé
en qui j’ai trouvé mon plaisir». Jusqu’alors, tout ce qui est dit de Dieu peut
être dit du Fils ; il est l’Éternel de l’Ancien Testament.
Le verset 4 nous révèle un autre fait merveilleux : «En elle était
la vie, et la vie était la lumière des hommes». Les hommes, dans leur état de
péché, sont privés de vie et de lumière. Ils se meuvent dans les ténèbres et
sont morts moralement quant à Dieu ; mais, selon ses desseins éternels de
grâce, Dieu leur destinait la vie qui était dans son Fils, vie-lumière par
laquelle ils seraient en relation vitale avec lui et dans la lumière, capables
d’apprécier toutes choses selon sa pensée. En elle, dans cette Parole, était la
vie, et la vie était la lumière des hommes, ou la vie des hommes, à l’intention
des hommes, non des anges. Cette vie-lumière a brillé dans toute sa beauté en
Christ, ici-bas : «Et la lumière luit dans les ténèbres ; et les
ténèbres ne l’ont pas comprise» (v. 5). La présence de Jésus apportait la
lumière de Dieu dans le chaos moral où se trouve l’homme naturel ; comme
au chapitre 1 de la Genèse, la lumière a lui dans les ténèbres et a apporté la
vie. Là où la lumière se trouve physiquement, il y a la vie ; la nature ne
peut se développer dans les ténèbres. Il en va de même spirituellement. Mais contrairement
à ce qui a lieu dans la nature, l’apparition de la lumière, dans la personne du
Fils de Dieu, n’a pas fait disparaître les ténèbres morales dans lesquelles l’homme naturel se
meut ; sa nature déchue trouve dans les ténèbres l’élément qui lui convient,
puisqu’elle est ténèbres elle-même. La lumière demeure lumière, et les
ténèbres, ténèbres. C’est une question de nature immuable. Non seulement
l’homme ne peut changer, mais il ne veut pas changer. Il a vu la lumière, et
il a préféré les ténèbres : «Les hommes ont mieux aimé les ténèbres que la
lumière, car leurs œuvres étaient mauvaises» (chapitre 3:19). L’homme a rejeté
Jésus, parce qu’il lui apportait la pensée de Dieu, la lumière, sur son état de
péché. L’homme se croit bon ; Dieu dit qu’il est mauvais. Il se croit
capable de faire le bien ; Dieu dit le contraire. Dieu l’appelle à se
repentir, il ne le veut pas. Il appelle bien ce que Dieu appelle mal. Le Saint
et le Juste est venu dans la personne de Christ ; l’homme l’a appelé un pécheur,
un Samaritain, un fou. Il n’a rien vu en lui qui le fît désirer ;
cependant il faisait les délices de Dieu, le Père, qui trouvait en lui tout son
plaisir. Il y a incompatibilité de nature entre l’homme et Dieu, comme elle
existe entre la lumière et les ténèbres et entre la vie et la mort. Nous
verrons, au cours de cet évangile, que celui qui recevait Jésus et croyait en
lui, bénéficiait de tout ce qu’il apportait ; vie, lumière, amour,
puissance. Notre passage dit simplement que les ténèbres n’ont pas été changées
par le rayonnement parfait de la lumière divine.
(v. 6-13). — Dans cet
évangile, nous ne voyons pas Jean annoncer que le royaume de Dieu s’était approché,
puisque Jésus n’est pas présenté au peuple comme Messie ; il rend
témoignage de Jésus sous divers caractères que nous énumérerons plus loin après
les avoir considérés. Il n’est rien dit non plus de la naissance du prophète,
mais simplement : «Il y eut un homme envoyé de Dieu ; son nom était
Jean. Celui-ci vint pour rendre témoignage, pour rendre témoignage de la
lumière, afin que tous crussent par lui» (v. 6, 7). Jean est «l’envoyé de
Dieu», qualificatif appliqué à Jésus quarante fois environ dans cet évangile.
Comme dans les autres évangiles, Dieu veilla à ce qu’un témoignage précédât
l’arrivée de son Fils pour préparer son chemin dans les cœurs, afin que les
hommes fussent sans excuse s’ils ne recevaient pas Jésus. On voit, dans le
verset 7, que Jésus était bien la lumière, puisque, après avoir parlé de la
lumière, Jean dit : «afin que tous crussent par lui».
Il y avait chez Jean
une telle conformité à Christ, il portait si fidèlement ses caractères divins,
qu’il est dit de lui : «Lui n’était pas la lumière, mais pour rendre
témoignage de la lumière : la vraie lumière était celle qui, venant dans
le monde, éclaire tout homme» (v. 8, 9). La lumière divine, qui brillait dans
la personne de Jésus, a lui sur tous les hommes, comme le soleil lorsqu’il éclaire
l’univers. Cela ne veut pas dire que tous en ont profité ; nous avons vu
et verrons encore le contraire ; mais tous l’ont vu et tous pouvaient être
éclairés, tout homme, les gentils comme les Juifs. On voit au chapitre 8 les
hommes sous l’effet de cette lumière, lorsque Jésus dit à ceux qui lui avaient
amené une femme adultère : «Que celui de vous qui est sans péché, jette le
premier la pierre contre elle» (v. 7). La lumière leur montre qu’ils sont tous
pécheurs ; mais au lieu de profiter de la présence de Jésus venu pour eux,
ils se retirent «un à un, en commençant depuis les plus anciens jusqu’aux
derniers» (v. 9). Après avoir constaté cela, Jésus dit : «Je suis la
lumière du monde ; celui qui me suit ne marchera point dans les ténèbres,
mais il aura la lumière de la vie» (v. 12). Ceux qui venaient à lui avec foi,
quels qu’ils fussent, possédaient cette vie-lumière.
«Il était dans le
monde, et le monde fut fait par lui ; et le monde ne l’a pas connu. Il
vint chez soi ; et les siens ne l’ont pas reçu» (v. 10, 11). Depuis la
création, le monde tomba dans un tel état moral qu’il ne put reconnaître son
créateur lorsqu’il vint à lui. En outre, depuis la chute de l’homme, Dieu
s’était formé un peuple auquel il avait annoncé la venue de son Fils. Ce peuple
était comme sa famille : là, peut-être, sera-t-il reçu ? Pas
mieux ! Si le monde ne l’a pas connu, les Juifs, appelés «les siens»,
l’ont repoussé. En Orient, lorsqu’on frappe à la porte d’une maison, ceux qui
sont à l’intérieur, avant d’ouvrir, constatent par une ouverture pratiquée dans
ce but, qui est la personne qui heurte ; après l’avoir vue, ils ouvrent ou
non, selon que cela leur convient. Il en fut de même avec Jésus ; ils
l’ont vu, mais n’ont pas voulu le recevoir. «Ils ont, et vu, et haï et moi et mon
Père, dit le Seigneur au chapitre 15:24. Ils ont dit : «Celui-ci est
l’héritier ; venez, tuons-le» (Matt. 21:38). Terrible culpabilité !
Cependant, en
présence d’un tel état de choses, Dieu ne demeure pas sans ressources ; il
est actif en grâce et en puissance au milieu d’une scène de révolte et de
mort : «Mais à tous ceux qui l’ont reçu, il leur a donné le droit d’être
enfants de Dieu, savoir à ceux qui croient en son nom ; lesquels sont nés,
non pas de sang, ni de la volonté de la chair, ni de la volonté de l’homme,
mais de Dieu» (v. 12, 13). Quelle grâce merveilleuse ! Il suffit de
recevoir Jésus, de croire, pour devenir un enfant de Dieu et sortir d’une
condition de ténèbres et de mort où l’homme ne saurait avoir de rapports avec
Dieu, et, pour autant qu’il le discerne dans son Fils, ne veut rien de lui.
Celui qui croit en Jésus le possède comme vie : «Celui qui a le Fils a la
vie» (1 Jean 5:12). Il entre en relation avec Dieu comme un enfant bien-aimé.
La nature humaine, la volonté de l’homme n’y sont pour rien ; tout est de
Dieu. Il est né de Dieu ; il participe à sa nature. Dès lors, il est dans
la lumière ; il peut jouir de la communion avec Dieu ; il a les
pensées de Dieu ; il est propre pour le ciel, le domaine glorieux de la
vie-lumière et de l’amour.
Cher lecteur,
êtes-vous un enfant de Dieu ? Si non, vous êtes dans les ténèbres et dans
la mort, sans autre perspective que les ténèbres de dehors éternellement, loin
de la présence de Dieu. Afin que vous puissiez sortir de cet état et vivre de
la vie divine ici-bas déjà et dans la bienheureuse éternité, le Fils de Dieu
est venu dans ce monde vous apporter la vie. Recevez-le, et, malgré toute votre
culpabilité, vous aurez le droit d’être enfant de Dieu. Comment le
recevoir ? Direz-vous. Croyez en lui, croyez qu’il est venu dans ce monde
pour vous apporter de la part de Dieu ce que vous n’auriez jamais pu obtenir
par vos propres ressources, mais ce que vous possédez en croyant.
Il est impossible de
nous laisser quelque peu pénétrer de la grandeur de Dieu, autant que notre
esprit peut le faire, sans que nous soyons remplis d’admiration et d’adoration
en présence du fait que ce Dieu est venu comme un homme, tout en étant toujours
Dieu, apporter lui-même la grâce dont avait besoin un monde coupable et révolté
contre lui. Lorsque l’homme était à l’état d’innocence, l’Éternel-Dieu
descendait et pouvait avoir des rapports avec lui ; mais lorsque la Parole
devint chair et habita au milieu des hommes, le péché était entré dans le monde
et avait privé l’homme des rapports qu’il pouvait avoir avec Dieu dans l’état
d’innocence ; en plus, il s’était écoulé quatre mille ans durant lesquels
Dieu avait usé de patience en fournissant aux hommes l’occasion de prouver s’ils
étaient capables de quelque bien. Ils démontrèrent, au contraire, la corruption
de leur nature et leur incapacité de changer. Tout autre qu’un Dieu d’amour
aurait détruit un monde pareil ; c’est pourtant ce moment-là que Dieu
choisit pour venir, sous une forme humaine, se mettre en contact avec les
hommes et leur apporter la grâce et la vérité, et cela dans une humilité telle
qu’on vit le Seigneur assis sur la margelle d’un puits, lassé du chemin,
demandant à boire à une pécheresse samaritaine, afin de lui communiquer l’eau
vive de la vie éternelle. Quel sujet d’adoration et de louanges le fait
merveilleux, énoncé dans ce verset 14, ne fournit-il pas dès maintenant et à
toujours, à tous ceux qui ont profité de cette manifestation de Dieu en
grâce ?
«Et la Parole devint
chair, et habita au milieu de nous (et nous vîmes sa gloire, une gloire comme
d’un fils unique de la part du Père) pleine de grâce et de vérité» (v. 14).
Autrefois Jéhovah avait habité au milieu du peuple d’Israël dans le tabernacle
ou le temple ; mais alors nul ne pouvait pénétrer dans le lieu très saint
sans mourir. En son Fils, Dieu vint habiter au milieu des hommes ; on
pouvait le voir, lui parler, le toucher, et surtout l’écouter ; c’était
l’homme le plus accessible de tous, caractérisé par la grâce et la vérité.
La grâce vient en
premier lieu ; elle attire le cœur du pécheur et produit en lui la
repentance. «Dieu était en Christ, réconciliant le monde avec lui-même, ne leur
imputant pas leurs fautes» (2 Cor. 5:19). Cette grâce permettait à la pécheresse
du chapitre 7 de Luc de s’approcher de Jésus chez Simon. La vérité vient
ensuite, car, si la vérité de ce qu’est l’homme pécheur en présence du Dieu
saint venait de prime abord, tous auraient fui ; mais la grâce ayant gagné
le cœur, le pécheur prend confiance et peut recevoir la vérité quant à son état
et quant à Dieu, pour comprendre toujours mieux la beauté et la grandeur de la
grâce dont il est l’objet.
L’apôtre Jean et ceux
qui, avec lui, avaient reçu Jésus, avaient pu voir quelle gloire caractérisait
cet homme divin, alors que d’autres ne voyaient en lui aucune beauté :
«Nous vîmes sa gloire, une gloire comme d’un fils unique de la part du Père».
La gloire, avons-nous dit, est l’ensemble des perfections de Dieu, telles que
Jésus les a manifestées ici-bas, et telles qu’il les manifestera éternellement.
Ici c’est la gloire d’un fils unique de la part du Père, ou d’un Père ; ce
qui caractérise cette relation d’un Père avec son fils unique, c’est l’amour
dont Jésus était l’objet et dont il fut l’expression parfaite. C’est donc,
d’une manière toute particulière, l’amour que voyaient ceux qui l’entouraient,
et surtout l’auteur de cet évangile, amour assez connu pour lui permettre de se
pencher sur le sein de Jésus le soir du dernier repas ; ce soir-là, cette
attitude symbolisait celle que le bienheureux apôtre avait toujours eue
vis-à-vis de son divin Maître.
Puissions-nous tous
vivre dans la proximité et dans la jouissance d’un tel amour pour le reproduire
à notre tour !
Au verset 15, Jean le
baptiseur rend témoignage à la manifestation de Dieu en chair dans la personne
de Jésus, et à l’éternité de son être, comme au verset 7, il avait rendu
témoignage à sa nature qui est lumière. «Jean rend témoignage de lui, et a
crié, disant : C’était celui-ci duquel je disais : Celui qui vient
après moi prend place avant moi ; car il était avant moi». Quant à sa
naissance, Jésus venait après Jean ; mais il prenait place avant lui, car
son existence était éternelle. Plus loin, il dira : «Il faut que lui
croisse, et que moi je diminue» (chap. 3:30), faisant allusion à la gloire du
ministère de Jésus qui remplirait la scène tout entière, alors que celui de
Jean allait se terminer.
Aux versets 16-18 qui
se relient au verset 14, Jean l’évangéliste reprend la parole. Dans cette
Parole qui devint chair, pleine de grâce et de vérité, dont la gloire brillait
aux yeux des croyants comme celle d’un fils unique de la part du Père, il y
avait une telle plénitude de ce qu’est Dieu en grâce, que ceux qui croyaient en
lui avaient reçu grâce sur grâce. En effet, la grâce répandue sur les lèvres du
Seigneur, selon le Psaume 45:2, préparait le cœur à recevoir la vérité quant à
son triste état ; elle faisait face à toute la misère que la vérité
mettait à découvert. La réponse à toutes les faiblesses, aux inconséquences,
aux infidélités, aux peines des siens, ainsi que toutes les bénédictions qu’ils
recevaient de Jésus, n’étaient que des grâces ajoutées les unes aux autres.
Chaque croyant est un objet de cette grâce dont la plénitude était en Christ
ici-bas. Quelle faveur pour des pécheurs tels que nous sommes tous par nature,
de pouvoir puiser à une telle plénitude de bénédictions, toujours à la
disposition de chacun ! Que Dieu nous donne de le faire plus abondamment
chaque jour !
Au verset 17,
l’évangéliste met en contraste le service de Moïse, donnant la loi, avec ce que
Jésus a apporté. «La loi a été donnée par Moïse ; la grâce et la vérité
vinrent par Jésus Christ». Moïse avait donné la loi à Israël, de la part de
Dieu ; lui n’en était pas l’expression, il n’était que médiateur, tandis
que Dieu n’a pas donné la grâce et la
vérité par le moyen de Jésus Christ ; c’est par lui quelles sont venues ; il en était
l’expression ; elles découlaient de sa plénitude. Mais il y a encore une
autre différence ; la loi ne présentait pas la vérité dans son ensemble,
elle exprimait simplement ce que Dieu exigeait de l’homme afin qu’il pût
vivre ; elle n’était pas l’expression de ce qu’était Dieu, ni de ce
qu’était l’homme, ni du péché, ni du monde, ni de toutes choses, comme était la
vérité venue par Christ.
«Personne ne vit
jamais Dieu ; le Fils unique, qui est dans le sein du Père, lui, l’a fait
connaître» (v. 18 ). Ni la loi, ni les prophètes n’avaient fait connaître
Dieu ; il ne pouvait mieux se faire connaître que par son Fils unique,
celui qui, par sa nature, était toujours dans le sein du Père et jouissait sans
interruption de la communion qui avait toujours existé entre le Père et le
Fils, en qui «toute la plénitude de la déité s’est plue à habiter, (Col. 1:19),
expression parfaite de celui que l’homme ne peut voir et vivre, «qui habite la
lumière inaccessible, lequel aucun des hommes n’a vu ni ne peut voir» (1 Tim.
6:16), mais qui a bien voulu se rendre visible, en grâce, à tous les hommes,
dans la personne de son propre Fils, «le resplendissement de sa gloire et
l’empreinte de sa substance (Héb. 1:3). Quiconque voulait contempler Jésus
voyait Dieu en grâce ; aussi a-t-il pu dire : «Celui qui m’a vu a vu
le Père» (14:9).
Quel fait merveilleux
et insondable que celui de l’humanité de Christ, vu ici-bas, un homme réel, en
même temps Dieu, et toujours dans le sein du Père, «le Fils de l’homme qui est
dans le ciel». Si l’incarnation demeure un mystère, nous pouvons croire et
adorer celui qui a bien voulu devenir un homme pour nous apporter la grâce et
la vérité, et subir à la croix le jugement que nous avions mérité, pour nous
placer dans la même relation que lui avec son Dieu et Père. Et combien est
insondable l’amour de Dieu, qui s’est révélé en donnant son Fils, son unique,
pour des êtres perdus et coupables, sans aucun droit au bonheur dans sa
présence, puisque nous avions commis le péché qui nous séparait éternellement
de lui. On comprend que l’évangile selon Jean, en exposant un sujet pareil,
attire le cœur vers celui qui y est révélé.
Le ministère de Jean
le baptiseur captivait l’attention des Juifs, car, durant plus de quatre
siècles, il ne s’était levé aucun prophète au milieu d’eux. La perfection de la
vie de Jean, son témoignage divin qui répondait pleinement aux pensées de Dieu,
sa séparation absolue du peuple à cause de l’état moral de celui-ci, tout cela
pouvait faire supposer qu’il était le Christ, ce qui du reste est dit en Luc
3:15 : «Et comme le peuple était dans l’attente, et que tous raisonnaient
dans leurs cœurs à l’égard de Jean si lui ne serait point le Christ...» Les
Juifs envoyèrent de Jérusalem des sacrificateurs et des lévites pour lui
demander qui il était (v. 19). Cette demande donne à Jean l’occasion de rendre
témoignage à la gloire de la personne de Christ, encore inconnu de lui et du
peuple au milieu duquel il vivait depuis trente ans. Il leur répondit :
«Moi, je ne suis pas le Christ. Et ils lui demandèrent : Quoi donc ?
Es-tu Élie ? Et il dit : Je ne le suis pas. Es-tu le prophète ?
Et il répondit : Non. Ils lui dirent donc : Qui es-tu, afin que nous
donnions réponse à ceux qui nous ont envoyés ? Que dis-tu de
toi-même ? » (v. 20-22). Dans sa grande humilité, conscient de la
grandeur de celui dont il était le précurseur et le témoin, Jean dit ce qu’il
n’est pas. Il ne veut rendre témoignage qu’à Jésus. Il n’est pas le Christ. Il
n’est pas Élie promis en Malachie 4:5 qui doit venir avant «le grand et
terrible jour de l’Éternel», jour de jugement. Il n’est pas non plus «le
prophète» dont Moïse avait parlé en Deutéronome 18:18 : «Je leur
susciterai un prophète comme toi, du milieu de leurs frères, et je mettrai mes
paroles dans sa bouche, et il leur dira tout ce que je lui commanderai». Ce
prophète était le Christ. Mais, sur les instances de ses interlocuteurs, Jean
leur dit qu’il est une voix. Il
s’efface entièrement lui-même, comme tous devraient le faire et surtout ceux
que le Seigneur emploie à un service quelconque en public, se contentant de
n’être qu’une voix. Ésaïe (chap. 40:3) avait annoncé le ministère de Jean dans
les termes employés par lui-même : «Moi, je suis la voix de celui qui crie
dans le désert : Faites droit le chemin du Seigneur» (v. 23). Il était la
voix de Dieu, qui annonçait l’arrivée prochaine du Seigneur et prêchait ce qui
convenait au peuple pour jouir du règne du Messie ; il préparait ainsi son
chemin. Mais cette voix se faisait entendre dans «le désert». Effectivement
Jean le baptiseur vivait dans le désert (Luc 1:80) ; figure de l’état du
peuple juif — du monde — où Dieu ne pouvait rien recueillir et où personne ne
répondait à cette voix. Quant à Dieu, l’homme est sourd. Triste tableau de ce
monde ! Sans l’intervention de Dieu en grâce, par la venue de son Fils, il
n’y avait aucun remède à cet état.
Les envoyés des
pharisiens (v. 24), ne comprenant pas la réponse de Jean, lui demandent
encore : «Pourquoi donc baptises-tu, si tu n’es ni le Christ, ni Élie, ni
le prophète ? » (v. 25). Ces hommes reconnaissaient que, pour
baptiser, il fallait être revêtu d’une autorité divine (*).
Si les Juifs n’avaient pas été sourds à la voix de Jean, ils auraient compris
sa dignité ; ils auraient vu que son baptême était d’autorité divine, lui
que Jésus appelle «le plus grand des prophètes» ; ils auraient saisi que
leur Messie allait enfin apparaître. Leur question donne lieu au témoignage
rendu à la gloire de la personne du Seigneur. «Jean leur répondit,
disant : Moi, je baptise d’eau : mais au milieu de vous il y en a un
que vous ne connaissez pas, celui qui vient après moi, duquel moi je ne suis
pas digne de délier la courroie de la sandale (v. 26, 27).
(*) Baptiser (mot qui
signifie plonger ou baigner), c’est le fait d’introduire en général dans un
état de choses nouveau ou dans un nouveau service.
Que devait être pour
le cœur de Jean la pensée de la manifestation imminente de la personne du
Seigneur, quand il était pénétré si profondément de sa gloire ? Aussi,
lorsqu’il le vit, il put dire que sa joie était accomplie (chap. 3:29).
Dès le chapitre 1, v.
29 jusqu’au v. 22 du second chapitre, les faits rapportés forment une histoire
symbolique de tout ce qui se passe depuis le moment où Jean le baptiseur voit
apparaître Jésus jusqu’à l’établissement du règne millénaire. Ce temps est
divisé en trois parties représentées par trois jours introduits au verset 29
par «le lendemain» qui forme le premier de ces jours, auquel appartient un
«lendemain encore» (v. 35). Ce premier «lendemain» est donc divisé en deux
parties, parce qu’il contient deux témoignages distincts rendus à Jésus. La
première partie nous présente le temps où Jésus est introduit sur la scène (v.
29-31) ; la seconde (v. 32-43), celui dans lequel il est absent, depuis sa
mort, le temps de l’Église sur la terre, où les croyants le suivent et sont
rassemblés autour de lui.
Le second lendemain,
ou second jour (v. 44-52), symbolise le temps dans lequel Jésus sera reconnu du
résidu des Juifs, représenté par Nathanaël.
Le troisième jour
(chap. 2), représente le millénium où le bon vin, emblème de la joie, sera
apporté au peuple par Jésus en vertu de sa mort. Le chapitre 2 se termine par
la purification du temple, acte qui appartient aussi à la période du troisième
jour.
(v. 29-43). — Ce
lendemain est celui d’un jour qui n’est pas nommé, dans lequel Jean le
baptiseur annonçait la venue du Christ, comme nous l’avons vu aux versets
19-28. À ce fait succède naturellement ce lendemain où Jésus apparaît publiquement.
«Le lendemain, il voit Jésus venant à lui, et il dit : Voilà l’Agneau de
Dieu qui ôte le péché du monde !» (v. 29). Quel moment solennel et
glorieux, que celui dans lequel apparaissait à Jean et au monde l’Agneau de
Dieu, «préconnu dès avant la fondation du monde, mais manifesté à la fin des
temps» (1 Pierre 1:19-20) ; il avait pour type l’Agneau que l’Israélite en
Égypte tenait en garde jusqu’au quatorzième jour, afin de le sacrifier. Jésus
était l’agneau de Dieu, celui que Dieu avait choisi, sur lequel ses yeux
reposaient de toute éternité pour accomplir ses conseils éternels. Il
établirait un monde nouveau, après avoir réglé, à la croix, par ses
souffrances, la question du péché et de la culpabilité de l’homme ruiné et
corrompu, et cela selon les exigences de la majesté de Dieu. L’expression
«Agneau» implique l’idée de souffrances de la part du monde et de rejet :
c’est l’emblème de l’innocence sans protection, exposée à la haine des hommes.
Ce qui caractérise
l’œuvre de l’Agneau de Dieu, c’est qu’il
ôte le péché du monde, c’est
non seulement son œuvre à la croix, mais tout ce que Christ accomplira en vertu
de sa mort, soit la réconciliation de toutes choses avec Dieu pour le
millénium, soit l’établissement des cieux nouveaux et de la nouvelle terre où
la justice habitera ; en effet, le péché une fois ôté, il ne reparaîtra
plus jamais. C’est pourquoi l’Apocalypse, où il s’agit de l’accomplissement des
conseils de Dieu envers la terre, présente le Seigneur comme un Agneau.
Jean ajoute :
«C’est de celui-ci que moi, je disais : Après moi vient un homme qui prend
place avant moi, car il était avant moi. Et pour moi, je ne le connaissais
pas ; mais afin qu’il fût manifesté à Israël, à cause de cela, je suis
venu baptiser d’eau» (v. 30, 31). Ici, Jean l’appelle : «un homme», mais
un homme qui n’était rien moins que le Fils de Dieu, possesseur de toutes les
gloires divines, venu du ciel pour ôter du monde, par son sacrifice expiatoire,
toute trace de l’activité du premier homme. Cette œuvre merveilleuse a été
entreprise et menée à bonne fin par cet Homme glorieux, l’homme des conseils de
Dieu.
Quoique venu après
Jean par sa naissance comme homme, Jésus était avant lui (v. 30), en vertu de
son existence éternelle. Jean ne le connaissait pas ; mais il administrait
le baptême en vue de sa manifestation «à Israël», non pas «aux Juifs», ni «à
Juda» ; il reconnaît le peuple dans son ensemble selon les pensées de
Dieu, parce que le peuple entier, les douze tribus, sera au bénéfice de sa
venue.
Jean continue le témoignage
qu’il rend à Jésus et dit : «J’ai vu l’Esprit descendant du ciel comme une
colombe, et il demeura sur lui. Et pour moi, je ne le connaissais pas ;
mais celui qui m’a envoyé baptiser d’eau, celui-là me dit : Celui sur qui
tu verras l’Esprit descendre, et demeurer sur lui, c’est celui-là qui baptise
de l’Esprit Saint» (v. 32, 33). Comme nous l’avons remarqué dans les autres
évangiles, le Saint Esprit pouvait venir sur Jésus homme en vertu de ses
propres perfections, tandis qu’il ne peut être reçu par le croyant qu’en vertu
de l’œuvre de Christ qui le purifie de tous ses péchés. Il descend sur Jésus
sous la forme d’une colombe, emblème de la douceur, de la grâce, de la
débonnaireté avec lesquelles il a accompli tout son service. Lorsqu’il vint sur
les disciples (chapitre 2 des Actes), c’est sous la forme de langues divisées
comme de feu, l’Esprit leur donnant la capacité d’annoncer l’évangile en
diverses langues et il était la puissance de la Parole qui juge tout ce qui
n’est pas selon Dieu. Le feu est toujours l’emblème du jugement. En Christ, il
n’y avait rien à juger ; tout était parfait.
Jean relie à la
descente du Saint Esprit sur Jésus le fait qu’il baptiserait de l’Esprit Saint.
C’est la seconde partie de son œuvre ; mais auparavant il devait accomplir
l’œuvre de la purification des pécheurs, afin de pouvoir les baptiser de
l’Esprit Saint. Ce baptême eut lieu le jour de la Pentecôte (Actes 2:1-4),
quand le Saint Esprit, comme personne, vint sur la terre et dans le croyant.
Dès lors, à mesure qu’un pécheur croit à l’évangile, il reçoit le Saint Esprit
qui seul le rend capable de comprendre les choses de Dieu (voir 1 Cor.
2:10-16). Le Saint Esprit venant à la suite du départ du Seigneur, le remplace
auprès des siens, comme nous le voyons dans les chapitres 14, 15 et 16. Le
monde qui a rejeté Christ ne peut le recevoir. Il n’est venu que pour les
croyants.
Au verset 34, Jean
rend témoignage que cet homme qui existait avant lui, l’Agneau de Dieu qui ôte
le péché du monde, était bien le Fils de Dieu.
Avec le verset 35
commence la seconde partie du premier lendemain, où nous avons encore un autre
témoignage de ce qu’était Jésus et de ce qu’il ferait ici-bas. «Le lendemain
encore, Jean se tint là, et deux de ses disciples ; et regardant Jésus qui
marchait, il dit : Voilà l’Agneau de Dieu ! Et les deux disciples
l’entendirent parler, et ils suivirent Jésus (v. 35-37). Ici, Jean ne dit pas
ce que fait Jésus, comme dans les versets 29 et 33 ; il le regarde marcher. Une fois introduit sur
la scène, Jésus attire les regards du cœur renouvelé, rendus capables de voir,
dans sa marche ici-bas, les perfections divines et humaines du Fils de Dieu
devenu homme. En le considérant dans son activité merveilleuse, la foi ne peut
que reconnaître en lui l’Agneau de Dieu, celui que Dieu a choisi pour accomplir
l’œuvre de la rédemption. Toutes les perfections de sa marche le désignaient
comme l’Agneau de Dieu sans défaut et sans tache. En le contemplant ainsi, on
peut en parler de manière à attirer d’autres cœurs à lui. C’est ce qui eut lieu
avec Jean et ses deux disciples : «Et les deux disciples l’entendirent
parler, et ils suivirent Jésus». Chaque croyant devrait être capable de voir en
Christ toutes ses beautés et d’en parler de manière à attirer à lui ceux qui l’entourent.
Comme David, au Psaume 45, il devrait pouvoir dire ce qu’il a «composé su sujet
du roi», avec «le style d’un écrivain habile». Jean ne retient pas ses
disciples ; il est trop pénétré des gloires de son objet pour ne pas
désirer qu’ils en jouissent et le suivent. On voit en Jean les véritables
caractères du ministère conforme à la pensée de Dieu ayant pour but d’amener
les âmes à Christ, en contraste avec l’esprit clérical qui les attire après
l’homme (voir Actes 20:30). Nous avons déjà vu un de ses caractères dans les
versets 19-28, où Jean n’est qu’une voix, mettant en relief celui dont il est
le témoin en s’effaçant lui-même. Si le vrai ministère conduit les âmes à
Christ, nous voyons Christ lui-même prendre soin de ceux qui le suivent. «Et Jésus
se retournant, et voyant qu’ils le suivaient, leur dit : «Que
cherchez-vous ? Et ils lui dirent : Rabbi (ce qui, interprété,
signifie maître), où demeures-tu ? Il leur dit : Venez et voyez. Ils
allèrent donc, et virent où il demeurait ; et ils demeurèrent auprès de
lui ce jour-là : c’était environ la dixième heure» (v. 38-40). Dès que
l’on connaît Jésus comme objet du cœur, on se sent entraîné à sa suite. C’est
l’enseignement symbolique que nous donne la conduite des disciples de Jean.
Tant que Jésus n’était pas manifesté, ils demeuraient avec leur maître ;
mais une fois manifesté, il y a en lui une attraction qui agit sur les
affections renouvelées et attire vers lui. C’est une chose anormale pour un
croyant que de connaître le Seigneur et de ne pas le suivre. Le suivre, cela
implique la séparation de tout ce que Dieu désapprouve pour agir selon le
modèle que nous avons en Jésus. Pour le connaître, il nous faut «le regarder
marcher», comme le faisait Jean. En le suivant, on demeure auprès de lui. «Ils demeurèrent
auprès de lui ce jour-là». Ce jour-là représente toute la période qui s’écoule
depuis la manifestation de Jésus ici-bas jusqu’à son retour pour enlever les
siens. Ce jour commence à la dixième heure, la neuvième heure étant l’heure de
sa mort. C’est le temps où il est rejeté. Par la foi, le croyant demeure auprès
de lui.
Dans les versets
41-43, nous voyons que l’un de ceux qui avaient suivi Jean, André, s’emploie à
le faire connaître à son frère Simon, en lui disant : «Nous avons trouvé
le Messie», et il le mena à Jésus. André représente ceux qui, après avoir
trouvé Jésus pour leur propre compte, éprouvent le besoin de le révéler à
d’autres. Au chapitre 11 des Actes, les Juifs n’annonçaient le Seigneur qu’à
leurs frères ; mais les Cypriotes et les Cyrénéens en parlèrent aussi aux
leurs, «et un grand nombre, ayant cru, se tournèrent vers le Seigneur». Quand
Jésus vit Simon, il lui dit «Tu es Simon, le fils de Jonas ; tu seras
appelé Céphas (qui est interprété Pierre)» (v. 43). Jésus use de l’autorité
qu’il possède sur les siens pour donner à Pierre le nom qu’il savait lui
convenir avec la position qu’il aurait comme pierre de l’édifice dont il ferait
partie.
Les versets 37 à 40
nous présentent donc d’une manière symbolique ce qui caractérise la vie du
croyant pendant l’économie de la grâce, depuis le rejet de Jésus jusqu’à son
retour. Il doit le contempler dans sa marche pour apprendre à connaître ses
perfections, le suivre, demeurer avec lui, le faire connaître à ceux qui
l’entourent. Telle est la part du croyant en attendant d’être avec lui dans la
gloire. Puissions-nous tous réaliser une vie pareille !
(v. 44-52). — La
scène symbolique relatée dans ces versets nous transporte dans la période qui
suit celle de l’histoire de l’Église, telle que nous venons de le voir dans les
versets qui précèdent. Ce temps étant terminé, Jésus reprend ses relations avec
son peuple terrestre, représenté par un faible résidu qui le reconnaît. C’est
ce que l’Esprit de Dieu nous fait voir dans le récit qui caractérise le second
lendemain.
«Le lendemain, il
voulut s’en aller en Galilée. Et Jésus trouve Philippe, et lui dit :
Suis-moi. Or Philippe était de Bethsaïda, de la ville d’André et de Pierre.
Philippe trouve Nathanaël et lui dit : Nous avons trouvé celui duquel
Moïse a écrit dans la loi et duquel les prophètes ont écrit, Jésus, le fils de
Joseph, qui est de Nazareth» (v. 44-46).
Nous savons qu’après
l’enlèvement des saints, Dieu suscitera, parmi les Juifs rentrés dans leur
pays, des serviteurs pour leur prêcher l’évangile du royaume et leur annoncer
que le Christ rejeté par leurs pères doit venir établir son règne. Dans le
récit que nous avons sous les yeux, Philippe est une figure des messagers que
le Seigneur appellera à ce service. Il va vers Nathanaël qui représente le
résidu juif trouvé sous le figuier, figure bien connue d’Israël, et lui parle
du Christ sous le caractère du méprisé de Nazareth. De même, dans le jour à
venir, le résidu juif apprendra que celui qu’il a méprisé était son Messie. Au
lieu de voir en Christ premièrement le personnage glorieux qui doit paraître,
il devra le reconnaître en celui qui, venu chez les siens, a été méprisé et
rejeté. «Ils regarderont vers moi, celui qu’ils auront percé», est-il dit en
Zacharie 12:10. Ces messagers trouveront au premier abord, chez ce résidu,
l’incrédulité de l’ignorance, comme celle de Nathanaël : «Peut-il venir
quelque chose de bon de Nazareth ? Philippe lui dit : Viens, et
vois». Comme Nathanaël, ils auront tout à apprendre au sujet du Christ,
puisqu’ils n’auront pas cru jusque-là en celui qu’ils ont percé. Quand Jésus
vit venir à lui Nathanaël, il dit de lui : «Voici un vrai Israélite, en
qui il n’y a pas de fraude. Nathanaël lui dit : D’où me connais-tu ?
Jésus répondit et lui dit : Avant que Philippe t’eût appelé, quand tu
étais sous le figuier, je te voyais. Nathanaël répondit et lui dit :
Rabbi, tu es le Fils de Dieu ; tu es le roi d’Israël» (v. 48-50). En
venant à Jésus, Nathanaël apprend à le connaître ; il voit que, sous la
forme du rejeté d’Israël, il a à faire avec Dieu qui connaît tout. En effet,
bien avant que l’œuvre s’accomplisse dans le résidu juif, le Seigneur le
connaît. Quoique ignorant, Nathanaël porte le caractère de sincérité du
résidu : «un vrai Israélite, en qui il n’y a pas de fraude». Droit de
cœur, il se laisse enseigner et, immédiatement convaincu de la gloire de Jésus,
il ne discute plus sur son origine ; la parole du Seigneur l’a placé
devant Dieu : «Tu es le Fils de Dieu ; tu es le roi d’Israël». C’est ainsi
que le résidu apprendra à connaître son roi, comme Thomas, au chapitre 20, lui
aussi une figure du résidu, dit en reconnaissant Jésus ressuscité : «Mon
Seigneur et mon Dieu !» Mais Jésus a d’autres titres et d’autres gloires
que celle de Messie : il dit à Nathanaël : «Parce que je t’ai dit que
je te voyais sous le figuier, tu crois ? tu verras de plus grandes choses
que celles-ci. Et il lui dit : En vérité, en vérité, je vous dis :
Désormais vous verrez le ciel ouvert, et les anges de Dieu montant et descendant
sur le fils de l’homme» (v. 51, 52). Christ sera vu et connu non seulement
comme roi d’Israël, mais aussi dans sa gloire de fils de l’homme, titre sous
lequel il dominera sur l’univers entier durant le millénium ; par son
moyen, les bénédictions divines se répandront sur la terre, alors qu’il y aura
par lui une relation établie entre les cieux et la terre purifiés. Comme fils
de l’homme, il sera l’objet du service des anges qui monteront et descendront
sur lui, de même qu’au chapitre 28 de la Genèse, l’Éternel fit voir à Jacob les
agents qui le protégeraient dans son pèlerinage. Ici le Seigneur lui-même est
l’objet du service des anges durant le jour millénaire. Au chapitre 2 de
l’épître aux Hébreux (v. 5 et suivants), il est dit que «ce n’est point aux
anges qu’il a assujetti le monde habité à venir dont nous parlons» ; il
s’agit du monde du millénium. L’auteur de l’épître veut montrer aux Hébreux que
tout glorieux que fussent les anges, pour lesquels les Juifs avaient une si
grande considération, c’était au fils de l’homme, fait inférieur à eux,
puisqu’ils ne peuvent mourir, qu’appartenait le gouvernement du règne
millénaire ; que déjà maintenant, en attendant de régner en gloire, la foi
le voit couronné de gloire et d’honneur (v. 6 à 9).
Dans ce merveilleux
chapitre, dont nous venons à peine d’effleurer les sujets insondables, le
Seigneur nous est présenté avec tous les titres qui lui appartiennent, sauf
ceux qui sont relatifs à l’Église. Nous l’y trouvons comme Parole, comme Dieu,
Créateur, vie, lumière, Fils unique, Agneau de Dieu, Fils de Dieu, Roi d’Israël
et Fils de l’homme. On comprend qu’un chapitre présentant un objet aussi
glorieux soit inépuisable : il le prend dans l’infini du passé ; il
présente sa manifestation dans un homme, jusqu’à la fin du service qui lui a
été confié, savoir son œuvre et toutes ses conséquences jusqu’au gouvernement
du monde entier comme Fils de l’homme, jusqu’à ce qu’il remette le royaume à
Dieu le Père (1 Cor. 15:24). Ce chapitre nous a aussi montré les divers témoignages
rendus par Jean le baptiseur à Jésus : à sa nature, comme lumière (v.
7) ; à sa manifestation en chair (v. 12-15) ; à la gloire de sa
personne (v. 19-28) ; à son œuvre (v. 29-33) ; à ce qu’il est, à
savoir le Fils de Dieu (v. 34).
Dieu veuille que nous
puissions avoir tous appris quelque chose de cette personne merveilleuse du
Fils de Dieu, et que le peu que nous avons été capables de saisir produise en
tous le désir de le connaître mieux et de le suivre plus fidèlement en
attendant le moment, qui est proche, où nous serons avec lui, semblables à lui,
pour le contempler éternellement dans toutes ses gloires.
Nous avons vu au
premier chapitre deux jours symboliques : le premier représente le temps actuel,
dans lequel les croyants suivent Christ après son rejet, depuis que Jean le
baptiseur l’a présenté, jusqu’à ce qu’il renoue ses relations avec Israël. Dans
le second nous voyons l’appel du résidu juif dans la personne de Nathanaël qui
reconnaît Jésus comme le Fils de Dieu, le Roi d’Israël. Pour compléter le
tableau symbolique de ce qui se passe depuis Jean le baptiseur jusqu’à
l’établissement du règne de Christ, il fallait un troisième jour que notre
chapitre présente par les noces de Cana, symbole de l’établissement du règne de
Christ au point de vue de la joie qui caractérisera le règne millénaire.
«Et le troisième
jour, il y eut une noce à Cana de Galilée, et la mère de Jésus était là. Et
Jésus fut aussi convié à la noce, ainsi que ses disciples. Et le vin étant venu
à manquer, la mère de Jésus lui dit : Ils n’ont pas de vin. Jésus lui
dit : Qu’y a-t-il entre moi et toi, femme ? Mon heure n’est pas
encore venue. Sa mère dit aux serviteurs : Faites tout ce qu’il vous dira»
(v. 1-5).
Ce récit nous montre
comment le Saint Esprit se sert d’un fait historique pour donner la pensée de
Dieu. Lorsqu’on parle d’une noce, on s’attend à la description des époux, du
menu du repas et de la gaieté qui régnait dans la fète. Ici, rien de pareil.
Deux faits capitaux caractérisent ce récit : le vin vient à manquer, et le
Seigneur en donne du meilleur. L’enseignement divin n’est pas difficile à
trouver, si l’on se rappelle que, dans la Parole, le vin est l’emblème de ce qui
donne la joie, soit pour Dieu, soit pour les hommes (voir Juges 9:13).
Le Seigneur et ses
disciples sont conviés à cette noce. Sa mère était aussi là, symbolisant Israël
dont le Christ est issu (Romains 9:5). L’ensemble de ces personnes représente
ceux qui, au milieu des Juifs, ayant reçu le Seigneur comme Messie,
s’attendaient à le voir établir son règne. Dans l’état où se trouvait le
peuple, le vin manquait ; il n’y avait pas de joie en Israël. Pour que la
joie se produise, il faut que tout soit en rapport avec la pensée de Dieu, afin
qu’il soit libre de faire jouir de sa présence et de ses bienfaits. La joie
régna jadis en Israël, lors de certaines délivrances et manifestations de la
grâce de Dieu, tout particulièrement sous le beau règne de Salomon ; mais
tout se gâta bientôt à cause de l’infidélité du peuple, et la joie disparut —
le vin vint à manquer. Elle ne pouvait subsister ni pour Dieu ni pour les
hommes alors qu’elle dépendait de l’obéissance du premier homme.
Pour qu’Israël jouît
d’une pleine bénédiction, il fallait que vînt le Messie promis. Précisément il
était là, et ceux qui l’entouraient, ceux qui l’avaient reçu, pensaient qu’il
allait donner la bénédiction et la joie qui faisaient absolument défaut chez le
peuple. Aussi la mère de Jésus lui dit : «Ils n’ont pas de vin». Au lieu
de se mettre à l’œuvre pour en donner, Jésus lui répond : «Qu’y a-t-il
entre moi et toi, femme ? Mon heure n’est pas encore venue». Pour que les
bénédictions apportées par le Christ pussent s’accomplir à l’égard de son
peuple terrestre, ce qui aura lieu dans son règne millénaire, il fallait sa
mort. C’est ce que Jésus dit à sa mère. Son «heure n’était pas encore venue».
L’expression : «Mon heure», que l’on rencontre souvent dans cet évangile,
désigne sa mort (voir chap. 7:30 ; 8:20 ; 12:23, 27 ; 13:1).
C’est comme si Jésus disait à sa mère : «Pourquoi me demandes-tu de donner
la joie au peuple tant que je n’ai pas accompli l’œuvre en vertu de laquelle je
pourrai le faire». Dans l’état de péché où se trouvait le peuple, ce n’était
pas possible. Il fallait la mort de Christ pour mettre fin à l’homme en Adam et
régler la question du péché selon les exigences de la justice de Dieu, afin que
Dieu pût accomplir ses pensées sur le pied de la grâce, soit envers les Juifs,
soit envers tous les hommes. La mère de Jésus, confiante en lui, dit aux
serviteurs : «Faites tout ce qu’il vous dira». Faire ce que dit le
Seigneur est le seul principe de bénédiction dans toutes les circonstances,
lors même que, comme sa mère, on ne comprendrait pas la portée de ses paroles.
«Or il y avait là six
vaisseaux de pierre, pour tenir de l’eau, placés là selon l’usage de la
purification des Juifs, pouvant recevoir chacun deux ou trois mesures. Jésus
leur dit : Emplissez d’eau les vaisseaux. Et ils les emplirent jusqu’au
haut. Et il leur dit : Puisez maintenant, et portez-en au maître d’hôtel»
(v. 6-8). Pour jouir des bénédictions promises, la mort de Christ ne suffit
pas. Une œuvre profonde de repentance et de purification s’accomplira chez le
peuple grâce à un travail de conscience, produit par les circonstances
terribles qu’il traversera aux derniers jours. Alors ils regarderont vers celui
qu’ils ont percé, «ils se lamenteront comme on se lamente sur un fils unique,
(Lire Zacharie 12:10-14). Ils devront juger toute leur idolâtrie passée, aussi
bien que le rejet de leur Messie. Après cela se réalisera ce que dit Sophonie
(chap. 3:14-17), ainsi que nombre d’autres prophéties. «Exulte, fille de Sion,
pousse des cris, Israël ! Réjouis-toi et égaie-toi de tout ton cœur, fille
de Jérusalem !... L’Éternel ton Dieu, au milieu de toi, est
puissant ; il sauvera ; il se réjouira avec joie à ton sujet :
il se reposera dans son amour, il s’égaiera en toi avec chant de triomphe».
Sans un profond travail de repentance, ce que les prophètes avaient annoncé, ce
que désiraient aussi la mère de Jésus et ses disciples, ne pouvait avoir lieu.
Et ce travail était bien loin de s’accomplir chez les Juifs orgueilleux,
remplis de propre justice et de haine pour le Seigneur. Semblables aux vases de
pierre dans leur endurcissement, ils étaient vides de cette eau morale de la
purification et de repentance. Il fallait que, par l’affliction et la
souffrance, ils en fussent remplis jusqu’au haut. Alors leur détresse se
changera en joie par la venue du Seigneur. L’eau deviendra du vin, un vin bien
meilleur que le premier.
Le maître d’hôtel
s’étonne de ce que ce bon vin n’a pas été servi le premier. Comme beaucoup, il
ne comprenait pas que, dans ses voies parfaitement sages, Dieu commence par
laisser l’homme à sa propre responsabilité, pour qu’il fasse l’expérience de
son incapacité à produire quoi que ce soit qui attire sur lui la bénédiction de
Dieu ; cette expérience faite, Dieu entre en scène, et sur le pied de la
grâce, en vertu de la mort de Christ, il donne ce qui est meilleur et qui
demeure éternellement.
L’homme agit
autrement ; il sert le bon vin le premier. Il cherche à jouir d’abord de
tout ce que lui offre la nature ou le monde : jeunesse, santé,
famille ; mais rien ne se maintient dans cette création où le péché a tout
gâté. Le moindre vient ensuite, et finalement la mort. Il n’y a que ce qui est
de Dieu, une nouvelle création, qui puisse se maintenir dans son éternelle
fraîcheur.
Grâces à Dieu, de ce
qu’il ait gardé le bon vin pour le dernier, joie offerte à chacun par
l’évangile en attendant qu’Israël en jouisse dans le règne de Christ.
«Jésus fit ce
commencement de ses miracles à Cana de Galilée, et il manifesta sa
gloire ; et ses disciples crurent en lui» (v. 11). La gloire du Seigneur
consiste en ce qu’il est, ici, l’auteur de la bénédiction et de la joie
millénaires. Quand ils le virent, ses disciples crurent en lui, comme le résidu
juif, lorsqu’il verra le Seigneur.
Ce troisième jour
nous présente donc l’introduction de la joie qui sera la part du peuple juif
dans le millénium, en vertu de la mort et, par conséquent, de la résurrection
de Christ. Il est appelé «troisième jour» au lieu de «lendemain» comme les
jours précédents, la résurrection du Seigneur y étant impliquée. Le terme de
«troisième jour» désigne souvent ce jour si important (voir versets 19 ;
Marc 9:31 ; Luc 9:22 ; 24:21).
Après cette scène, le
Seigneur descendit à Capernaüm avec sa mère, ses frères, ses disciples, figure
du peuple réuni autour de lui après la manifestation de sa gloire.
«La Pâque des Juifs
était proche, et Jésus monta à Jérusalem» (v. 13). Nous remarquerons, ici, pour
ne pas y revenir, que, dans cet évangile, les fêtes sont appelées : «Fêtes
des Juifs» (chapitres 5:1 ; 6:4 ; 7:2), sauf la dernière Pâque
(chapitre 13:1), parce qu’elle coïncidait avec la mort de Jésus, anti-type de
cette fête. À l’origine, ces fêtes étaient des «fêtes à l’Éternel», mais elles
avaient perdu leur caractère, parce que l’Éternel, présent au milieu du peuple
dans la personne de Jésus, avait été rejeté. Elles devenaient donc simplement
une fête des Juifs.
Jésus trouva le
temple encombré par les animaux et ceux qui les vendaient aux Juifs, venus de
loin pour célébrer la fête. Il renversa les tables de ceux qui changeaient les
monnaies et ordonna aux vendeurs de colombes d’éloigner ces oiseaux : «Ne
faites pas» dit-il, «de la maison de mon Père une maison de trafic» (v. 14-17).
Cette purification du temple figure celle que le Seigneur accomplira à sa venue
en gloire. C’est pourquoi elle prend place, dans cet évangile, après la noce de
Cana qui préfigure l’établissement du millénium. À sa venue glorieuse, où il
apportera la joie au résidu souffrant, le Seigneur trouvera le temple souillé
par l’idolâtrie des apostats et il le purifiera afin qu’il devienne non
seulement le saint lieu du culte rendu à l’Éternel, mais comme le dit Ésaïe
56:6, 7 : «Ma maison sera appelée une maison de prière pour tous les
peuples».
Les autres évangiles
racontent la purification du temple après l’entrée triomphale du Seigneur à
Jérusalem (Matt. 21 ; Marc 11 ; Luc 19). En Jean, l’Esprit de Dieu ne
présente pas Jésus au peuple pour être reçu comme Messie, mais il donne, dans
les deux premiers chapitres, un tableau symbolique de ce qu’il accomplit sur la
terre depuis son introduction par Jean le baptiseur jusqu’à l’établissement de
son règne. C’est pourquoi ce tableau se termine tout naturellement par la
purification du temple, qui aura lieu au commencement du règne. Malachie (chap.
3:1, 2) montre le Seigneur venant soudainement à son temple où il accomplit ses
jugements. Une fois de plus, on peut admirer la beauté et la précision des
écrits inspirés là où la raison humaine ne voit que des contradictions.
Témoins de ce que
Jésus faisait, les disciples se souvinrent des paroles du Psaume 69:9 :
«Le zèle de ta maison m’a dévoré» (v. 17). On comprend l’effet que produisait
sur le Seigneur, si ardemment dévoué aux intérêts de son Père, la profanation
de ce temple, qu’il reconnaissait comme la maison de son Père, par le peuple
qui l’honorait de ses lèvres, mais dont le cœur était fort éloigné de lui (voir
Ésaïe 29:13).
Frappés de l’autorité
du Seigneur, les Juifs lui disent : «Quel miracle nous montres-tu, que tu
fasses ces choses ? Jésus répondit et leur dit : Détruisez ce temple,
et en trois jours je le relèverai. Les Juifs donc dirent : On a été
quarante-six ans à bâtir ce temple, et toi, tu le relèveras en trois
jours ! (*) Mais lui parlait du temple de
son corps» (v. 18-20). Jésus donne sa mort et sa résurrection comme signe aux
Juifs pour établir par quelle autorité il agissait de la sorte, lui, le vrai
temple de Dieu, celui en qui Dieu habitait au milieu de son peuple, quoiqu’il
appelât le temple «la maison de son Père». Dans cet évangile tout est en
rapport avec la gloire de la personne divine de Jésus. C’est lui qui relèvera
le temple, son corps, que les Juifs croiront avoir détruit ; il
ressuscitera le troisième jour. Au chapitre 10:17, 18, il laisse sa vie et il
la reprend ; il a le pouvoir de la laisser, et le pouvoir de la reprendre.
Vu sous la dépendance de Dieu, c’est Dieu qui le ressuscite. Pierre dit en
Actes 2:32 : «Dieu l’a ressuscité». Mais vu dans la gloire de sa personne
divine, c’est lui qui se ressuscite.
(*) Il s’agit du
temps mis pour la reconstruction du temple par Hérode.
Cette scène, comme
celle de la noce de Cana, est fondée sur la mort et la résurrection du
Seigneur. «Lors donc qu’il fut ressuscité d’entre les morts, ses disciples se
souvinrent qu’il avait dit cela ; et ils crurent à l’écriture, et à la
parole que Jésus avait dite» (v. 22). Ce que le Seigneur disait avait la même
valeur que les écritures qu’ils possédaient alors. Les disciples ont pleine foi
en la personne de Jésus, quand ils voient sa gloire manifestée dans les deux
scènes de ce chapitre (v. 11 et 22), qui présentent les deux côtés de
l’exercice de sa puissance, en bénédiction et en jugement, lorsqu’il viendra
établir son règne.
Les versets 23-25 se
rattachent plutôt au chapitre 3. Pendant la fête, Jésus fit des miracles qui ne
nous sont pas rapportés ; en les voyant, plusieurs crurent en son nom,
mais Jésus ne se fiait pas à eux, «parce qu’il connaissait tous les hommes, et
qu’il n’avait pas besoin que quelqu’un rendit témoignage au sujet de
l’homme ; car lui-même connaissait ce qui était dans l’homme». Par ces
paroles la divinité de Jésus est affirmée. Il savait ce qui se passait dans les
cœurs de tous autour de lui.
La vue de ses
miracles produisit, en ceux qui en avaient été témoins, une certaine
conviction, mais pas la foi. La puissance que Jésus manifestait leur
fournissait la preuve de ce qu’il était, mais ils s’arrêtaient à cette
constatation. Pour avoir la vie, il faut croire la Parole. Les miracles, les
événements sensationnels, les épreuves peuvent produire des impressions,
disposer le cœur à écouter la Parole de Dieu ; mais si l’on ne croit pas,
ces effets ne sont que passagers sans vie, comme la semence tombée dans les
lieux pierreux et les épines. Il est probable que nous retrouvons de ces gens
parmi les disciples du Seigneur qui se retirèrent de lui, parce qu’ils ne
pouvaient admettre sa parole (chap. 6:66). Le chapitre 6 des Hébreux mentionne
des personnes de cette catégorie ; elles avaient été sous l’action de l’Esprit,
de la Parole et des miracles, sans avoir la foi. On peut tromper les hommes,
mais non pas Dieu.
«Mais il y avait un
homme d’entre les pharisiens, dont le nom était Nicodème, qui était un chef des
Juifs. Celui-ci vint à lui de nuit, et lui dit : Rabbi, nous savons que tu
es un docteur venu de Dieu ; car personne ne peut faire ces miracles que
toi tu fais, si Dieu n’est avec lui» (v. 1, 2). En contraste avec les hommes
auxquels Jésus ne se fiait pas, quoiqu’ils crussent en son nom, Nicodème vient
à Jésus avec de vrais besoins. Il veut en savoir davantage sur ce qu’enseignait
celui qu’il reconnaissait comme «un docteur venu de Dieu». Ce qui prouve la
réalité des besoins chez Nicodème, c’est qu’il vient de nuit. Le désir d’être
renseigné selon la vérité se lie à la conscience de l’opposition du monde. La
nature n’aime pas l’opprobre ; elle cherche instinctivement à l’éviter.
Cependant il vaut mieux aller de nuit à Jésus pour écouter sa parole que de n’y
pas aller du tout. Après avoir été de nuit, on recevra la force de rendre
témoignage en plein jour, comme le fit Nicodème dans un moment critique (voir
chap. 19:39).
Le Seigneur se plaît
à répondre au désir de le connaître mieux ; mais, pour apprendre, il faut
souvent mettre de côté certaines choses qui font partie de nos connaissances
religieuses et ne s’accordent pas avec la pensée de Dieu. Ainsi Nicodème vient
à Jésus en pensant augmenter ses connaissances comme docteur de la loi. Il ne
comprenait pas que Dieu rejetait le système dans lequel il voulait encore être
instruit, et qu’il lui fallait une autre nature que celle de l’homme en Adam,
tout religieux et bien intentionné qu’il fût, pour être enseigné de Dieu. Aussi
Jésus lui répondit : «En vérité, en vérité, je te dis : Si quelqu’un
n’est né de nouveau, il ne peut voir le royaume de Dieu» (v. 3). Les mots «en
vérité, en vérité», si souvent employés dans cet évangile, équivalent à «amen,
amen» et affirment absolument la vérité des paroles du Seigneur.
Jésus veut faire
comprendre d’emblée à Nicodème que Dieu n’enseignait plus la vieille nature. Le
royaume de Dieu était présent dans la personne du Seigneur qui en manifestait
tous les caractères moraux ; mais, pour le voir et pour y entrer (v. 5),
il fallait être né de nouveau ; sans cela on ne voyait en Jésus que le
fils du charpentier, ou, comme Nicodème, un docteur envoyé de Dieu pour
enseigner son peuple. Nicodème ignorait tout cela ; il se croyait, sans
doute, comme enfant d’Israël, un fidèle sujet du royaume de Dieu, mais Israël
ne présenta guère les caractères du royaume de Dieu, même dans les plus beaux
jours de son histoire ; car «le royaume de Dieu n’est pas manger et boire,
mais justice, et paix, et joie dans l’Esprit Saint» (Rom. 14:17).
Nicodème ne comprend
pas ce que c’est que la nouvelle naissance. Il demande : «Comment un homme
peut-il naître quand il est vieux ? » (v. 4). Même s’il pouvait
naître une seconde fois, ce ne serait qu’une seconde naissance avec la même
nature, tandis qu’il faut une naissance d’une autre source, entièrement
nouvelle et spirituelle (voir chap. 1:13). Jésus lui montre comment elle
s’opère, lui en prouve la nécessité, non seulement pour voir le royaume dans la
personne de Jésus, mais pour y entrer : «En vérité, en vérité, je te
dis : Si quelqu’un n’est né d’eau et de l’Esprit, il ne peut entrer dans
le royaume de Dieu. Ce qui est né de la chair est chair ; et ce qui est né
de l’Esprit est esprit. Ne t’étonne pas de ce que je t’ai dit : Il vous
faut être nés de nouveau» (v. 5-7). Pour naître de nouveau, il faut une œuvre
tout autre que celle de la nature ; il faut la puissance de Dieu comme
pour la création ; car c’est par sa Parole et son Esprit que Dieu tira du
néant la première création. Pour la nouvelle, il faut aussi l’action de la
Parole et de l’Esprit. Mais ici la Parole est appelée «l’eau» à cause de son
action purificatrice. Elle apporte les pensées de Dieu à l’homme qui jusque-là
y était étranger ; elle le purifie des siennes propres, car ce qui vient
du cœur naturel est souillé et s’oppose à Dieu. Elle apporte la vie, tout en
opérant la mort sur tout ce qui appartient au premier Adam, et cela sous
l’action de l’Esprit, l’agent par lequel Dieu opère toujours.
Les deux natures ne
se mélangent pas. Ce qui est né de la chair reste chair, ne s’améliore pas et
ne peut entrer dans le royaume de Dieu. Ce qui est né de l’Esprit, est esprit,
participe à la nature divine. Ainsi Nicodème, comme le plus grand des pécheurs,
devait changer de nature pour entrer dans le royaume de Dieu ; c’est une
vérité absolue : «il faut», dit le Seigneur. Le temps était passé, où Dieu
s’occupait de l’homme dans la chair ; l’épreuve avait pris fin. Comme il
n’aboutit à rien, Dieu mit le premier homme de côté. Le Fils de Dieu vint dans
ce monde pour introduire un nouvel ordre de choses et une œuvre toute nouvelle.
Dieu opère par son
Esprit ; c’est ce qui caractérise son action ; Il n’y a rien de
l’homme, qui n’y comprend rien. «Le vent souffle où il veut, et tu en entends
le son ; mais tu ne sais pas d’où il vient, ni où il va : il en est
ainsi de tout homme qui est né de l’Esprit» (v. 8). Le souffle de l’Esprit agit
dans une famille, dans une contrée ; il y a des conversions. D’où cela
vient-il ? Dans le monde on attribuera le changement opéré à divers
motifs ; on l’appellera changement de religion, réforme, etc. L’homme
naturel y est étranger ; il constate des effets, comme avec le vent, mais
il n’en connaît ni l’origine, ni le but. C’est la libre et souveraine action de
Dieu dans le monde, sur «tout homme», non seulement chez les Juifs, ce qui
caractérise toujours l’œuvre de Dieu dans cet évangile.
Nicodème dit :
«Comment ces choses peuvent-elles se faire ? Jésus répondit et lui
dit : Tu es le docteur d’Israël, et tu ne connais pas ces
choses ? » Comme docteur de la loi, Nicodème aurait dû savoir que le
peuple juif ne pouvait avoir part au règne millénaire sans l’œuvre de la
nouvelle naissance. Ézéchiel prophétise très clairement à ce sujet. Après avoir
dit que l’Éternel rassemblerait son peuple de tous les pays où il avait été
transporté, pour le ramener sur la terre d’Israël, il ajoute : «Je
répandrai sur vous des eaux pures, et vous serez purs : je vous purifierai
de toutes vos impuretés et de toutes vos idoles. Et je vous donnerai un cœur
nouveau, et je mettrai au dedans de vous un esprit nouveau» (Lire Ézéchiel
36:24-28 ; 37:9). De même que les disciples, Nicodème pensait que le
Seigneur pouvait établir son règne sur le peuple tel qu’il était ; qu’il
suffisait d’être enfant d’Abraham selon la chair pour jouir des
promesses ; il ne tenait pas compte de l’état de péché du Juif comme de
tout homme, et surtout il n’avait aucune idée de ce qui convenait à un Dieu
juste et saint, afin de pouvoir introduire son peuple terrestre dans son
royaume. Celui-ci devait porter les caractères de Dieu lui-même tels qu’ils
étaient manifestés en Jésus et non ceux de l’homme en Adam. En un mot, Nicodème
ne se connaissait pas plus qu’il ne connaissait les pensées de Dieu.
Jésus continue en
disant : « En vérité, en vérité, je te dis : Nous disons ce que nous
connaissons, et nous rendons témoignage de ce que nous avons vu, et vous ne
recevez pas notre témoignage. Si je vous ai parlé des choses terrestres, et que
vous ne croyiez pas, comment croirez-vous, si je vous parle des choses
célestes ? » (v. 11, 12). Jésus apportait la connaissance de Dieu, de
ce qui lui convenait, de ce qui devait caractériser son royaume. Il rendait
témoignage de ce qui était dans le ciel, car il était un avec son Père ;
c’est pourquoi il dit : «nous
disons ce que nous connaissons, nous rendons témoignage de ce que nous avons vus». Si Nicodème et tous les
Juifs avaient compris la gloire de la personne qui se trouvait là, quel
changement se serait opéré en eux ! Ils en eussent été émerveillés ;
ils l’auraient écouté ; mais dans leur état naturel ils ne le pouvaient
pas. Personne ne recevait son témoignage venu du ciel, même au sujet du royaume
terrestre, pas même un docteur de la loi. Pour le recevoir il fallait croire,
car Jésus dit : «Si je vous ai parlé des choses terrestres, et que vous ne
croyiez pas, comment croirez-vous, si je vous parle des
choses célestes ? » «Les choses terrestres» sont tout ce qui concerne
le règne de Christ sur la terre ; Nicodème aurait dû le comprendre,
puisque c’était le grand sujet de la prophétie. «Les choses célestes», ne
faisaient pas partie de la révélation de l’Ancien Testament ; elles
appartiennent au domaine de la vie éternelle, vie nécessaire pour en jouir. Jésus
venait en parler et accomplir l’œuvre de la croix en vertu de laquelle elles
deviendraient la part des croyants. Après l’ascension du Seigneur, les apôtres,
Paul surtout, les ont pleinement révélées.
De ces choses toutes
nouvelles, le Seigneur en parlait, lui, le fils de l’homme qui était dans le
ciel ; il rendait témoignage de ce qu’il avait vu. «Personne n’est monté
au ciel, sinon celui qui est descendu du ciel, le fils de l’homme qui est dans
le ciel» (v. 13). Le ciel demeurait inaccessible à l’homme pécheur ; mais
le fils de l’homme en était descendu, tout en étant toujours dans le ciel.
Quoique homme ici-bas, Jésus restait Dieu, présent partout, vivant dans le ciel
aussi bien que sur la terre : réalité insondable pour des êtres tels que
nous, mais que nous avons le bonheur de croire. Elle remplit nos cœurs
d’admiration et de reconnaissance quand nous contemplons la glorieuse personne
de Jésus. Il vint révéler ce que Dieu avait dans son cœur pour de pauvres
pécheurs perdus, qui ne pouvaient monter au ciel prendre connaissance de «ce
que l’œil n’a pas vu, et que l’oreille n’a pas entendu, et qui n’est pas monté
au cœur de l’homme, ce que Dieu a préparé pour ceux qui l’aiment» (1 Cor. 2:9).
Nous avons vu que
Jésus, «Fils de l’Homme qui est dans le ciel», apportait ici-bas la
connaissance des choses célestes dans lesquelles il vivait constamment ;
mais pour en profiter, il fallait la vie éternelle, que l’homme ne possédait
pas. En outre il était pécheur, perdu, souillé, incapable de subsister dans la
présence de Dieu à cause de sa souillure, impropre pour le ciel où, selon ses
conseils éternels, Dieu voulait avoir des hommes parfaits. Semblables aux
Israélites, mordus par les serpents brûlants dans le désert, tous les hommes
sont atteints mortellement par le péché et ses conséquences, et tous, laissés à
eux-mêmes, demeureraient éternellement dans cet état. Il fallait donc un moyen
qui les mît en mesure de jouir de ce que Dieu leur destinait. Ce moyen devait,
avant tout, satisfaire aux exigences du Dieu juste et saint que l’homme avait
offensé, car, pour que le pécheur fût sauvé, Dieu devait recevoir pleine
satisfaction à l’égard du péché, ce qui ne pouvait avoir lieu que par la mort,
«salaire du péché». Si le pécheur entrait en jugement devant Dieu, c’était la
mort éternelle selon la justice divine ; mais que devenaient alors les
pensées éternelles du Dieu qui est amour ? Le Seigneur lui-même répond à
cette question : «Et comme Moise éleva le serpent dans le désert, ainsi il
faut que le fils de l’homme soit
élevé, afin que quiconque croit en lui ne périsse pas, mais qu’il ait la vie
éternelle (v. 14). De même Jésus dit à Nicodème : «Il vous faut naître de nouveau» ;
nécessité absolue, vu la nature de l’homme en Adam. Et il dit ici : «Il faut que le fils de l’homme soit élevé»,
nécessité aussi absolue que la première, vu les exigences de la justice de
Dieu. Il fallait une œuvre réparatrice, expiatoire, dans laquelle l’homme ne
fût pour rien. Il a péché ; c’est là le résultat de toute son
activité ; comment pourrait-il réparer le dommage causé à Dieu et effacer
ses péchés ? Jésus, le fils de l’homme, se présente pour cela, afin de
subir, à la place du coupable, le jugement qu’il a mérité, en sorte que, par la
foi, il ne périsse pas, mais qu’il ait la vie éternelle. Le serpent d’airain,
dans le désert, est un type de Christ élevé sur la croix, fait péché pour nous.
Dans la Bible, l’airain représente la justice de Dieu en jugement contre le
péché. Elevé sur la perche, le serpent rappelait le jugement porté sur ce qui
avait causé la mort du peuple ; le mourant n’avait donc qu’à jeter un
regard de foi sur lui pour obtenir délivrance et vie. Le fils de l’homme, cloué
sur la croix, fait péché pour nous, a satisfait à toutes les exigences de la
justice inflexible du Dieu trois fois saint que nous avions offensé. Dieu étant
pleinement satisfait, il invite le pécheur à élever un regard de foi sur la
croix où son propre Fils a subi le jugement à la place du coupable, afin de le
délivrer des conséquences éternelles de ses péchés. Sans la foi le pécheur
périra dans ses péchés, sous la morsure du serpent ancien. Par la foi, il
trouve non seulement la délivrance de sa culpabilité, et du jugement, mais la
vie éternelle, nécessaire pour jouir, dès ici-bas, des biens célestes.
Le verset 16, bien
connu de tous, indique la source d’un salut si merveilleux : c’est l’amour de Dieu. «Car Dieu a tant aimé
le monde, qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne
périsse pas, mais qu’il ait la vie éternelle». «Dieu a tant aimé le monde»,
composé d’hommes pécheurs, envers lesquels il a usé de patience pendant quatre
mille ans, avant la venue de Christ ; ayant employé tous les moyens
possibles pour les ramener à lui, mais sans autre résultat que le péché et la
révolte. Ce monde, qui réservait à Jésus l’accueil le plus haineux, le plus
meurtrier, a été aimé de Dieu au point qu’il donna son Fils, afin que quiconque
crût en lui ne pérît pas, mais eût la vie éternelle. C’est l’amour pur, celui
de Dieu qui est amour. Il donne ce
qu’il avait de plus cher, son Fils, son unique, celui qui faisait ses délices
dans l’éternité passée, son nourrisson, toujours en joie devant lui (Prov.
8:30), comme Sauveur à un monde qui le haïssait. Dieu avait, autrefois, demandé
à Abraham un grand sacrifice en faisant ressortir tout ce qu’était Isaac pour
lui. «Prends ton fils», lui dit-il, «ton unique, celui que tu aimes, Isaac, et
va-t-en au pays de Morija, et là offre-le en holocauste, sur une des montagnes
que je te dirai» (Gen. 22:2). Abraham devait faire ce sacrifice pour Dieu,
auquel il devait tout. Au moment où il allait le consommer, l’Éternel lui cria
des cieux de ne point mettre la main sur l’enfant. Mais personne ne demandait
le sacrifice du Fils de Dieu. Il ne le faisait pas en faveur d’amis ou de gens
auxquels Dieu fût redevable ; il le consentait librement pour «des
impies», «des pécheurs», «des ennemis», dit l’apôtre Paul en Romains 5:5-10.
Aucune voix ne se fit entendre du ciel pour qu’il obtînt la délivrance ;
c’est Jésus qui crie et personne ne lui répond ; au contraire, son Dieu
l’abandonne sous le poids de nos péchés jusqu’au plein accomplissement de
l’expiation. L’amour de Dieu a souffert de voir abandonné son propre Fils, son
unique. Il ne l’a pas épargné, afin de délivrer ses ennemis et de leur donner
la vie éternelle. Saurait-on demeurer indifférent en présence d’un tel amour,
quand on sait que Dieu ne devait à l’homme rien que le jugement, mais que, pour
le sauver, il a fait tomber ce jugement sur le Fils «de son amour» ?
Terrible sera la part de celui qui méprise un amour pareil. Que dire au jour du
jugement ? On comprend que «toute bouche sera fermée». Aujourd’hui le
pécheur parle facilement contre Dieu. Il se plaint de lui. Il trouve qu’il satisfait
mal les désirs de sa créature. Il le traite comme le méchant serviteur ;
il l’appelle un homme dur. Il ne s’occupe que de ses avantages présents et
méprise le don inexprimable du Fils unique de Dieu qui seul assure au pécheur
la vie éternelle, le bonheur dans ce monde et la gloire pour l’éternité.
La vie éternelle
n’est pas seulement une vie qui dure éternellement ; elle est la vie par
laquelle il est possible d’être parfaitement heureux dans ce monde et dans le
ciel par la connaissance du Père révélé dans le Fils. Nul n’a possédé cette
part avant l’œuvre de la croix ; non qu’il n’y eût pas auparavant des
hommes sauvés qui ont joui de leurs rapports avec Dieu en possédant la nature
divine. Mais ils ne pouvaient connaître Dieu comme Père, révélé dans le Fils,
avant la rédemption accomplie et la venue du Saint Esprit. Jésus dit «C’est ici
la vie éternelle, qu’ils te connaissent seul vrai Dieu, et celui que tu as
envoyé, Jésus Christ» (Jean 17:3).
«Dieu n’a pas envoyé
son Fils dans le monde afin qu’il jugeât le monde, mais afin que le monde fût
sauvé par lui», nous dit le verset 17. C’est là l’intention de Dieu, et non
comme quelques personnes le pensent, que le monde soit sauvé, puisque Dieu a
envoyé son Fils pour cela. Le verset 18 dit le contraire ; il applique le
salut non pas au monde dans son ensemble, mais à celui qui croit : «Celui
qui croit en lui n’est pas jugé».
Si Dieu avait été
animé des sentiments de l’homme naturel envers ceux qui lui font tort, il
aurait envoyé son Fils pour juger le monde, car qui peut avoir été offensé plus
que Dieu par sa créature ? Cependant il envoya son Fils non pour juger,
mais pour sauver. Nous avons vu, dans les versets précédents, que tout a été
accompli à la croix, afin que quiconque croit ait la vie éternelle : il
est sauvé parce qu’il croit que Christ a porté sur la croix le jugement qui
devait l’atteindre. Donc «celui qui croit en lui n’est pas jugé, mais celui qui
ne croit pas est déjà jugé, parce qu’il n’a pas cru au nom du Fils unique de
Dieu» (v. 18). Rien de plus clair et rien de plus simple. Tout ce que Dieu
demande du pécheur, c’est qu’il croie en son Fils, venu pour régler la question
du péché à sa pleine satisfaction. Celui qui ne croit pas demeure sous le
jugement, non qu’il soit plus pécheur que d’autres, mais parce qu’il n’a pas
cru en celui que Dieu a donné pour le sauver.
Depuis que Dieu a
envoyé son Fils pour sauver le monde, les hommes se sont trouvés sous une
responsabilité et une culpabilité inconnues jusqu’alors. «C’est ici le
jugement, que la lumière est venue dans le monde, et que les hommes ont mieux
aimé les ténèbres que la lumière, car leurs œuvres étaient mauvaises (v. 19).
Plus que jamais la lumière a resplendi sur leur état, et cette lumière était la
vie (chapitre 1:4), Jésus qui, «venant dans le monde, éclaire tout homme»
(chapitre 1:9). Toute conscience a été éclairée par la lumière de la présence
du Fils de Dieu. Mais dans leur nature ténébreuse et opposée à Dieu, désirant
faire le mal qui est l’aliment du pécheur, les hommes ont préféré les ténèbres
pour continuer à satisfaire leur mauvaise nature, plutôt que de venir à la
lumière qui, tout en les reprenant, leur apportait la vie éternelle. «Car», dit
le Seigneur, «quiconque fait des choses mauvaises hait la lumière, et ne vient
pas à la lumière, de peur que ses œuvres ne soient reprises ; mais celui
qui pratique la vérité vient à la lumière, afin que ses œuvres soient
manifestées, qu’elles sont faites en Dieu» (v. 20, 21).
Le monde gît dans les
ténèbres, état favorable à la pratique du mal ; mais, au milieu de cette
obscurité, la lumière divine a brillé dans tout l’éclat de ses
perfections : tout ce que Dieu est dans sa nature a été manifesté en
Christ en contraste avec l’homme. On comprend que ceux qui veulent continuer à
pratiquer le mal se détournent de la lumière qui les juge, tandis que ceux qui
en ont profité, désirent qu’elle contrôle toutes leurs œuvres ; ils la
cherchent au lieu de la fuir, afin qu’on voie que leurs œuvres répondent à la
pensée de Dieu. Le croyant désire toujours plus de lumière sur lui-même et sur
tout ce qu’il fait. C’est ainsi que, pratiquement, «le sentier des justes est
comme la lumière resplendissante qui va croissant jusqu’à ce que le plein jour
soit établi» (Prov. 4:18). Salomon met ce chemin en contraste avec celui des
méchants, qui «est comme l’obscurité, ils ne savent contre quoi ils
trébucheront».
Il importe de ne pas
oublier les vérités pratiques qui découlent de ces versets 20 et 21, car les
épaisses ténèbres morales de ce monde nous enveloppent de tous côtés, et
conviennent, malheureusement, à notre cœur naturel qui aime cette atmosphère.
C’est pourquoi nous devons tous veiller pour demeurer pratiquement sous l’effet
de la lumière. Le chrétien est «lumière dans le Seigneur» (Éph. 5:8), parce
qu’il participe à la nature de Dieu qui est lumière. Il est «dans la lumière»
comme Dieu lui-même est dans la lumière (1 Jean 1:7), l’œuvre de Christ l’ayant
placé là. Il doit revêtir «les armes de la lumière» (Rom. 13:12), c’est-à-dire
pratiquer dans toute sa vie ce qui ne peut se faire que dans la lumière, afin
d’être protégé contre l’influence des ténèbres. Marcher selon la lumière, c’est
avoir le Seigneur Jésus comme modèle, en tout ce que nous faisons. Modèle des
petits et des grands, soumis à ses parents dans son enfance, et, dans tout son
ministère, à la volonté de Dieu son Père, il faisait «toujours les choses qui
lui plaisent». Chacun peut ainsi l’imiter facilement. Dans ce chemin-là, nous
éprouverons le besoin de nous développer en toutes choses, et nous contrôlerons
notre marche à la lumière de la Parole, afin de voir si nos œuvres sont
réellement «faites en Dieu», si elles supportent cette lumière. Il y aura
souvent quelque chose à corriger dans ce que nous aurons cru bien faire ;
mais laissons-nous corriger et ainsi nous progresserons dans cette heureuse
voie qui aboutira au plein éclat du jour dans la gloire éternelle où nous
entrerons bientôt.
Jésus et ses disciples
baptisaient au pays de Judée en même temps que Jean le baptiseur continuait son
service un peu de temps, quoique Jésus fût là. Cela donna occasion à quelques
disciples de Jean de faire remarquer à leur maître que tous venaient à Jésus et
qu’ils étaient baptisés. Ils voyaient, sans doute, avec une certaine jalousie
s’accroître l’importance de Jésus aux dépens de celle de leur maître. Si telle
était leur pensée, Jean la corrigea bientôt en établissant la vérité concernant
son ministère et celui de Jésus. Il leur répondit : «Un homme ne peut rien
recevoir, à moins qu’il ne lui soit donné du ciel. Vous-mêmes, vous me rendez
témoignage que j’ai dit : Ce n’est pas moi qui suis le Christ, mais je
suis envoyé devant lui. Celui qui a l’épouse est l’époux ; mais l’ami de
l’époux, qui assiste et l’entend, est tout réjoui à cause de la voix de
l’époux ; cette joie donc, qui est la mienne, est accomplie» (v. 27-29).
Jean marque ainsi devant ses disciples le contraste qui existe entre lui et
Jésus, en faisant ressortir la supériorité de celui dont il n’était pas digne,
disait-il, de délier la courroie de la sandale. Jean ne possédait rien qui ne
lui fût donné d’en haut. Il avait reçu son ministère du ciel, tandis que Jésus
venait du ciel, «le fils de l’homme qui est dans le ciel». Il avait dit au
premier chapitre qu’il n’était qu’une voix. Nous verrons ce contraste établi
plus fortement aux versets 31 et 32. Il rappelle à ses disciples qu’ils l’ont
entendu affirmer qu’il n’était pas le Christ, mais envoyé devant lui ; ils
auraient dû comprendre pourquoi tous venaient au Seigneur. Puis, au lieu de
manifester un esprit de rivalité, il compare Christ à un époux, tandis que lui
est l’ami de l’époux. L’épouse appartient à l’époux, et la joie qu’il a de
posséder son épouse fait la joie de son ami. Heureux d’entendre sa voix, il ne
cherche pas à prendre sa place. Il aime si fortement l’époux qu’on ne peut lui
procurer un plus grand bonheur que celui d’assister à sa joie. Cette joie,
celle de Jean le précurseur du Messie, était accomplie ; il ne pouvait
rien désirer de plus ; il avait atteint l’apogée du bonheur, qui n’avait
été celui d’aucun prophète.
Nous savons que le
grand sujet de la prophétie était Jésus le Messie et, que de tous les
prophètes, Jean le baptiseur était le plus grand selon la déclaration du
Seigneur en Matthieu 11:11, parce que, seul de tous, il vit celui dont ils
avaient annoncé la venue. Maintenant le ministère prophétique se terminait et
celui de Jésus commençait ; il introduisait un état de choses tout nouveau,
bien supérieur au précédent.
Jésus dit de Jean,
dans le passage de Matthieu cité plus haut, que «le moindre dans le royaume des
cieux est plus grand que lui». Dans ce royaume, la part du croyant, ses
bénédictions, ses privilèges, sont célestes et en union avec Christ, ce qui ne
saurait être la part d’un saint de l’économie précédente, ni même celle des
heureux participants du millénium. Jean parvint au faîte de ce qu’il pouvait
atteindre dans l’ordre de choses auquel il appartenait. Il avait pour objet le
Seigneur ; il l’avait vu ; il était satisfait ; sa joie était
complète. Les saints qui suivraient jouiraient, en vertu de la mort et de la
résurrection du Seigneur, de bénédictions plus grandes, comme épouse de Christ,
tout spécialement ; quoique cette part ne lui appartînt pas, il se
montrait content de la sienne. Par son ministère, il avait clôturé l’économie
légale ; il avait introduit Christ sur la scène. Désormais il allait
disparaître, comme il le dit lui-même : «Il faut que lui croisse, et que
moi je diminue». Semblable à l’étoile qui brille avant le lever du soleil et
qui pâlit et disparaît devant l’astre du jour, Jean allait s’effacer pour
laisser toute la place à Jésus. Le prophète continue en disant : «Celui
qui vient d’en haut est au-dessus de tous. Celui qui est de la terre est de la
terre, et parle comme étant de la terre. Celui qui vient du ciel est au-dessus
de tous ; et de ce qu’il a vu et entendu, de cela il rend
témoignage ; et personne ne reçoit son témoignage» (v. 31, 32). Jésus
était «celui qui vient d’en haut» ; Jean celui qui «est de la
terre» ; il parlait des choses de Dieu en rapport avec la terre, son lieu
d’origine, tandis que celle de Jésus étant éternelle et céleste, il était
au-dessus de tous ou de tout. Jean avait parlé de la part de Dieu ; Jésus
parlait de ce qu’il avait vu et entendu dans le ciel ; ces choses-là
faisaient le sujet de son témoignage, comme il le dit lui-même au verset
11 : personne ne recevait ce témoignage ; il dépassait ce que l’homme
pouvait saisir dans son entendement naturel. Il fallait l’œuvre de Dieu pour le
recevoir, et «celui qui a reçu son témoignage, a scellé que Dieu est
vrai ; car celui que Dieu a envoyé parle les paroles de Dieu, car Dieu ne
donne pas l’Esprit par mesure» (v. 33, 31). Jésus était si parfaitement
l’expression de Dieu lui-même, de ses propres pensées, de ses paroles, que
celui qui recevait son témoignage avait scellé que Dieu était vrai, parce qu’il
avait entendu, non un intermédiaire, de la part de Dieu, comme Jean et les
prophètes, mais Dieu lui-même. Jésus avait reçu le Saint Esprit dans toute sa
plénitude et non par mesure, comme les prophètes qui se trouvaient sous une
action momentanée de l’Esprit de Dieu, pour dire ce que Dieu voulait qu’ils
disent, ainsi que nous le lisons souvent : «L’Esprit se saisit de lui»
(voir Juges 11:29 ; 14:6 ; 1 Samuel 16:13 ; 2 Chroniques 20:14,
etc).
Jean rend un
témoignage éclatant à la gloire de Jésus. Il personnifie le ministère selon
Dieu qui a pour but de faire ressortir les gloires de la personne de Christ.
C’est ce qui l’a caractérisé depuis son entrée en scène, comme nous l’avons
remarqué au chap. 1:38. Maintenant, son témoignage terminé, cet évangile ne
parle plus de lui ; Jésus occupera toute la place.
Le ministère de Jean
étant accompli, c’est Jean l’évangéliste qui prend la parole aux versets 35 et
36. «Le Père aime le Fils, et a mis toutes choses entre ses mains. Qui croit au
Fils a la vie éternelle ; mais qui désobéit au Fils ne verra pas la vie,
mais la colère de Dieu demeure sur lui». Par ses paroles, Jean résume, en
quelque sorte, le ministère de Jésus et ses conséquences. «Le Père aime le
Fils», il trouve en lui tout son plaisir, cela de toute éternité, et
maintenant, d’une manière particulière, en venant accomplir ses desseins éternels.
Au chapitre 10:17, Jésus dit : «À cause de ceci le Père m’aime, c’est que
moi je laisse ma vie, afin que je la reprenne». À un tel objet de son amour,
Dieu le Père pouvait tout remettre, tout ce qui regarde le salut des pécheurs,
l’accomplissement de tous ses conseils, comme l’exercice de ses jugements,
lorsque le temps sera venu. On a beau prétexter son humanité, son abaissement,
son humiliation, pour ne pas croire en lui, dire comme les Juifs au chapitre
9 : «Donne gloire à Dieu, nous savons que cet homme est un pécheur», cela
ne change rien aux déclarations de Dieu. Beaucoup de personnes, aujourd’hui,
veulent avoir à faire avec Dieu et ne rien savoir de son Fils ; c’est
inutile ; elles mourront dans leur péché. Dans son Fils, Dieu se révèle
aux hommes ; il a mis toutes choses entre ses mains. Il n’existe aucun
autre moyen d’être sauvé qu’en croyant en lui. L’évangéliste tire conclusion de
cette déclaration en disant : «Celui qui croit au Fils a la vie
éternelle ; mais celui qui désobéit au Fils ne verra pas la vie, mais la
colère de Dieu demeure sur lui». Rien de plus explicite : Dieu le Père
voulait sauver les pécheurs, leur donner la vie éternelle ; il ne pouvait
le faire depuis le ciel : il envoie son Fils sur la terre, lui remet toutes
choses, lui donne toute autorité ; il sait qu’il accomplira tout selon ses
propres pensées pour sauver le pécheur ; si quelqu’un refuse ce moyen et
désobéit en refusant de croire, il demeure sous la colère de Dieu,
éternellement privé de la vie refusée dans la personne du Fils de Dieu. On
voit, par plusieurs passages, que ne pas croire, c’est désobéir (voir Actes
5:32 ; 2 Thess. 1:8 ; 1 Pierre 3:1 ; 4:17).
Le grand sujet de
notre évangile est la révélation du Père et la vie éternelle. Jean l’introduit
pour ainsi dire par ces versets 35, 36, comme il conclut au chapitre 20:31 en
disant : «Ces choses sont écrites afin que vous croyiez que Jésus est le
Christ, le Fils de Dieu, et qu’en croyant vous ayez la vie par son nom».
Nous pouvons encore
remarquer que les vérités contenues dans ces deux derniers versets sortent
entièrement du cadre de l’enseignement de Jean le baptiseur, qui présentait
simplement Jésus venant dans le monde et ne pouvait parler ni du Père, ni de la
vie éternelle. L’évangéliste commence son témoignage là où finit celui de Jean
le baptiseur.
Avec ce chapitre
commence proprement le ministère public du Seigneur. Les trois premiers
chapitres ont présenté le tableau symbolique dont nous avons parlé.
Jésus quitte la Judée
et retourne en Galilée où il se trouvait déjà lors des noces de Cana. Le
ministère de Jean arrive à son terme, comme nous l’avons vu au chapitre
précédent, Jésus va exercer le sien au milieu des méprisés de la Galilée, comme
il le fait en Matthieu 4:12, mais avec une différence qui tient au caractère de
notre évangile : au lieu de ne s’occuper que d’Israël, comme en Matthieu,
il s’adresse à chacun, puisqu’il se considère comme rejeté par son peuple
(Chap. 1:11).
Pour aller de Judée
en Galilée, il devait traverser la Samarie. Il le fallait, est-il dit au verset 4, non seulement parce qu’il était
impossible de passer ailleurs, à moins de faire un grand détour, mais parce que
c’était le chemin que l’amour de Dieu frayait au Seigneur pour arriver à de
pauvres pécheurs perdus, sans aucun droit aux privilèges d’Israël qui ne leur
appartenaient pas, mais objets de la grâce. Le Seigneur parle d’eux au chapitre
1:12 : «Mais à tous ceux qui l’ont reçu, il leur a donné le droit d’être
enfants de Dieu, savoir à ceux qui croient en son nom». Il n’est plus question
seulement des brebis perdues de la maison d’Israël, mais de tout pécheur qui
reçoit Jésus en croyant en son nom. C’est la grâce dans toute sa beauté, telle
que cet évangile la présente, s’épanchant comme un large fleuve dans le monde
entier, à la portée de tous les hommes et pour tous. Ce fleuve de vie répand
encore ses eaux vivifiantes auxquelles chacun est invité à boire, invitation
pressante, répétée par l’auteur de notre évangile avant de clôturer le canon
des Écritures : «Que celui qui a soif vienne ; que celui qui veut
prenne gratuitement de l’eau de la vie» (Apoc. 22:17). Cet appel s’adresse à
chacun, avant que le cours de ce fleuve ne s’arrête, ce qui aura lieu après la
venue du Seigneur.
La route que Jésus
suivait l’amena aux abords de la ville de Sichar, ou Sichem, située dans la
tribu d’Éphraïm, près du mont Garizim et de la terre que Jacob donna à Joseph
(voir Genèse 33:19 et 48:22). Là se trouvait un puits, appelé ici «une fontaine
de Jacob», véritable fontaine de l’eau de la vie dans la personne de Jésus.
C’était la sixième
heure -midi selon notre manière de compter le temps. «Jésus, étant lassé du
chemin, se tenait là, assis sur la fontaine». Il se trouvait seul, ses
disciples étant allés à la ville acheter des vivres. Une Samaritaine vint
puiser de l’eau. «Jésus lui dit : Donne-moi à boire» (v. 7). La femme
s’étonna de ce que Jésus, qu’elle reconnaissait pour un Juif, lui demandât à
boire, car les Juifs n’entretenaient aucune relation avec les Samaritains (*). La femme ne se doutait pas que Jésus fût là non
sur le pied de relations humaines, mais pour la mettre en relation avec Dieu le
Père.
(*) Les Samaritains
descendaient des peuples que Salmanéser, roi d’Assyrie, avait amenés à Samarie
à la place des Israélites transportés en Assyrie (2 Rois 17:24). Ces peuples
pratiquaient là les abominations de leur paganisme et l’Éternel avait déchaîné
contre eux des lions. Comprenant que c’était un jugement de Dieu le roi leur
envoya des sacrificateurs, d’entre ceux qu’il avait transportés, pour leur
apprendre à servir le Dieu du pays. Mais tout en craignant l’Éternel, ils
continuèrent de servir leurs dieux, ce qui constitua un culte mélangé (2 Rois
17:25-41). On les voit en Esdras 4:1-5, offrir aux Juifs, revenus de la
captivité, de reconstruire le temple de Jérusalem avec eux. Ils furent très
irrités de ce qu’Esdras refusa leur concours. On pense que ce refus engendra la
haine violente qui régnait entre eux et les Juifs. Voyant que ceux-ci ne leur
accordaient aucun droit au temple de Jérusalem, ils en construisirent un, plus
tard, sur le mont Garizim auquel la Samaritaine fait allusion au v. 20. Ils
choisirent probablement cette montagne parce que c’est sur elle que la
bénédiction devait être prononcée sur le peuple, en opposition avec la montagne
d’Ebal (voir Deutéronome 11:29 et 27:11-13). Au temps du Seigneur le temple
n’existait plus ; la Samaritaine dit : «Nos pères ont adoré sur cette
montagne...». Ils avaient abandonné leur idolâtrie et prétendaient avoir droit
aux promesses. Ils attendaient le Messie, mais ne gardaient des Écritures que
le Pentateuque. Leur origine, leurs prétentions à participer aux bénédictions
que le Messie apporterait, exaspéraient les Juifs qui leur vouaient une haine
plus grande qu’aux autres peuples.
Jésus répondit à la
Samaritaine : «Si tu connaissais le don de Dieu, et qui est celui qui te
dit : Donne-moi à boire, toi, tu lui eusses demandé, et il t’eût donné de
l’eau vive» (v. 10). Quels trésors dans la réponse de Jésus à cette
femme ! C’est un résumé de la grâce parfaite et de la manière dont elle
est venue à l’homme. Jésus l’énonce en deux parties dont chacune est
merveilleuse, insondable, comme tout ce qui est divin. Elles forment le sujet
présent et éternel d’adoration et de louanges. C’est premièrement : «le
don de Dieu». Ce terme indique le changement survenu dans la manière dont Dieu
agit envers les hommes. Jusqu’alors, Dieu avait réclamé de l’homme pécheur une
vie qui répondît à ses exigences, formulées par la loi. Personne ne put offrir
à Dieu ce qu’il demandait. Puis cette loi ne s’adressait qu’aux Juifs qui, en
la violant, se sont placés sur le même pied que tout homme devant Dieu, tandis
que Jésus avait à faire à une pécheresse samaritaine. Ainsi les Juifs, comme
les Samaritains et tout homme, pécheurs perdus, sans ressources quant à
eux-mêmes, demeuraient infailliblement sous la condamnation éternelle, si Dieu
continuait à exiger qu’ils le satisfassent. Alors Dieu, qui est amour et
lumière, intervient en faveur d’une race perdue et coupable, se fait connaître
comme le Dieu qui donne et non plus
qui demande. Il donne le Saint Esprit, la grâce, la vie ; il ne tient
compte de ce qu’est le pécheur que pour lui donner, le sauver, le rendre
parfaitement heureux, dès maintenant et pour l’éternité. Il l’introduit, par la
puissance de l’Esprit, dans la jouissance de tout ce qui provient de son
amour : paix, bonheur, joie, espérance glorieuse.
Mais, pour apporter
ces bénédictions cachées, de toute éternité, dans le cœur de Dieu, il fallait
un moyen que le Seigneur indique dans la seconde partie de sa réponse à la
femme : «Qui est celui qui te dit : Donne-moi à boire». C’était
lui-même, un homme lassé par la marche, sous l’ardeur du soleil, assis sur le
bord d’un puits, ayant soif, attendant des vivres que ses disciples étaient
allés acheter. Cet homme était «Dieu manifesté en chair», le créateur de la
terre sur laquelle il était descendu ; du soleil aux rayons brûlants duquel
il était exposé ; de l’eau qu’il demandait à la femme ; de cette
femme même... celui devant lequel tout homme doit comparaître un jour, le juge
des vivants et des morts, venu dans l’humilité la plus profonde pour être
accessible à tous, expression de l’amour divin. Cet amour, refoulé par les
Juifs, venait se déverser librement dans le cœur d’une pauvre pécheresse,
trouvée à cette heure du jour, parce qu’elle évitait le contact des gens de sa
connaissance à cause de sa conduite ; en effet, dans les pays méridionaux,
on vient chercher l’eau à la fraîcheur et non à midi. Mais Dieu se servit de la
honte qu’elle éprouvait pour la mettre en contact avec lui-même, révélé en
Christ comme le Dieu qui donne. Elle était loin de savoir en présence de qui
elle se trouvait. Il fallait l’œuvre patiente de Jésus pour faire pénétrer la
lumière et l’amour dans ce cœur ténébreux, incapable de comprendre autre chose
que ce qui se rapportait à sa vie matérielle. Elle ne pensait qu’à l’eau
qu’elle venait chercher, et dit à Jésus : «Seigneur, tu n’as rien pour
puiser, et le puits est profond ; d’où as-tu donc cette eau
vive ? » (v. 11).
Elle se rend déjà
compte que, pour faire une offre semblable, il faut être un personnage
distingué. Aussi elle ajoute : «Es-tu plus grand que notre père Jacob qui
nous a donné le puits ; et lui-même en a bu, et ses fils, et son
bétail ? » (v. 12). Elle ignore qui lui parle et de quoi il lui
parle.
Jésus continue la
conversation pour attirer à lui ce cœur auquel il apportait le vrai bonheur, en
lui faisant comprendre qu’il ne lui offrait pas une eau semblable à celle du
puits. Celle-ci représente les choses du monde dont l’homme a soif, mais qui ne
désaltèrent pas ; au lieu de satisfaire ses besoins, elles augmentent ses
désirs, qu’il s’agisse de l’argent, de la gloire, des plaisirs, et hélas !
des passions sous quelque forme que ce soit. C’est pourquoi Jésus dit :
«Quiconque boit de cette eau-ci aura de nouveau soif ; mais celui qui
boira de l’eau que je lui donnerai, moi, n’aura plus soif à jamais ; mais
l’eau que je lui donnerai, sera en lui une fontaine d’eau jaillissant en vie
éternelle» (v. 13, 14). Merveilleuse différence entre l’eau que le Seigneur
donne et celle que le cœur naturel recherche dans ce monde ! Celui qui
boit de l’eau vive n’a plus soif, c’est-à-dire n’a plus besoin de chercher ses
jouissances dans les choses du monde ; il les trouve dans les choses
célestes, dans la connaissance du Père révélé dans le Fils ; cette eau non
seulement désaltère, mais elle devient une fontaine jaillissant en vie
éternelle, au lieu d’un cœur altéré et jamais assouvi !
Sous l’humilité
profonde dans laquelle Jésus se présente à cette femme, nous voyons apparaître
sa divinité. Il lui avait dit : «Si tu connaissais le don de Dieu» et
maintenant il lui dit : «l’eau que je lui donnerai» ; il peut lui
donner, car il est Dieu tout en étant le plus abaissé des hommes. La femme
comprend que Jésus ne lui offre pas de l’eau du puits ; elle lui
dit : «Seigneur, donne-moi cette eau, afin que je n’aie pas soif et que je
ne vienne pas ici pour puiser» (v. 15). Elle veut simplement s’éviter de la
peine ; elle ne peut comprendre de quelle eau il s’agit : «car
l’homme animal ne reçoit pas les choses de Dieu».
Jusqu’ici le Seigneur
a cherché à gagner sa coufiance ; elle a trouvé en lui de la
bienveillance, de la bonté ; il ne la traite pas comme un Juif l’aurait
fait. Son cœur est attiré par une puissance qu’elle ignore, celle de la grâce,
répandue sur les lèvres de l’homme divin (Psaume 45:2). «La grâce et la vérité
vinrent par Jésus Christ». La grâce commence par ouvrir le chemin à la vérité
qui met au jour le triste état de l’homme. Sans elle, il fuirait la présence de
Dieu.
Jésus ne parle plus à
la femme de l’eau qu’il lui offre ; il va faire le nécessaire pour qu’elle
puisse la recevoir. Tout est son œuvre ; c’est ce qui caractérise
l’activité du Seigneur dans cet évangile, l’homme étant considéré dans
l’absolue incapacité de son état naturel. Jésus va placer cette femme en
présence de la lumière divine ; il l’y amènera par la conscience, faculté de distinguer le bien et le mal (*), que l’homme obtint par le péché. Pour que la
conscience soit utile, elle doit être éclairée par la Parole de Dieu ;
sans cela, elle peut s’endurcir au point de ne produire aucun effet. Sous l’action
de la lumière divine, le pécheur voit sa culpabilité, sa perdition, et il peut
accepter la grâce. Pour produire cet effet chez la femme, Jésus lui dit :
«Va, appelle ton mari, et viens ici. La femme répondit et dit : Je n’ai
pas de mari. Jésus lui dit : Tu as bien dit : Je n’ai pas de
mari ; car tu as eu cinq maris, et celui que tu as maintenant n’est pas
ton mari ; en cela tu as dit vrai» (v. 16-18). Par sa réponse, Jésus place
la femme dans la pleine lumière de Dieu. Elle se trouve devant celui aux yeux
duquel «toutes choses sont nues et découvertes» (Héb. 4:13). Aussi
répond-elle : «Seigneur, je vois que tu es un prophète» (v. 19). Elle
comprend qu’il lui parle d’autorité divine, comme les prophètes. Mais ceux-ci
parlaient de la part de Dieu, tandis que Jésus était Dieu. La Parole fait
ressortir cette différence dans les premiers versets de l’épître aux
Hébreux : «Dieu ayant autrefois... parlé aux pères par les prophètes, à la fin de ces jours-là, nous a parlé dans le Fils», c’est-à-dire, non par lui,
mais Dieu était en Lui. La parole de Jésus atteignait la conscience de la
Samaritaine et l’œuvre de Dieu s’accomplissait en elle comme on le voit aux
versets 28, 29, lorsqu’elle va dire aux hommes de la ville : «Venez, voyez
un homme qui m’a dit tout ce que j’ai fait». Jésus ne lui avait évidemment pas
révélé tous ses actes, mais elle avait senti qu’il les connaissait tous et,
dans cette lumière, avait compris son entière culpabilité. Il ne faut pas
beaucoup de temps pour cela. En quelques mots, le brigand sur la croix se
condamna entièrement. Sur le chemin de Damas, Saul de Tarse, un homme sans
reproche quant à la loi, se vit, en un instant, le plus grand des pécheurs et
fut sauvé. Mais, par la grâce de Dieu, c’est dans cette lumière que l’on
obtient le pardon de tout ce qu’elle découvre.
(*) Satan dit à
Ève : «Vous serez comme Dieu, connaissant le bien et le mal». Dans l’état
où Dieu avait placé l’homme il n’y avait ni bien ni mal à connaître.
L’innocence est l’état dans lequel on n’a pas conscience du bien et du mal.
Comprenant qu’elle se
trouve en présence de quelqu’un qui lui parle de la part de Dieu, la femme
cherche à se renseigner quant au lieu où l’on doit adorer. «Nos pères ont adoré
sur cette montagne-ci, dit-elle en désignant le mont Garizim, «et vous, vous
dites qu’à Jérusalem est le lieu où il faut adorer» (v. 20). Malgré sa triste
vie, elle éprouve des besoins religieux ; elle veut en savoir davantage.
Grâce à Dieu, elle avait devant elle celui qu’elle désirait adorer, révélation
de Dieu comme Père, qui, par lui, cherchait des adorateurs. Jésus lui
répondit : «Femme, crois-moi : l’heure vient que vous n’adorerez le
Père, ni sur cette montagne, ni à Jérusalem. Vous, vous adorez, vous ne savez quoi ;
nous, nous savons ce que nous adorons ; car le salut vient des Juifs. Mais
l’heure vient, et elle est maintenant, que les vrais adorateurs adoreront le
Père en esprit et en vérité ; car aussi le Père en cherche de tels qui
l’adorent. Dieu est esprit, et il faut que ceux qui l’adorent, l’adorent en
esprit et en vérité» (v. 21-23). La question de la Samaritaine fournit à Jésus
l’occasion de révéler la vérité à l’égard du culte que Dieu désirait. Il
n’était pas descendu du ciel pour ramener le peuple égaré au culte de
l’Éternel, comme les prophètes avaient cherché à le faire ; Jérusalem et
le temple, qui appartenaient au système légal, sont mis de côté comme lieu
d’adoration. Dieu, le Père, se faisait connaître à tous indistinctement.
Les Samaritains, avec
leur religion de tradition, ne savaient pas ce qu’ils adoraient ; ce
n’était ni Dieu, ni proprement des idoles. Les Juifs, au contraire, le
savaient ; ils adoraient le vrai Dieu en contraste avec les idoles du
paganisme. Mais ni les uns ni les autres ne connaissaient Dieu comme Père. Dieu
est esprit ; c’est sa nature, il n’a aucune forme. Il est recommandé aux
Juifs de ne se faire aucune image qui le représentât (Deut. 4:12, 15, 16, 23).
Dans le temple, Dieu restait caché derrière le voile, et l’homme ne pouvait
s’approcher de lui ; mais en son Fils, Dieu est révélé comme Père, et
comme tel il veut être connu et adoré ; en esprit, selon sa nature, et en
vérité, tel qu’il a été révélé dans son Fils, l’expression de tout ce qu’est
Dieu : amour et lumière. Cela exclut toutes les formes extérieures d’un
culte quelconque. Pour adorer, il faut être en relation de vie avec Dieu comme
Père. Comment peut-on y arriver ? Le Père cherche de vrais
adorateurs ; le besoin de son cœur le fait agir. Il veut être connu dans son
amour infini ; par cette connaissance, il forme les adorateurs. C’est dans
la personne de son Fils qu’il les cherche et les rend capables d’adorer d’une
manière qui réponde à sa nature et dans la jouissance d’une relation établie
avec lui selon toute la vérité de ce qu’il est. Il fallait pour cela que la
Samaritaine reçût Jésus ; qu’elle bût l’eau vive qu’il lui offrait,
qu’elle crût à ce qu’il disait. «Crois-moi», lui dit-il, «l’heure vient que
vous n’adorerez le Père, ni sur cette montagne, ni à Jérusalem». Quelle
révélation précieuse pour cette pauvre femme ! Il ne l’exclut pas de ce
culte, ni aucun Samaritain, comme on les privait du culte juif à
Jérusalem ; il lui dit : «Vous
adorerez le Père». Dès le moment que «l’heure» de la grâce est introduite,
chacun peut participer à ce privilège, sauf ceux qui se le refusent à eux-mêmes
en ne croyant pas.
La Samaritaine ne
comprend pas ce que Jésus lui disait. Cependant, disposée à croire aux
enseignements du Messie, elle dit : «Je sais que le Messie, qui est appelé
le Christ, vient ; quand celui-là sera venu, il nous fera connaître toutes
choses» (v. 25). Aussi Jésus peut lui dire : «Je le suis, moi qui te
parle». Il ne lui en fallait pas davantage. Son cœur est inondé de lumière.
Quel précieux moment pour le Sauveur ! Repoussé à Jérusalem par les Juifs,
il peut faire couler dans ce cœur desséché les eaux vivifiantes de la grâce. Il
trouve en cette femme, qu’il a rendue consciente de son état de péché, et qui
se laisse gagner à lui par ses paroles, une âme à laquelle il peut révéler
qu’il est le Christ, alors qu’il doit défendre à ses disciples de le dire aux
Juifs «à cause de leur incrédulité» (voir Marc 8:29, 30). «Quiconque croit que
Jésus est le Christ est né de Dieu» (1 Jean 5:1).
Par la foi, la femme,
comme tout à l’heure les Samaritains, recevait de Jésus plus que la
connaissance du Messie, avec lequel, du reste, ils n’avaient rien à faire comme
Samaritains ; il leur donnait l’eau de la fontaine jaillissant en vie
éternelle ; ils devenaient adorateurs du Père.
Les disciples
arrivent et s’étonnent de trouver leur Maître parlant avec une femme.
«Toutefois, nul ne dit : Que lui demandes-tu ? ou, de quoi parles-tu
avec elle ? » (v. 27). Ils ne peuvent entrer dans l’œuvre que le
Seigneur accomplissait ; les pensées de grâce du Père, révélé dans le Fils
à l’intention de tous, leur restaient inconnues. Ils n’avaient, à l’égard de
Jésus, que les pensées des Juifs qui excluaient tout autre qu’eux-mêmes des
avantages de sa venue.
La femme laissa sa
cruche et s’en alla à la ville dire aux hommes : «Venez, voyez un homme
qui m’a dit tout ce que j’ai fait ; celui-ci n’est-il point le
Christ ? » (v. 28, 29). Nous avons là une preuve de l’œuvre de Dieu
dans la Samaritaine. Tout à l’heure, elle évitait de rencontrer ses semblables
à cause de sa mauvaise conduite ; maintenant elle va leur dire qu’elle a
trouvé un homme qui lui a révélé tous ses actes. Elle s’était trouvée dans la
lumière de Dieu, où elle avait vu bien plus de péchés que les hommes de Sichar
n’en connaissaient sur son compte, car ce que nos semblables savent de nos
fautes ne saurait se comparer avec ce que Dieu nous fait voir dans sa propre
lumière. Si la Samaritaine pouvait parler de tout ce qu’elle avait fait, c’est
parce que, dans la lumière, elle vit la grâce qui lui avait pardonné. Durant le
temps de la grâce, la lumière et l’amour, la grâce et la vérité, sont
inséparables en faveur de tout pécheur. Au jour du jugement, devant le grand
trône blanc, la même lumière resplendira dans tout son éclat et manifestera
l’affreux état de ceux qui y comparaîtront, mais sans la grâce qu’ils auront
refusée au temps où Dieu invitait les pécheurs à venir à lui pour recevoir le
pardon de leurs péchés.
Ce temps-là, cette
«heure», dont le Seigneur parle en disant : «Elle est maintenant» (voir
aussi chap. 5:25), s’écoule rapidement ; c’est l’heure de la grâce dans
laquelle nous sommes encore ; que celui qui n’en a pas encore profité, se
hâte de recevoir le pardon et la paix, pour devenir un adorateur du Père. Il en
cherche toujours. Laissez-vous attirer par cette grâce, lecteur qui perdriez
encore votre temps à poursuivre le bonheur dans un monde souillé et
perdu !
À l’appel de la
femme, les hommes de Sichar sortirent de la ville et vinrent vers Jésus.
Les disciples
priaient Jésus de manger. Si la femme ne connaissait d’eau à boire que celle du
puits de Jacob, les disciples ne connaissaient de nourriture que celle que l’on
pouvait se procurer à Sichar. Ils ne comprenaient pas de quel aliment leur
Maître venait de se rassasier. Ils ne le connaissaient pas encore. Ils
pensaient que quelqu’un lui avait apporté à manger. En effet, son âme avait été
rassasiée d’un repas que lui refusaient les Juifs dans leur incrédulité ;
il l’avait trouvé en faisant connaître la grâce, le «don de Dieu, à une pauvre
pécheresse qui l’avait écouté et avait cru en lui. Jésus leur dit : «Ma
viande est de faire la volonté de celui qui m’a envoyé, et d’accomplir son
œuvre» (v. 34). Le Père l’avait envoyé accomplir son œuvre d’amour en sauvant
les pécheurs. Il était un avec le Père dans cet amour infini. Son cœur était
satisfait en satisfaisant le cœur de son Père. C’était, dans le Fils, l’amour
obéissant à l’amour du Père. Il pouvait dire : «C’est mes délices, ô mon
Dieu, de faire ce qui est ton bon plaisir» (Psaume 40:8). Pourrions-nous avoir
un Sauveur plus merveilleux ! Il trouve ses délices à révéler l’amour qui
sauve, qui pardonne, qui amène le pécheur à Dieu comme un enfant bien-aimé,
comme un adorateur du Père, et, lorsqu’un pécheur se laisse atteindre par cet
amour, au ciel Dieu se réjouit, comme nous l’avons vu au chapitre 15 de Luc.
Le Seigneur veut
faire comprendre à ses disciples en quoi consiste le travail qui lui procure
une nourriture pareille et auquel il aimerait les associer. Il leur dit «Ne
dites-vous pas, vous : Il y a encore quatre mois, et la moisson
vient ? Voici, je vous dis : Levez vos yeux et regardez les
campagnes ; car elle sont déjà blanches pour la moisson» (v. 35). Le temps
que Jésus passait ici-bas marquait le terme de l’économie de la loi, durant
laquelle les prophètes avaient annoncé la venue du Christ pour apporter la
bénédiction à son peuple ; en effet, sur le pied de l’obéissance à la loi,
il n’avait pu en obtenir aucune. Leurs prophéties, celle de Jean le baptiseur,
tout particulièrement, avaient porté leur fruit, puisque beaucoup attendaient
le Messie au milieu de l’incrédulité des Juifs orgueilleux. On constate même
cette attente chez la Samaritaine et ses concitoyens. Il y avait, à ce
moment-là, des besoins chez plusieurs, qui ne trouvaient aucune satisfaction
dans l’état du peuple. Cette attente du Christ résultait des semailles des
prophètes : «Les campagnes étaient blanches pour la moisson». Les
disciples, qui servaient de moissonneurs, assemblaient du fruit en vie
éternelle. Semeurs et moissonneurs se réjouiraient ensemble, puisqu’ils avaient
travaillé en vue du même résultat. Jésus leur dit : «Je vous ai envoyés
moissonner ce à quoi vous n’avez pas travaillé ; d’autres ont travaillé,
et vous, vous êtes entrés dans leur travail» (v. 38). Le principe est le même
s’il s’agit d’une conversion ; on a l’habitude de dire qu’un tel a été
converti au moyen d’une telle personne ou en lisant un passage de la Bible ou
un traité. Cette personne a moissonné où d’autres ont travaillé souvent
longtemps, car le travail de Dieu dans une âme ne s’opère généralement pas en
un jour ; il y emploie souvent plusieurs ouvriers et appelle longtemps par
des moyens différents. Mais la conversion ayant eu lieu, celui qui moissonne et
ceux qui ont semé se réjouissent ensemble des résultats de leur coopération.
«Or plusieurs des
Samaritains de cette ville-là crurent en lui, à cause de la parole de la femme
qui avait rendu témoignage : Il m’a dit tout ce que j’ai fait» (v. 39). La
Samaritaine fournit un autre exemple des moyens que Dieu emploie pour la
conversion des pécheurs. Elle possédait un bonheur qu’elle ne pouvait garder
pour elle-même. Comment y était-elle arrivée ? En se trouvant en présence
d’un homme qui, sous l’effet de la grâce et de la vérité, lui avait dévoilé sa
vie de péché. Cet homme-là devait être le Christ promis et attendu. Ce
témoignage si simple et si vrai produisit, chez ceux qui l’entendirent, le même
effet que chez elle ; ils crurent à cause de sa parole. Chacun peut
prêcher l’Évangile, sans être spécialement doué pour cela ; il suffit
d’avoir été converti et de raconter sa conversion. Les Samaritains vinrent à
Jésus ; tel est l’effet de toute prédication de l’Évangile. C’est à Jésus
qu’il faut aller. Le vrai ministère de la Parole conduit à lui : les
croyants, afin qu’ils se nourrissent de sa personne et les inconvertis pour
qu’ils reçoivent la vie éternelle. «Venez à moi», dit Jésus à ceux qui sont
fatigués et chargés. «Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi, et qu’il boive»
(chapitre 7:37). Ils prièrent Jésus de «demeurer avec eux ; et il demeura
là deux jours. Et beaucoup plus de gens crurent à cause de sa parole ; et
ils disaient à la femme : Ce n’est plus à cause de ton dire que nous
croyons ; car nous-mêmes nous l’avons entendu, et nous connaissons que
celui-ci est véritablement le Sauveur du monde» (v. 41, 42). Mis en contact
avec la source du bonheur de la Samaritaine, ce que ces gens trouvèrent en
Jésus confirmait les paroles de la femme avec une puissance vivifiante ;
leur foi ainsi fortifiée dépassait ce qu’elle avait saisi de Jésus. La
Samaritaine dit : «Celui-ci n’est-il point le Christ ? » Eux
disent : «Nous croyons... et nous connaissons que celui-ci est
véritablement le Sauveur du monde». Ils avaient besoin d’un Sauveur et non d’un
Messie auquel, en réalité, ils n’avaient aucun droit. Ce Sauveur, ils l’ont
trouvé. Jésus avait bien dit à la femme : «Le salut vient des Juifs», il
était pour tous, pour le monde entier, ainsi que Jean le dit souvent. Il est
«l’agneau de Dieu qui ôte le péché du monde» (chapitre 1:29). Il est venu afin
que «le monde fût sauvé par lui» (chapitre 3:17). Il est le pain qui «donne la
vie au monde» (chapitre 6:33). Il donne sa chair «pour la vie du monde» (v.
51). Il est «la lumière du monde» (8:12), etc. Ces expressions indiquent la
pensée de Dieu en donnant son Fils ; mais pour obtenir les résultats de la
venue de Jésus, il faut la foi, toujours individuelle. Le salut appartient à
quiconque croit. Mais Dieu a fait le nécessaire pour que tous ceux qui
composent le monde soient sauvés, moyennant la foi.
Après les deux jours
passés avec les Samaritains, Jésus poursuivit sa route vers la Galilée (v. 43),
en ayant la conscience qu’il n’y serait pas honoré comme à Sichar. Il
témoignait «qu’un prophète n’est pas honoré dans son propre pays». Quoiqu’il ne
travaillât pas dans ce but, mais pour accomplir la volonté de son Père, il
n’était pas insensible au mépris que lui témoignait son entourage et il
cherchait toujours à faire du bien. Son cœur humain éprouvait, avec une
sensibilité parfaite et une pleine connaissance, tout ce qui était propre à
l’attrister comme à le réjouir ; mais il ne se laissait jamais gouverner
par ses sentiments, tout parfaits qu’ils fussent. Accomplir la volonté de Dieu
son Père en faisant connaître sa grâce à des pécheurs, tel était le mobile de
toute sa vie. Nous pouvons dire en passant qu’on n’honorait pas Jésus en lui
faisant des compliments, ni par de brillantes réceptions, comme pour un homme,
mais en recevant sa parole comme le firent les Samaritains. Rien n’honore mieux
le Seigneur que de croire et d’obéir.
Quand il fut arrivé
en Galilée, les Galiléens le reçurent, «ayant vu toutes les choses qu’il avait
faites à Jérusalem pendant la fête ; car eux aussi allaient à la fête» (v.
45). On remarque bien vite une différence entre les Galiléens et les
Samaritains : les premiers le reçurent parce qu’ils avaient vu des miracles ;
les seconds, à cause de sa parole. Les miracles peuvent produire une conviction
momentanée, vite dissipée sous l’effet des circonstances, tandis que la foi en
la Parole de Dieu donne la vie éternelle. Les Samaritains se montraient
supérieurs à ceux qui avaient eu le Seigneur au milieu d’eux et avaient
participé aux privilèges du peuple d’Israël ; car les Galiléens montaient
aussi à la fête. Le Seigneur fait allusion à la fête de Pâque, mentionnée à la
fin du chapitre 2, où plusieurs crurent en son nom, quand ils contemplèrent les
miracles qu’il faisait ; mais il ne se fiait pas à eux.
C’est la foi qui
sauve ; mais la foi à la Parole de Dieu. «La foi est de ce qu’on entend,
et ce qu’on entend par la parole de Dieu» (Rom. 10:17). S’il fallait des miracles
pour croire, qui serait sauvé aujourd’hui ? Dieu en ferait toujours s’ils
étaient nécessaires. Grâces à Dieu, la Parole suffit. Rappelé au cœur d’un
mourant, à un homme isolé, dans la détresse, loin de toute intervention
humaine, un passage peut effectuer en lui l’œuvre de Dieu.
Jésus accomplissait
ici-bas des miracles, afin de prouver à son peuple qu’il était le Messie. C’est
ce qu’il fait dire à Jean le baptiseur, au moment où il y avait chez lui
quelque doute à ce sujet (voir Matthieu 11:5, 6). Les apôtres et d’autres
disciples firent aussi des miracles depuis l’ascension du Seigneur, comme
signes aux incrédules, en leur montrant la puissance de Dieu par laquelle le
christianisme s’établissait dans le monde. Aujourd’hui le Messie n’est plus
présenté à son peuple ; le christianisme est établi ; les miracles ne
sont donc plus nécessaires. Mais il y a des âmes à sauver au milieu de la
chrétienté ; elles peuvent l’être par la foi à la Parole de Dieu, car la
Parole n’a subi aucune altération depuis qu’elle a converti les premiers
chrétiens ; elle demeure dans toute sa puissance pour accomplir l’œuvre du
salut en quiconque croit. Les seuls miracles auxquels la chrétienté peut
prétendre aujourd’hui sont «les miracles et signes et prodiges de mensonge» dont
parle Paul en 2 Thessaloniciens 2:9. Un des signes de la fin de l’économie
actuelle, très apparent de nos jours, est le besoin de voir des miracles et
d’en faire, à mesure que l’on met de côté la Parole de Dieu. On ne se rend pas
compte que c’est une ruse de l’Ennemi pour détourner les hommes de la foi et
les perdre ; il les attire à lui sans qu’ils s’en rendent compte, et le
plus souvent avec un langage emprunté aux Écritures ; il les place ainsi
subtilement dans l’erreur, afin qu’ils croient au mensonge, jusqu’au moment où,
comme jugement, Dieu enverra «une énergie d’erreur pour qu’ils croient au
mensonge, afin que tous ceux-là soient jugés qui n’ont pas cru la vérité» (2 Thess. 2:11, 12). Il s’agit de ceux qui seront
laissés sur la terre lorsque le Seigneur viendra enlever ceux qui croient.
Il faut donc prendre
garde à cette œuvre de séduction, car elle se présente souvent avec l’apparence
de la vérité tout en faisant partie du «mystère d’iniquité» qui opère déjà
maintenant. On ne doit pas se laisser détourner du seul moyen de salut donné de
Dieu pour tous les temps : la foi en
la Parole de Dieu.
Nous nous retrouvons
à Cana où Jésus avait changé l’eau en vin. Le fils d’un seigneur de la cour était
malade ; son père pria Jésus de descendre pour le guérir. Jésus
répondit : «Si vous ne voyez des signes et des prodiges, vous ne croirez
point» (v. 48). Cette réponse ne s’adresse pas personnellement au père, mais au
peuple que ce père représente, qui ne croit que s’il voit des miracles, comme
les Galiléens en contraste avec les Samaritains qui croyaient la parole de
Jésus. Le seigneur de la cour insiste pour que Jésus descende avant que son
enfant ne meure. Jésus lui dit : «Va, ton fils vit» (v. 49). «Et l’homme
crut la parole que Jésus lui avait dite, et s’en alla» (v. 50). Il profite de
la présence et de la puissance du Seigneur sur le même pied que les
Samaritains. Il crut. Cette foi est
fortifiée ensuite, quand il entend les serviteurs, venus à sa rencontre, lui
dire que son fils vivait. Il apprend que la fièvre l’avait quitté à la septième
heure, au moment même où Jésus lui disait : «Va, ton fils vit». Après
cette merveilleuse constatation, «il crut, lui et toute sa maison» (v. 53). Les
miracles fortifient la foi ; la Parole de Dieu la produit.
«Jésus fit encore ce
second miracle, quand il fut venu de Judée en Galilée» (v. 54). L’eau changée
en vin dans le premier miracle, symbolisait la joie que le Seigneur apportera
par l’établissement du royaume en gloire, le nouvel Israël ayant été purifié
par les eaux de l’affliction qu’il aura traversées. Le «second miracle» est une
figure de ce que Jésus accomplissait sur la terre. Ce fils malade représente
l’état du peuple juif à ce moment-là. Il allait mourir, mais là où il y avait
de la foi pour profiter de la présence du Seigneur, la vie était donnée. La
masse du peuple n’en a pas profité ; mais où la foi se trouvait, les
effets de la grâce se produisaient. Il y a d’autres figures de l’état du
peuple, par exemple, la fille de Jairus. Elle représente le peuple qui meurt
pour avoir rejeté Jésus, qui va, non le guérir, mais le ressusciter moralement
(Ézéchiel, chap 37).
Le premier miracle
avait eu pour effet que les disciples de Jésus crurent en lui, quand ils virent
sa gloire. Par le second, d’autres croient en lui et vivent en contraste avec
la nation qui allait périr parce qu’elle ne croyait pas.
«Après ces choses, il
y avait une fête des Juifs, et Jésus monta à Jérusalem» (v. 1). Les chapitres
5, 6 et 7 commencent tous par ces mots : «Après ces choses», qui sont les
révélations importantes des pensées de Dieu apportées par le Seigneur. Ces
vérités, toujours présentées en contraste avec la loi et l’état de l’homme sous
cette loi, font le sujet spécial des chapitres 4 à 10.
Au chapitre 4, nous
avons vu Jésus faisant connaître Dieu comme celui qui donne et cherche des
adorateurs. Ceux-ci, à leur tour, le connaissent comme Père qui se manifeste en
Christ, le Sauveur du monde et non seulement des Juifs. Au chapitre 5, on voit
jésus comme le Fils de Dieu, vivifiant l’homme mort quant à Dieu. Dans le
chapitre 6, c’est Jésus, le Fils de l’homme, le pain de Dieu venu du ciel pour
donner la vie au monde, ce qui nécessitait sa mort. C’est pourquoi il faut se
nourrir de sa chair et boire son sang pour avoir la vie éternelle : savoir
croire en un Christ mort. Toutes ces vérités fondamentales du christianisme
constituent «ces choses», révélées en ordre dans cet évangile.
Jésus monte à
Jérusalem. Nous ne savons quelle fête avait lieu. Mais le Seigneur y trouva un
triste tableau de l’état du peuple. Il y avait «près de la porte des brebis
(pour cette porte, voir Néhémie 3:1 et 12:39), un réservoir d’eau, appelé en
hébreu Béthesda, ayant cinq portiques, dans lesquels étaient couchés une
multitude d’infirmes, d’aveugles, de boiteux et de gens qui avaient les membres
secs, attendant le mouvement de l’eau» (v. 2, 3). Cette multitude exprimait
bien l’état du peuple juif, comme celui de tout homme devant Dieu. Nous avons
déjà remarqué que chacune des infirmités que le Seigneur guérissait figurait un
côté de l’état de l’homme en chute : incapacité de marcher, de voir,
d’agir, de parler, d’entendre, selon la pensée de Dieu. Sachant son peuple
sujet à toutes ces infirmités, Dieu s’était présenté à lui comme celui qui le
guérit (voir Exode 15:26 ; Psaume 103:3). Fidèle à ce qu’il est, malgré
toute l’infidélité du peuple dès le commencement, Dieu agissait encore en
miséricorde à son égard (Béthesda signifie «maison de miséricorde»), en
envoyant à certaines époques un ange agiter l’eau de ce réservoir, et :
«le premier qui entrait après que l’eau avait été agitée, était guéri, de
quelque maladie qu’il fût pris» (v. 4). Dieu se sert des anges comme d’agents
en faveur de son peuple terrestre sous le régime de la loi. Ils sont «des
esprits administrateurs, envoyés pour servir en faveur de ceux qui vont hériter
du salut» (Héb. 1:14). Dieu les emploie aussi en faveur des siens actuellement.
Si tous ces infirmes représentaient l’état dans lequel le péché a placé
l’homme, il y en avait un, entre tous, qui figurait tout spécialement l’état de
l’homme sous la loi. C’était un malheureux, infirme depuis trente huit ans.
Pourquoi donc, se trouvant à proximité d’un moyen de guérison aussi sûr,
demeurait-il dans le même état sans en profiter ? Parce que le remède que
la bonté de Dieu lui offrait exigeait de la force chez celui qui voulait
l’employer ; or, ce qui caractérisait précisément la maladie de ce malheureux,
c’était l’absence de force. Si son état est celui de tout homme sous la loi, le
moyen de guérison de Béthesda illustre cette loi. Par elle Dieu demandait à
l’homme de faire : «Fais cela et tu vivras», et nul n’a pu l’accomplir. Le
péché a ôté à tout homme la capacité de faire le bien, malgré toutes ses
prétentions et même ses bons désirs. Laisser l’homme à côté de ce moyen sans
intervenir autrement en sa faveur, c’était sa perdition éternelle. Pour l’en
sortir il fallait une puissance opérant en dehors de lui. C’est ce que Dieu fit
en envoyant son Fils dans ce monde, comme nous allons le voir. Voyant cet homme
couché là et «sachant qu’il était dans cet état depuis longtemps, Jésus lui
dit : Veux-tu être guéri ? Le malade lui répondit : Seigneur, je
n’ai personne qui, lorsque l’eau a été agitée, me jette dans le
réservoir ; et, pendant que moi je viens, un autre descend avant moi» (v.
6, 7). Cette réponse résume fidèlement sa triste condition. Incapable lui-même,
il ne trouvait aucune aide en ceux qui l’entouraient, car ils avaient tous
assez à faire pour leur propre compte. De même l’homme naturel ne peut
accomplir la loi (voir Rom. 8:7), il ne trouve personne qui lui aide, la
capacité manquant à tous ; il n’y a donc point de ressource ici-bas. Cette
constatation a été faite par Dieu durant les quatre mille ans d’expériences qui
précédèrent la venue de Christ dans ce monde, qui eut lieu, dit l’apôtre en
Romains 5:6, «au temps convenable», alors «que nous étions sans force». Le
terrain était prêt pour le déploiement de la puissance de Dieu en grâce.
Jésus dit à
l’infirme : «Lève-toi, prends ton petit lit, et marche. Et aussitôt
l’homme fut guéri, et il prit son petit lit, et marcha» (v. 8, 9). On pouvait
s’attendre à ce que Jésus offrît à cet homme de lui aider. Dieu l’avait fait
par tous les moyens possibles. Il avait favorisé son peuple de toutes
manières ; il l’avait placé dans des conditions exceptionnelles
matériellement, lui avait donné sa loi, avait habité an milieu de lui, lui
avait envoyé ses prophètes, mais sans qu’aucune de ces circonstances favorables
n’aboutît à un résultat quelconque, sinon à démontrer l’incapacité de l’homme.
Dès qu’il est placé sous une responsabilité, tout fait défaut. C’est pourquoi
Jésus vient, afin de tout accomplir lui-même en faveur de l’homme incapable. Il
n’est donc pas un aide Sauveur ; il ne voulait pas plus aider à cet
infirme qu’il ne voulait enseigner Nicodème sous la loi. Dieu ne peut utiliser
l’homme naturel, car rien n’est utilisable chez lui. Tout le mouvement, toute
la puissance doivent venir de lui. Sa parole, parce qu’elle est la Parole de
Dieu, suffit pour communiquer la force qui fait complètement défaut à tout
pécheur. «Aussitôt, l’homme fut guéri». Il en va de même pour la conversion
d’une âme. «Celui qui croit a la vie éternelle». Pourquoi ? Parce que
c’est Dieu qui le dit. Il a, comme
l’infirme eut, la force de se lever,
de marcher et de porter son lit.
Grâce merveilleuse de
la part de Dieu que le don de son Fils ! Sans sa venue nous périssions
tous loin de lui. Combien cela doit engager ceux qui cherchent encore en eux
quelque force ou quelque bien, à détourner leurs pensées d’eux-mêmes, pour les
fixer sur Jésus. Car aujourd’hui il dit encore à chacun : «Veux-tu être
guéri ? » Il apporte lui-même, par sa Parole, ce qu’il faut pour
guérir de la terrible morsure du péché et pour vivifier, comme nous le voyons
dans le courant de ce chapitre.
Jésus avait opéré
cette guérison un jour de sabbat ; aussi les Juifs, voyant l’infirme guéri
emporter son lit, lui dirent : «Il ne t’est pas permis de prendre ton
petit lit». Le sabbat, comme nous avons déjà eu plusieurs fois l’occasion de le
dire dans nos entretiens sur les évangiles précédents, était le signe de
l’alliance de Dieu avec son peuple terrestre (Exode 31:13). Dieu montrait par
là son désir de faire participer le peuple à son repos. Mais ce repos
impliquait l’obéissance aux commandements de l’Éternel ; personne n’en jouissait
autrement. On pouvait observer le sabbat, mais non sa véritable
signification ; tant que le péché était là, il ôtait à l’homme le vrai
repos, quoiqu’il voulût se reposer avec le péché. Ce repos, il le cherche
toujours, mais ne peut l’obtenir sans Christ, sans l’activité de l’amour du
Père et du Fils, comme nous le verrons plus loin. Dieu est amour ; il veut
le bonheur de sa créature ; il trouve sa satisfaction à rendre
heureux ; il y travaille maintenant.
L’homme guéri
répondit aux Juifs : «Celui qui m’a guéri, celui-là m’a dit : Prends
ton petit lit, et marche». Les Juifs veulent savoir qui lui a adressé cette
injonction. Ils ne lui demandent pas : «Qui t’a guéri ? » Durs
de cœur, ils s’embarrassaient bien peu du fait que cet homme eût été guéri ou
non, pourvu que le sabbat fût observé. Ces Juifs orgueilleux comprenaient bien
que, si on mettait de côté le sabbat, ainsi que tout le système auquel il
appartenait, eux le seraient aussi ; c’était leur condamnation ;
c’est pourquoi ils tenaient si fort au sabbat et aux ordonnances légales, qui
leur donnaient de l’importance.
L’homme ne savait pas
à qui il devait sa guérison. Jésus s’était retiré de suite, à cause de la
foule. Mais il le retrouva dans le temple et lui dit : «Voici, tu es
guéri ; ne pèche plus, de peur que pis ne t’arrive» (v. 14). Nous savons
que les Juifs, étant sous le gouvernement direct de Dieu, portaient en
châtiment les peines de leurs péchés ; Jésus laisse donc l’homme sous ce
gouvernement. Cette guérison ne comportait pas le pardon éternel des
péchés ; mais nous pouvons penser que l’homme l’obtint plus tard, après
avoir fait la connaissance de Jésus d’une manière si merveilleuse.
Avant appris qui
l’avait guéri, il alla le dire aux Juifs qui persécutèrent Jésus et cherchèrent
à le faire mourir. Cet homme n’avait probablement pu calculer les conséquences
de ce renseignement ; à cause de son existence misérable et isolée, il
ignorait sans doute, de quelle haine les Juifs poursuivaient Jésus.
Jésus répondit aux
Juifs : «Mon Père travaille jusqu’à maintenant, et moi je travaille» (v.
17). Précieuse déclaration ! Elle découle de l’amour infini de Dieu qui se
révèle comme Père en son Fils bien-aimé. Puisque tout le travail de l’homme est
vain, sinon pour l’amener en jugement, Dieu travaille pour le sortir de son
état de péché.
Après les six jours
de la création, Dieu vit que tout ce qu’il avait fait était «très bon» ;
il se reposa le septième. Mais quand le péché entra, tout se gâta. L’homme,
chef-d’œuvre de la création, tombe dans la souffrance et la mort ; donc
pas de repos, ni de bonheur. Dieu aurait pu anéantir tout ce qu’il avait créé,
pour ôter de devant lui l’homme et la création souillés ; mais cette
première création était provisoire ; Dieu avait en vue des cieux nouveaux,
une nouvelle terre et des hommes parfaits pour l’habiter éternellement. C’est
pourquoi il dut se remettre à l’œuvre. Il ne pouvait se reposer, quant à
l’homme, lorsqu’il le voyait souffrir, incapable de sortir de la terrible
condition dans laquelle le péché l’avait placé. Son amour voulait le rendre
heureux. Voilà le travail que le Fils effectuait en communion avec son Père qui
ne lui permettait pas de rester inactif un jour de sabbat. Il ne pouvait jouir
du repos au milieu d’une scène de péché et de souffrance. Une fois l’œuvre de
Dieu accomplie, quand tous les saints seront introduits dans «son repos» (voir
Hébreux 4:3, 9-11), Dieu «se reposera dans son amour» (Sophonie 3:17). Tous
ceux qui en auront bénéficié se trouveront dans l’état définitif et éternel,
introduits dans le repos de Dieu.
Au lieu de réjouir
les Juifs, la réponse de Jésus créa un motif nouveau pour le faire mourir, car
«non seulement il violait le sabbat, mais aussi parce qu’il disait que Dieu
était son propre Père, se faisant égal à Dieu» (v. 18). Ils avaient conclu,
avec raison, que puisque Jésus appelait Dieu son Père, il était un avec lui. En
réponse à leur indignation, Jésus expose toute la vérité quant à son union avec
son Père et au travail qu’il accomplissait. Si Jésus était vraiment Dieu
manifesté en chair, il agissait aussi dans la dépendance de Dieu. Le Père et le
Fils, quoique distincts, n’étaient pas deux personnes indépendantes. Le Fils,
expression de l’amour du Père, faisait, dans une obéissance parfaite, ce que le
Père lui prescrivait. Il leur dit : «Le Fils ne peut rien faire de
lui-même, à moins qu’il ne voie faire une chose au Père, car quelque chose que
celui-ci fasse, cela, le Fils aussi de même le fait» (v. 19). Ainsi les œuvres
du Fils, de même que ses paroles, sont celles du Père ; cela aggravait la
culpabilité des Juifs qui ne recevaient pas Jésus. Une foule de passages
présentent cette unité d’action du Père et du Fils (voir entre autres : v.
36 ; 7:17 ; 8:26-29 ; 10:25, 37, 38 ; 14:10, 11, etc.).
Jésus continue en ces termes : «Le Père aime le Fils, et lui montre toutes
les choses qu’il fait lui-même, et il lui montrera des œuvres plus grandes que
celles-ci, afin que vous soyez dans l’admiration» (v. 20). Jésus venait de
guérir l’infirme de Béthesda ; mais c’était loin d’être tout ce que le
Père voulait qu’il fît, car cet homme guéri demeurait assujetti à la loi et
sous les conséquences du péché. Il fallait une délivrance plus grande que
celle-là en faveur de l’homme perdu, une œuvre qui étonnerait les Juifs ;
celle de la résurrection, par laquelle l’homme sortirait de la mort ; la
résurrection de Lazare la manifesta. «Car», dit-il, «comme le Père réveille les
morts et les vivifie, de même aussi le Fils vivifie ceux qu’il veut ; car
aussi le Père ne juge personne, mais il a donné tout le jugement au Fils ;
afin que tous honorent le Fils comme ils honorent le Père. Celui qui n’honore
pas le Fils, n’honore pas le Père qui l’a envoyé» (v. 21-23). Les Juifs ne
pouvaient nier que Dieu eût le pouvoir de vivifier des morts, car ils croyaient
à la résurrection au dernier jour. Donc le Fils, un avec le Père, vivifiait
aussi ceux qu’il voulait. Et plus encore : les Juifs savaient qu’il y
aurait un jugement ; ils devaient apprendre qu’il aurait lieu par le Fils
qu’ils méprisaient, car le Père lui a remis tout le jugement, afin que tous
honorent le Fils comme ils honorent le Père. Les Juifs prétendaient honorer
Dieu en rejetant son Fils qui était un avec le Père ; ils dirent à
l’aveugle devenu voyant : «Donne gloire à Dieu ; nous savons que cet
homme est un pécheur» (chap. 9:24). Avant la venue de Jésus, les Juifs
honoraient Dieu, objet de leur culte ; ils le connaissaient comme le seul
vrai Dieu, mais des lèvres seulement et avec un cœur fort éloigné de lui, leur
dit-il, en Ésaïe 29:13. Depuis que Jésus manifestait ici-bas Dieu le Père, on
ne pouvait honorer le Père sans honorer le Fils, puisque le Père et le Fils ne
sont qu’un. Aujourd’hui encore on accorde à Dieu la divinité, la
toute-puissance, la toute-science, mais on les refuse au Fils, tout en le
mettant à la tête des hommes de bien. Ce genre d’honneur témoigne du mépris
vis-à-vis du Père comme vis-à-vis du Fils. Tous devront ployer les genoux
devant lui : «au nom de Jésus», est-il dit en Philippiens 2.
Il y a deux manières
d’honorer le Fils. On peut croire en lui durant le temps de la grâce. Les Juifs
alors, comme les hommes d’aujourd’hui, tiraient prétexte de l’abaissement dans
lequel le Fils de Dieu est venu dans ce monde, pour lui refuser son titre et
l’honneur qui lui est dû. Mais ceux qui croient en lui durant ce temps
reçoivent la vie, la paix ; le cœur rempli d’amour pour le Fils, ils
l’honorent, lui sont soumis, l’adorent, lui attribuent toutes les gloires qu’il
possède et dont il est digne pour le temps et l’éternité. Mais ceux qui ne
croient pas en lui, qui discutent de la divinité de sa personne, demeurent dans
leurs péchés et seront obligés de l’honorer un jour. Ils ploieront les genoux
devant lui, au jour du jugement (Philippiens 2:10, 11).
Comment désirez-vous
honorer Jésus, lecteurs ?
Le verset 24 nous dit
comment on peut faire partie de ceux qui honorent le Fils comme Sauveur dès
maintenant : «En vérité, en vérité, je vous dis que celui qui entend ma
parole, et qui croit celui qui m’a envoyé, a la vie éternelle et ne vient pas
en jugement ; mais il est passé de la mort à la vie». Il faut donc
entendre la parole de Jésus, celle de Dieu le Père, et croire, non pas en Dieu
simplement, mais comme en celui qui envoya son Fils dans le monde, quand il vit
l’homme incapable d’être sauvé par aucun autre moyen. Il faut croire au Dieu
qui «a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique». Remarquez que ce
n’est pas croire en lui, mais croire
Dieu ; croire ce qu’il dit et ce qu’il fait. Croire en Dieu, c’est croire
qu’il existe ; tous les Juifs le croyaient, mais cela ne sauve pas. Celui
qui entend et croit entre en possession de trois choses : il a la vie éternelle, en contraste avec la
vie périssable de l’homme en chute ; en conséquence il ne vient pas en jugement, car il possède
la vie à laquelle aucun péché ne peut être attaché et, parce que Jésus a été en
jugement à sa place ; troisièmement, il est passé de la mort à la vie. Car non seulement l’homme coupable doit
venir en jugement, mais il est moralement mort pour Dieu, mort dans ses fautes
et ses péchés. La grâce de Dieu a pleinement répondu à toutes les faces de
notre misérable état.
Comment ne pas
croire, puisque cette simple foi nous acquiert de tels titres pour
l’éternité ?
Nous venons de voir
que la troisième chose qu’obtient la foi, c’est de passer de la mort à la vie.
Le Seigneur dit, au verset 25, quand ce changement peut avoir lieu : «En
vérité, en vérité, je vous dis que l’heure vient, et elle est maintenant, que
les morts entendront la voix du Fils de Dieu, et ceux qui l’auront entendue
vivront». Cette heure, celle du temps de la grâce, commençait lorsque Jésus
était ici-bas, pour se continuer jusqu’à son prochain retour. Durant ce temps,
ceux qui sont moralement morts pour Dieu, état de tout homme inconverti,
entendent la voix du Fils de Dieu, sont vivifiés, passent de la mort à la vie.
«Car comme le Père a la vie en lui-même, ainsi il a donné au Fils aussi d’avoir
la vie en lui-même» (v. 26). Cette œuvre du Fils s’accomplit encore
aujourd’hui, grâce à Dieu ; cette heure dure toujours, pour la conversion
de quiconque entend la voix du Sauveur. On peut raisonner disant :
«Comment l’homme est-il responsable de croire, puisqu’il est mort ? »
Si on ne pouvait lui faire entendre que des paroles d’homme, elles resteraient
certainement sans effet ; mais la Parole du Fils de Dieu peut être
entendue des morts et les vivifier, parce que c’est une parole divine. C’est
pourquoi Paul dit à Timothée (chapitre 4:2 de la seconde épître) : «Prêche
la parole». Toute personne mise en contact avec la Parole de Dieu peut être
sauvée. De là, l’importance de prêcher la Parole de Dieu, de faire entendre la
voix du Fils de Dieu et non des paroles de sagesse humaine ; de là, plus
encore, l’importance qu’il y a à écouter et à croire.
Si Dieu a donné à son
Fils, sur la terre, le pouvoir de vivifier, il lui a aussi donné autorité de
juger, parce qu’il est fils de l’homme. Il a droit sur tous les hommes ;
il vivifie ceux qui entendent et croient, et par conséquent il jugera ceux qui
ne veulent pas croire. Jésus jugera comme fils de l’homme parce qu’il s’est
abaissé et a encouru le mépris dans sa nature humaine. Les hommes prirent
occasion de son humilité, de sa douceur, de sa débonnaireté, de sa grâce, pour
l’humilier plus qu’aucun autre. Son Père veut qu’il soit glorifié dans la
nature où il a connu l’humiliation. Il exercera les jugements lorsqu’il aura
achevé l’œuvre actuelle de vivification des morts ; ii apparaîtra dans sa
gloire comme Roi des rois et Seigneur des seigneurs pour le jugement des
vivants et, après le règne millénaire, il siégera sur le grand trône blanc pour
le jugement des morts.
Après l’heure
actuelle, celle de la grâce dans laquelle ceux qui entendent la voix du Fils de
Dieu vivent, vient une autre heure, celle de la résurrection de tous ceux qui
sont dans les sépulcres.
«Ne vous étonnez pas
de cela», dit Jésus ; «car l’heure vient en laquelle tous ceux qui sont
dans les sépulcres entendront sa voix ; et ils sortiront, ceux qui auront
pratiqué le bien, en résurrection de vie, et ceux qui auront fait le mal, en
résurrection de jugement». Il y avait de quoi s’étonner en voyant Jésus
ressusciter Lazare et vivifier les morts ; mais l’heure approchait où la
même puissance ferait sortir de leurs sépulcres tous les morts. Remarquez qu’il
n’est pas dit, comme au verset 25, que ceux qui auront entendu la voix vivront,
mais que tous ceux qui sont dans les
sépulcres entendront la voix du fils de l’homme et ils sortiront. Aujourd’hui, lorsqu’on prêche l’Évangile, ceux qui
l’entendent et croient vivent de la vie nouvelle ; ceux qui ne croient pas
demeurent dans leur état de mort pour Dieu ; ils continuent leur vie
«selon le train de ce monde, selon le chef de l’autorité de l’air» (Éphésiens
2:2) ; ils continuent de vaquer à leurs affaires comme si Dieu ne leur
avait jamais parlé, même comme s’il n’existait pas, et finalement, leur vie
ici-bas se terminera par la mort du corps. Dans l’heure qui vient personne ne
pourra se soustraire aux effets de la voix du fils de l’homme, tous ceux qui sont dans les sépulcres, sortiront ; jour de gloire pour
ceux qui sont morts en Christ ; semblables à leur Sauveur, ils entrent
dans la gloire éternelle ; jour effroyable pour ceux qui n’ont pas voulu
écouter la voix du Fils de Dieu, qui ont méprisé la grâce en lui préférant les
jouissances éphémères de ce monde contre lesquelles ils ont échangé une
éternité de malheur. Entrés peut-être dans la mort en pensant que tout était
fini avec la vie présente, en hadès ils ne se font déjà plus d’illusions ;
ils savent leur sort fixé pour l’éternité, dans les ténèbres de dehors, en
attendant de sortir aussitôt que se fera entendre la voix puissante de l’Homme
Jésus qu’ils ont méprisé, pour paraître en jugement devant lui.
Les ressuscités se
divisent en deux classes, ceux qui ont pratiqué le bien, et ceux qui ont fait
le mal. Les uns ressuscitent en résurrection de vie, les autres en résurrection
de jugement. Pour pratiquer le bien, il faut avoir la vie de Dieu, qu’on
obtient en entendant et en croyant la parole vivifiante du Fils de Dieu. Sans
cette vie, il est impossible de faire ce qui est appelé le bien au jour du jugement. On peut accomplir beaucoup de bonnes
choses sans avoir la vie de Dieu ; mais on ne peut faire le bien qui
compte au jour du jugement que si l’on possède la vie divine ; seule elle
le produit. Ceux qui ont fait le mal sont ceux qui ne possèdent pas cette
vie ; ils l’ont refusée, parce qu’ils s’estimaient bons tels qu’ils
étaient. Ils ont oublié que la mesure du bien et du mal est en Dieu qui est
lumière. La Parole de Dieu apporte cette lumière dans l’âme, afin que chacun
comprenne son état de péché et profite de la grâce qui donne la vie. Le mal est
tout le fruit de la vieille nature, comme le bien est le fruit de la nouvelle.
Si l’on ne
connaissait de la résurrection que ce que disent les versets 28 et 29, on
pourrait croire, comme beaucoup, que tous ressuscitent au même moment et qu’il
se fait alors un triage des justes et des injustes devant le tribunal, comme
cela aura lieu au jugement dont parle Matthieu 25:31-46, où le Seigneur jugera
ceux qu’il trouvera vivants lorsqu’il viendra pour régner. La résurrection de
vie est séparée de celle de jugement par une période d’au moins mille ans. Les
justes sortent de leurs tombeaux les premiers ; c’est pourquoi leur
résurrection est dite, d’entre les morts,
fait absolument nouveau, même pour les disciples qui, en bons Juifs, croyaient
à une résurrection générale au dernier jour.
Nous apprenons par
les écrits de l’apôtre Paul que la première résurrection a lieu en plusieurs
fois. Au chapitre 15 de la première épître aux Corinthiens, qui ne traite que
de la première résurrection, il est dit : «Comme dans l’Adam tous meurent,
de même aussi, dans le Christ tous seront rendus vivants ; mais chacun
dans son propre rang : les prémices, Christ ; puis ceux qui sont du
Christ, à sa venue» (v. 22, 23). Christ, le premier, est ressuscité d’entre les
morts ; il a remporté la victoire sur la mort après avoir subi le jugement
à la place de tous ceux qui auront part à la première résurrection. Il s’est
assis à la droite de la majesté dans le ciel en attendant de se lever pour
ressusciter les saints endormis et transmuer les vivants (1 Thess. 4:15-18). À
partir de ce moment-là, jusqu’à l’apparition de Christ en gloire pour
l’établissement de son règne, il mourra encore des croyants parmi les Juifs et
les gentils fidèles au travers de ces temps terribles de persécutions pour le
résidu croyant. À la venue glorieuse de Christ, ils sont ressuscités pour
régner avec lui. C’est pourquoi l’apôtre Paul dit : «Ceux qui sont du
Christ à sa venue», que ce soit sa venue pour l’Église et les saints endormis
ou sa venue en gloire. C’est en rapport avec cette dernière phase de la
résurrection d’entre les morts qu’elle est appelée la première : «C’est
ici la première résurrection. Bienheureux et saint celui qui a part à la
première résurrection : sur eux la seconde mort n’a point de pouvoir»
(Apoc. 20:6). Remarquons encore que la première résurrection se termine au
début du règne de Christ, car, durant toute la durée du millénium, il ne meurt
plus de justes ; à ce moment-là «la mort a été engloutie en victoire» (1
Cor. 15:54). Ceux qui mourront pendant le règne de Christ seront des
méchants : «Chaque matin, je détruirai tous les méchants du pays» (Psaume
101:8).
Celui qui exercera
cette grande puissance est cet Homme que les Juifs voulaient faire mourir parce
qu’il n’observait pas le sabbat et disait que Dieu était son Père.
Effectivement ils l’ont fait mourir en le pendant au bois maudit de la
croix ; mais quel moment pour tous ces misérables, comme pour tous les
inconvertis, lorsqu’à sa voix puissante ils sortiront de leurs sépulcres pour
paraître en jugement devant lui. Après l’avoir méprisé comme Sauveur, ils
devront l’honorer comme Juge à l’égal de Dieu et reconnaître la justice de leur
éternelle condamnation.
Dieu veuille que tous
les lecteurs de ces lignes l’honorent maintenant en croyant en lui et l’adorent
déjà comme Sauveur et Seigneur, en attendant de le faire dans la gloire avec
tous les rachetés.
Jésus continue
d’affirmer que toute la réalité de son ministère découlait de sa dépendance
absolue de son Père, dont il faisait toujours la volonté. De la sorte, en le
rejetant on rejetait le Père qui l’avait envoyé ; et comme la connaissance
du Père était celle de Dieu en grâce pour donner la vie au pécheur perdu, en le
rejetant on demeurait éternellement sous les conséquences de ses péchés.
Jésus dit aux
Juifs : «Je ne puis rien faire, moi, de moi-même ; je juge selon ce
que j’entends, et mon jugement est juste ; car je ne cherche pas ma
volonté, mais la volonté de celui qui m’a envoyé» (v. 30, 31). La dépendance du
Seigneur, l’homme parfait, est présentée d’une manière touchante, lorsqu’il
dit : «Je ne puis rien faire de moi-même» ; il savait pourtant qu’il
était un avec le Père, le Fils éternel de Dieu, créateur des cieux et de la
terre. Il a voulu revêtir l’humanité pour révéler Dieu comme Père et réaliser
la position de l’homme parfait, la dépendance de son Dieu et Père, pour
accomplir sa volonté : «Je viens pour faire, ô Dieu, ta volonté» (Héb.
10:7), cela afin de venir, par obéissance, nous chercher dans la mort où notre
désobéissance nous avait plongés.
En présence de la
volonté arrêtée des Juifs de ne pas le reconnaître Fils de Dieu, il ne veut pas
rendre témoignage de lui-même (v. 31) ; mais il invoque quatre témoignages
rendus de lui. Le premier (v. 32-35) est celui de Jean le baptiseur. Ce n’était
pas qu’il cherchât le témoignage de l’homme pour sa propre satisfaction, mais
c’était pour sauver les hommes (v. 34). Il leur rappelle qu’ils ont envoyé des
messagers auprès de Jean (chap. 1:19-28) pour lui demander s’il était le
Christ. Il leur répondit par la négative, mais ajouta qu’il y en avait un au
milieu d’eux, inconnu de tous, dont il ne méritait pas de délier la courroie de
la sandale. Celui-là était le Christ ; et lorsqu’il fut manifesté, il
déclara qu’il était «l’Agneau de Dieu, qui ôte le péché du monde», et, plus
loin, qu’il était «le Fils de Dieu». À son tour Jésus rend témoignage à Jean,
disant : «Celui-là était la lampe ardente et brillante ; et vous,
vous avez voulu vous réjouir pour un temps à sa lumière» (v. 35). Le peuple se
réjouissait en se voyant honoré de la présence d’un prophète, car depuis
Malachie, pendant quelque quatre cents ans, il n’y en avait pas eu ; mais
ce prophète-là annonçait le Messie, envoyé immédiatement avant lui, afin de
l’introduire au milieu du peuple. Tel était l’objet de son ministère, et non de
donner occasion au peuple de se glorifier de lui au milieu de son état de
péché. Ainsi, pour profiter du ministère de Jean, il fallait recevoir Jésus,
non seulement comme Messie, mais comme Fils de Dieu. Malgré ce témoignage
évident, ils s’y refusaient.
Le second témoignage
est celui des œuvres que Jésus accomplissait : «Mais moi», dit Jésus,
«j’ai un témoignage plus grand que celui de Jean ; car les œuvres que le
Père m’a données pour les accomplir, ces œuvres mêmes que je fais rendent
témoignage de moi, que le Père m’a envoyé» (v. 36). Les œuvres que Jésus
faisait, nul autre ne pouvait les accomplir ; elles portaient toutes le
cachet divin d’amour et de puissance. Les deux miracles accomplis à Cana (chap.
2 et 4), la guérison de l’infirme de Béthesda et tous ceux qu’il accomplit
encore, tous témoignaient que Jésus était l’envoyé du Père, dépendant de lui et
un avec lui.
Le troisième
témoignage est celui du Père lui-même : «Et le Père qui m’a envoyé, lui, a
rendu témoignage de moi» (v. 37). Au baptême de Jésus une voix vint du ciel
disant : «Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j’ai trouvé mon plaisir»
(Matt. 3:17). Au chapitre 12:30, lorsqu’en réponse à la prière de Jésus, la
foule croit entendre un tonnerre ou la voix d’un ange, il leur dit :
«Cette voix n’est pas venue pour moi, mais pour vous». Le Seigneur dit aux Juifs
en parlant de son Père : «Jamais vous n’avez entendu sa voix, ni vu sa
figure ; et vous n’avez pas sa parole demeurant en vous ; car
celui-là que lui a envoyé, vous, vous ne le croyez pas» (v. 38). S’ils avaient
eu sa parole en eux, sans voir Dieu, ce qui est impossible, ils l’auraient
reconnu en tout ce que Jésus était. «Personne ne vit jamais Dieu», avait-il dit
au chapitre 1:18 ; «le Fils unique, qui est dans le sein du Père, lui, l’a
fait connaître». En ne croyant pas Jésus, ni le témoignage rendu par le Père,
ils demeuraient en dehors des effets de la venue de Jésus en grâce, sous le
jugement éternel de Dieu.
Les Écritures
présentaient le quatrième témoignage. Jésus leur dit : «Sondez les
écritures, car vous, vous estimez avoir en elles la vie éternelle, et ce sont
elles qui rendent témoignage de moi : — et vous ne voulez pas venir à moi
pour avoir la vie» (v. 39, 40). Le grand sujet de la Parole est le Fils de
Dieu. Prétendre avoir recours à cette Parole et rejeter Christ comme Fils de
Dieu, c’est absolument vain. Si le Seigneur n’était pas venu dans ce monde,
tout ce que Dieu voulait quant au salut de l’homme ne pouvait avoir son
accomplissement : vérité importante à méditer par beaucoup qui prétendent
aujourd’hui avoir une certaine foi en la Parole de Dieu, au moins en partie,
tout en ne croyant pas à la divinité de Christ. De même aussi on ne peut avoir
aucune véritable intelligence de la Parole, si l’on ne voit pas que Christ en
est le grand sujet (voir Luc 24:25-27 et 44, 45). La Parole conduit à Christ le
Sauveur, et il est Sauveur parce qu’il est Fils de Dieu. Celui en qui ce
résultat n’est pas produit demeure dans son état de perdition. Il faut aller à
Jésus pour avoir la vie ; si quelqu’un s’y refuse, il est perdu. Remarquez
que Jésus dit : «Vous ne voulez pas venir à moi pour avoir la vie». Tous
ceux qui seront perdus l’auront voulu, car Dieu a fait le nécessaire afin que
chacun pût savoir que le moyen du salut était en son Fils envoyé par lui dans
ce monde. On entend souvent dire : «Je ne puis pas croire». Fallacieux
prétexte pour excuser sa volonté arrêtée de ne pas se soumettre à la Parole de
Dieu. Ceux qui tiennent ce langage seraient plus droits en disant : «Je ne
veux pas croire». Personne ne sera jugé pour n’avoir pu croire ; mais pour n’avoir pas voulu.
Jésus était venu de
la part de son Père et, comme nous venons de le voir, les témoignages n’avaient
pas manqué au peuple pour qu’il le reçût en pleine confiance ; mais les
Juifs ne le voulaient pas. Comme jugement, Jésus leur annonce qu’il en viendra
un autre en son propre nom et qu’ils le recevront (v. 43). Cet homme-là,
l’Antichrist, s’élèvera du milieu des Juifs incrédules rentrés dans leur pays
et sera leur roi. Il répondra pleinement aux pensées des Juifs apostats. Il
leur apportera des choses qui satisferont les besoins de leurs cœurs naturels,
remplis de ténèbres et d’erreurs, et qui leur conviendront mieux que la Parole
de Jésus, la vérité qui les jugeait. Il fera de grands miracles par la
puissance de Satan ; on les reconnaîtra, tandis que ceux que Jésus faisait
au nom de son Père étaient attribués aux démons. Quelle terrible conséquence du
refus de recevoir le Seigneur ! C’est à quoi s’expose le monde christianisé
qui, dans le même temps, après l’enlèvement de l’Église, sera aussi enlacé par
cette énergie d’erreur pour croire le mensonge : «Parce qu’ils n’ont pas
reçu l’amour de la vérité pour être sauvés... ; afin que tous ceux-là
soient jugés qui n’ont pas cru la vérité, mais qui ont pris plaisir à
l’injustice» (2 Thess. 2:9-12).
Jésus leur dit
encore : «Comment pouvez-vous croire, vous qui recevez de la gloire l’un
de l’autre, et qui ne cherchez pas la gloire qui vient de Dieu seul». Nous ne
pensons pas, à première vue, que ce qui empêche de croire est la recherche de
la gloire ou de l’approbation d’autrui ; mais combien c’est vrai. Jamais
les hommes ne sauront approuver les pensées de Dieu ; elles leur sont étrangères,
et surtout elles les condamnent, ce qu’ils comprennent toujours fort bien.
L’homme aime qu’on dise du bien de lui ; Dieu n’en dit point ; il lui
dit qu’il est perdu, mais il lui envoie un Sauveur. Or, comme cela l’abaisse à
ses yeux et aux yeux de ses semblables, dont il cherche les éloges, il ne
l’admet pas. On ne croit donc pas Dieu, parce qu’en le faisant, on attire sur
soi la désapprobation des hommes. Nous savons que la conversion n’est pas le
moyen de se faire bien voir dans le monde, tandis que, si l’on cherche la
gloire qui vient de Dieu seul, son approbation, avec quel bonheur on recevra
ses paroles. Si au premier abord elles jugent, en montrant le triste état du
pécheur, c’est afin de le conduire au Sauveur et de l’introduire dans la faveur
de Dieu, en lui donnant la vie éternelle et la paix.
Au verset 41, Jésus
disait : «Je ne reçois pas de gloire des hommes ; mais je vous
connais, et je sais que vous n’avez pas l’amour de Dieu en vous». Il ne
recevait que celle de son Père dont il exécutait la volonté, en cherchant
toujours sa gloire. Nous devons en faire autant en tout, et rester indépendants
de l’opinion d’autrui : «Soit que vous mangiez, soit que vous buviez, ou
quoi que vous fassiez, faites tout pour la gloire de Dieu» (1 Cor. 10:31). Si
nous avons en nous l’amour de Dieu, nous pouvons agir de la sorte, car l’amour
conduit toujours à faire ce qui plait à celui que nous aimons. Les Juifs
n’avaient pas l’amour de Dieu en eux ; pour cela, il faut avoir la vie de
Dieu. Quand on la possède, on apprécie ce qui est de Dieu, ce qui lui plaît, et
l’on peut repousser ce qui vient des hommes. Des dispositions toutes contraires
animaient ces misérables Juifs et ceux qui ne possèdent pas la nature divine.
Les Juifs se
vantaient de Moïse ; ils espéraient en lui, leur dit Jésus ; mais au
jour du jugement, c’est Moïse qui les accusera : «Si vous croyiez Moïse,
vous me croiriez aussi ; car lui a écrit de moi» (v. 46). Dieu avait dit
par Moïse : «Je leur susciterai un prophète comme toi, du milieu de leurs
frères, et je mettrai mes paroles dans sa bouche, et il leur dira tout ce que
je lui commanderai» (Deut. 18:18). Les versets qui suivent prononcent le
jugement sur ceux qui ne l’écouteront pas.
Jésus leur dit
encore : «Mais si vous ne croyez pas ses écrits, comment croirez-vous mes
paroles ? » (v. 47). Puisque les Juifs ne croyaient pas la parole
écrite, inspirée de Dieu, Jésus ne s’étonne pas de leur incrédulité à son
égard. Non que ses paroles, celles de son Père, ne fussent pas de source et
d’autorité divines ; mais il établit la différence entre ce qui est écrit
pour s’appliquer à tous les temps et la parole parlée qui a sa valeur pour
l’instant seulement où elle est prononcée. Tout ce que Dieu a dit aux hommes,
par quelque moyen que ce soit, a une valeur divine ; rien n’en doit être
mis de côté. Mais tout ne nous a pas été rapporté ; ce qui l’a été,
consigné dans les divers livres de la Bible, constitue les Écritures divinement inspirées. Par elles, Dieu nous a donné sa
pensée à tous égards et pour tous les temps. Toutes les paroles de Jésus,
rapportées dans les Écritures, font partie de la révélation de Dieu, comme «les
écrits» de Moïse et tout ce qui était écrit à ce moment-là : «Ces choses
sont écrites afin que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et
qu’en croyant vous ayez la vie par son nom» (Jean 20:31). Toutes les paroles,
tous les actes de Jésus étaient parfaits, divins, conformes aux pensées de
Dieu, et constituaient le témoignage rendu par lui ; mais de cela rien ne
nous est rapporté que ce qui sert à la révélation des pensées de Dieu pour tous
les temps. Si les choses que Jésus a faites étaient écrites une à une, je ne
pense pas, dit Jean, que le monde même pût contenir les livres qui seraient
écrits» (chap. 21:25).
Nous sommes heureux
de posséder la Parole écrite, parole sûre, divine, complète, à laquelle il n’y
a pas à ajouter de nouvelles révélations, comme quelques-uns le prétendent
aujourd’hui. Elle est «la vérité». La vérité, a-t-on dit, «est toute la vérité
et rien que la vérité».
L’apôtre Paul a reçu
les révélations de Dieu pour compléter sa Parole (voir Colossiens 1:25, 26).
L’Ancien Testament nous révèle les voies de Dieu envers les hommes et annonçait
le Christ comme seul moyen de bénédiction pour la terre et les cieux, puisque
toute l’activité de l’homme ne conduit qu’au jugement. Les Évangiles présentent
la personne et l’œuvre du Christ promis et Paul a reçu les révélations
concernant l’Église, l’Épouse de Christ, sujet non révélé dans l’Ancien
Testament. Après que Jésus fut remonté au ciel, il donna aussi à Jean la
révélation des jugements par lesquels il entrera dans son règne, de même que
celle du jugement final, de tout ce qui se passera jusqu’à l’introduction des
nouveaux cieux et de la terre nouvelle.
Dieu nous a donc
communiqué tout ce que nous avions besoin de savoir jusqu’au moment où nous
serons introduits dans la gloire. On ne peut rien toucher impunément à sa
parole (Apoc. 22:18, 19). Elle est divinement inspirée (2 Tim. 3:16). Elle n’a
pas été écrite par la volonté de l’homme : «mais de saints hommes de Dieu
ont parlé, étant poussés par l’Esprit Saint» (2 Pierre 1:21).
Toute prétention à de
nouvelles révélations vient de l’Ennemi, le Meurtrier et le Menteur, qui
continue toujours l’œuvre qu’il a commencée en disant au premier homme :
«Quoi, Dieu a dit... , (Gen. 3:1), pour mettre sa parole à la place de celle de
Dieu, parole qui, malheureusement, fut écoutée et l’est toujours par ceux qui,
non seulement ne s’en tiennent pas à ce qui est écrit, mais à tout ce qui est écrit. Bénissons Dieu de
ce qu’il nous ait conservé sa Parole pour notre bénédiction présente et
éternelle, en dépit de tous les efforts de l’Ennemi pour la détruire. Et
croyons tous en elle avec la simplicité de l’enfant.
Ce que rapporte le
chapitre précédent se passe en Judée. Avec ce chapitre-ci nous sommes en
Galilée où le Seigneur vint sur les bords du lac de Génézareth, appelé dans cet
évangile mer de Galilée ou de Tibérias.
Comme une grande
foule suivait Jésus à cause des miracles qu’il accomplissait sur les malades,
il gravit la montagne et s’y assit avec ses disciples. Après avoir rapporté ce
fait, et avant de continuer son récit, l’évangéliste nous dit (v. 4) : «Or
la Pâque des Juifs était proche». Si l’Esprit de Dieu intercale ici la mention
de cette fête, nous en trouvons la raison dans la seconde partie du chapitre où
le Seigneur parle de sa mort sous une forme mystérieuse (v. 51 à 57). Ce chapitre
parle de Jésus, le fils de l’homme, pain de Dieu envoyé du ciel pour donner la
vie au monde ; mais afin de pouvoir communiquer cette vie à d’autres, il
fallait qu’il mourût, mort dont la Pâque est le type.
Le sujet qui va
suivre introduira Christ et sa mort, antitype (*)
de la manne et de la Pâque, les remplaçant donc définitivement. Car chaque
chapitre de notre évangile met de côté tout l’ordre de choses établi pour le
peuple juif et le remplace par Christ.
(*) Dans la parole de
Dieu un type est une personne ou un fait qui représente, en tout ou en partie,
les caractères de la personne ou de l’œuvre de Christ tout particulièrement, ou
d’autres choses qui devaient être manifestées plus tard. L’antitype est la
personne ou la chose que représentait le type. C’est le Pentateuque qui en
fournit le plus grand nombre. La Pâque et tous les sacrifices sont des types de
Christ et de son œuvre. Adam est un type de Christ et Ève de l’Église.
Malgré son rejet et
la haine dont il était l’objet de la part des Juifs, Jésus accomplit, en leur
faveur, ce qu’avaient dit de lui les Écritures. Dans les versets qui précèdent,
en guérissant les malades, il répondait au caractère de l’Éternel en Exode 15,
fin du v. 26 : «Je suis l’Éternel qui te guérit», et dans ce qui suit il
agit selon le Psaume 132:15 : «Je bénirai abondamment ses vivres, je
rassasierai de pain ses pauvres». Car Jésus est l’Éternel de l’Ancien
Testament.
Voyant la foule,
Jésus dit à Philippe : «D’où achèterons-nous des pains, afin que ceux-ci mangent ? »
Philippe répondit : «Pour deux cents deniers de pain ne suffirait pas,
pour que chacun en reçut quelque peu» (v. 5-7). Jésus demandait cela à Philippe
pour l’éprouver, «car lui savait ce qu’il allait faire» ; il voulait voir
si son disciple compterait sur sa puissance divine ou sur des ressources
humaines. Un autre disciple, André, lui dit : «Il y a ici un petit garçon
qui a cinq pains d’orge et deux poissons ; mais qu’est-ce que cela pour
tant de monde ? » (v. 9). Philippe considère qu’une grande somme ne
suffira pas et André constate l’inutilité des ressources dont ils disposaient.
Ni l’un ni l’autre n’avait compris jusqu’ici que Jésus est venu dans ce monde à
cause de l’incapacité de l’homme et de l’insuffisance de ses ressources. C’est
ce que nous a déjà présenté le récit de l’infirme de Béthesda.
Nous avons une grande
leçon pratique à tirer de ce récit. Lorsque nous nous trouvons en présence
d’une difficulté, ne considérons-nous pas premièrement comme Philippe, que ce
qu’il faudrait pour y faire face est hors de notre portée ? Ou bien, comme
André, nous comptons nos ressources insuffisantes, au lieu de dire au Seigneur
comme Philippe aurait dû le faire : «Nous ne pouvons rien, mais toi, tu
peux tout». Une telle confiance l’honore et il ne manque pas d’y répondre. Si
Jésus n’est pas personnellement présent avec nous, il n’y est pas moins en
réalité et s’occupe de tout ce qui concerne ses bien-aimés avec le même amour.
Ainsi, quelle que soit l’importance des difficultés que nous rencontrons chaque
jour sur notre chemin, ne comptons que sur lui pour y faire face. Il donnera à
l’écolier le secours dont il a besoin pour accomplir ses devoirs, aussi bien
qu’à une veuve le pain nécessaire pour une nombreuse famille. Il veut que notre
attitude soit celle de gens qui attendent paisiblement, dans la confiance, son
intervention, sans être agités, inquiets et doutant de lui, Jésus dit :
«Faites asseoir les gens ; (or il y avait beaucoup d’herbe en ce lieu-là).
Les hommes donc s’assirent au nombre d’environ cinq mille». Se représente-t-on
une telle foule assise confortablement dans l’herbe, attendant du pain, mais
sans aucune ressource apparente ? Seul le Seigneur savait ce qu’il allait
faire. Qu’il nous suffise de savoir que le
Seigneur sait ce qu’il veut faire à notre égard, dans chacune de nos
difficultés, et nous pourrons attendre son intervention dans le calme et la
confiance. «Dans la tranquillité et dans la confiance sera votre force», est-il
dit à Israël en Ésaïe 30:15. Et encore : «C’est une chose bonne qu’on
attende, et dans le silence, le salut de l’Éternel» (Lamentations de Jérémie
3:26).
«Jésus prit les
pains ; et ayant rendu grâces, il les distribua à ceux qui étaient
assis ; de même aussi des poissons, autant qu’ils en voulaient» (v. 11).
Le Seigneur lui-même distribue ; dans les autres évangiles, ce sont les
disciples, parce que l’enseignement y est différent ; il s’agissait de
leur faire comprendre leur responsabilité, en recevant eux-mêmes du Seigneur ce
dont ils avaient besoin pour accomplir leur service, tandis que, dans
l’évangile de Jean, on voit le Seigneur opérer toujours lui-même, divinement,
au milieu de la ruine et de l’incapacité de l’homme. Les disciples
n’interviennent sur son ordre que pour recueillir les restes dont ils
remplissent douze paniers, infiniment plus que ce que les cinq pains pouvaient
fournir. Nous pouvons remarquer que le Seigneur n’a pas créé les pains ;
il aurait pu le faire ; mais il s’est servi de ce qu’avait le petit
garçon. Cela nous enseigne que pour aller en avant dans nos difficultés, nous
ne devons pas attendre d’avoir tout ce que nous estimons nécessaire, mais nous
servir de ce que nous avons, si peu que ce soit, et le Seigneur, le même
aujourd’hui qu’alors, saura multiplier ces ressources par les moyens qu’il trouvera
à propos. La veuve de Sarepta n’a pas attendu d’avoir son pot de farine rempli
pour obéir au prophète ; la poignée de farine dans le pot et le peu
d’huile dans la cruche furent maintenus jour après jour, sans autre
approvisionnement (voir 1 Rois 17:7-16). Cela exerce la foi ; mais si nous
ne savons pas comment le Seigneur veut faire, il doit nous suffire de savoir
que lui le sait. Remarquons aussi que
l’abondance n’autorise pas la prodigalité ou la dilapidation ; elle doit
toujours s’allier à l’économie et à l’ordre. Le Seigneur veut que «rien ne soit
perdu». C’est pourquoi il envoie les disciples ramasser les morceaux qui
restaient. Il est le modèle parfait placé devant nous dans les plus petits
détails de la vie. Il faut être économe et soigneux pour lui ressembler et
plaire à Dieu, et non pour amasser de l’argent en vue de sa propre
satisfaction.
Les hommes ayant vu
le miracle que Jésus avait fait dirent : «Celui-ci est véritablement le
prophète qui vient dans le monde» (v. 14). Nous avons déjà dit que «le
prophète» était celui dont Moïse avait parlé en Deutéronome 18:18 et qui est
effectivement le Christ. Sous l’impression produite par la multiplication des
pains, les hommes veulent l’enlever pour le faire roi, mais, le sachant, Jésus
se retire encore sur la montagne, «lui tout seul», est-il dit au verset 15.
Jésus, véritable prophète et roi, ne pouvait l’être par la volonté de l’homme,
ni régner sur un peuple non régénéré. Dieu dit de lui (Psaume 2:6) : «Et
moi, j’ai oint mon roi sur Sion, la montagne de ma sainteté». C’est Dieu qui le
fait roi, et au moment voulu il apparaîtra comme tel, non pour être présenté à
l’acceptation ou au refus de l’homme, mais pour établir son règne par sa
puissance.
En attendant, Jésus
se retire seul sur la montagne. Il change de position et d’office, se sépare du
peuple et même des disciples. C’est ce qui eut lieu après sa résurrection. Il
est allé au ciel, non pour régner actuellement, quoiqu’il soit roi, mais pour
exercer la sacrificature en faveur des siens qui traversent ce monde orageux
sans lui, comme les disciples dans les versets qui suivent. Il est dit qu’il se
retira «tout seul», car, jusqu’à ce qu’il vienne chercher les siens, il est
seul homme dans le ciel. Ensuite il viendra avec tous les siens pour régner sur
la terre.
«Quand le soir fut
venu, ses disciples descendirent à la mer. Et étant montés sur une nacelle, ils
allèrent de l’autre côté de la mer, à Capernaüm». C’était symboliquement le soir du jour où Jésus était sur la
terre. Il laisse le monde dans la nuit morale, que les hommes avaient préférée
à la lumière venue dans sa personne, et monte en figure au ciel pour s’occuper
des siens qui étaient «dans le monde, mais pas du monde» (chap. 17:14). «Il faisait
déjà nuit, et Jésus n’était pas venu à eux. Et la mer s’élevait par un grand
vent qui soufflait» (v. 17, 18). Si la nuit figure l’état où le monde se meut
sans Dieu, la mer soulevée par les vents représente la puissance de Satan soulevant le monde contre les
disciples ; c’est ce qui caractérise le milieu dans lequel l’Église se
trouve depuis que Jésus est monté au ciel, et surtout l’état de choses que
traversera prochainement le résidu juif. Mais le Seigneur veille sur les uns et
les autres jusqu’au moment de son retour. Le temps est compté par lui et, au
moment voulu, il apparaîtra pour la délivrance des siens. «Ayant donc ramé
environ vingt-cinq ou trente stades, ils voient Jésus marchant sur la mer et
s’approchant de la nacelle ; et ils furent saisis de peur» (v. 19). Jésus
est au-dessus de tout : il peut marcher sur les eaux. Il est l’Éternel qui
«s’assied sur les flots» (Psaume 29:10). Il n’y a pour lui aucune difficulté.
Chose étonnante ! Lorsque les siens le voient, ils sont saisis de
peur. C’est ce qui aura lieu avec le résidu juif que les disciples représentent
aussi dans la nacelle. Celui qui vient les délivrer les remplit de crainte pour
commencer, car c’est celui qu’ils ont humilié et rejeté lorsqu’il vint dans ce
monde ; ils seront dans l’angoisse à son sujet. Nous voyons le même effet
se produire chez les frères de Joseph, qui sont un type du résidu juif ;
devant leur frère, la crainte les remplit jusqu’à ce qu’ils aient compris et
jugé la gravité de leur péché. Lorsque l’œuvre de la repentance s’est faite
dans leur cœur, Joseph peut leur dire : «Vous aviez pensé du mal contre
moi : Dieu l’a pensé en bien» (Gen. 50:20 et 45:5-8). Jésus dit aussi aux
siens : «C’est moi, n’ayez point de peur», comme s’il disait : «Je
suis toujours le même dans mon amour pour vous». «Ils étaient donc tout
disposés à le recevoir dans la nacelle ; et aussitôt la nacelle prit terre
au lieu où ils allaient» (v. 20, 21). Dès que le Seigneur aura rejoint le
résidu juif, la tourmente s’apaisera ; l’état de confusion, la mer, se changera en un état stable et
organisé, la terre, le «roi de toute
la terre» étant là (Psaume 47:7). Voilà pourquoi il n’est pas dit que les
disciples purent continuer paisiblement leur voyage, mais que «la nacelle prit
terre au lieu où ils allaient», sans indiquer le chemin qu’ils pouvaient avoir
à parcourir. Le Seigneur étant là, le terme des souffrances est atteint ;
c’est la pleine délivrance. Une fois de plus, nous pouvons admirer avec quel
soin la Parole de Dieu est écrite. En peu de mots et avec la même figure elle
présente des scènes diverses d’une exactitude merveilleuse. Ce ne sont pas les
sages et les intelligents de ce monde qui peuvent voir cette beauté mais les
petits enfants, savoir ceux qui croient Dieu.
La foule ayant vu partir les disciples sur une nacelle sans le Seigneur,
traverse aussi la mer pour le chercher (v. 22-24). Quand ces gens l’eurent
trouvé, ils lui dirent : «Rabbi, quand es-tu venu ici ? »
C’était bon de chercher Jésus ; mais la valeur de cette recherche
dépendait des motifs qui faisaient agir ; c’est ce que le Seigneur va
mettre en évidence. Aujourd’hui encore, si Jésus rassasiait de pain les foules,
beaucoup le rechercheraient. Jésus leur dit : «Vous me cherchez, non parce
que vous avez vu des miracles, mais parce que vous avez mangé des pains, et que
vous avez été rassasiés. Travaillez, non point pour la viande qui périt, mais
pour la viande qui demeure jusque dans la vie éternelle, laquelle le fils de
l’homme vous donnera ; car c’est lui que le Père, Dieu, a scellé» (v. 26,
27). Les Juifs auraient dû chercher Jésus parce qu’ils avaient vu les miracles
qui leur prouvaient qu’il était l’envoyé de Dieu ; mais ils ne s’en
souciaient guère ; ils ne pensent qu’à satisfaire leurs besoins naturels.
Les hommes n’ont point changé depuis lors. S’ils pouvaient obtenir de Dieu
cette satisfaction, ils seraient
contents de lui, tandis que, s’il leur présente un Sauveur, ils n’en veulent
rien. Ils travaillent pour le présent sans souci de leur avenir éternel. Mais
s’ils ne s’en soucient pas, Dieu, dans sa grâce, s’en est occupé. Il a envoyé
son Fils dans le monde pour leur donner la vie éternelle. Il offre l’aliment
qui demeure jusque dans la vie éternelle que donnera le fils de l’homme. Cet
aliment — ou viande — c’est lui-même comme nous allons le voir. Devenu homme,
Dieu l’a scellé du Saint Esprit pour accomplir toute l’œuvre pour laquelle il
l’a envoyé.
«Ils lui dirent
donc : Que ferons-nous pour faire les œuvres de Dieu ? » Jésus répondit,
et leur dit : C’est ici l’œuvre de Dieu, que vous croyiez en celui qu’il a
envoyé» (v. 28, 29). La réponse du Seigneur résume toute la différence qui
existe entre la loi et la grâce. Sous la loi, il fallait faire. Sous la grâce, il
faut croire. Si l’homme avait pu
faire les «œuvres de Dieu» en obéissant à la loi, il n’eût pas été nécessaire
que Jésus vînt dans ce monde apporter la vie, puisque l’homme aurait pu vivre
par ses propres moyens. Sa présence ici-bas démontrait l’incapacité de l’homme.
C’est donc à Jésus qu’il faut aller ; c’est en lui qu’il faut croire,
comme l’envoyé de Dieu dans le but exprès de donner la vie. Mais rien ne
déplaît autant au cœur naturel que de croire et d’accepter Christ comme son
Sauveur. Cela l’humilie, le met de côté, lui fait sentir son impuissance, sa
nullité. Aussi ceux qui entouraient Jésus cherchent aussitôt un prétexte pour
ne pas croire. Ils lui disent : «Quel miracle fais-tu donc, toi, afin que
nous le voyions, et que nous te croyions ? Quelle œuvre fais-tu ? Nos
pères ont mangé la manne au désert, ainsi qu’il est écrit : Il leur a
donné à manger le pain venant du ciel» (v. 30, 31). Cette réponse manifeste
pleinement la volonté de ne pas croire. Au commencement du chapitre, la foule
venait après Jésus pour voir les miracles qu’il faisait. Eux-mêmes avaient été
rassasiés de pain miraculeusement, ils le cherchaient à cause de cela ;
mais dès qu’il leur parle de croire en lui pour avoir la vie, toutes ces
manifestations de puissance ne leur disent plus rien ; ils raisonnent. Le
Seigneur avait bien dit aux Juifs : «Vous ne voulez pas venir à moi pour
avoir la vie» (chap. 5:40). En rappelant que Moise avait donné la manne à leurs
pères, ils considèrent Jésus bien au-dessous de cet éminent serviteur de Dieu ;
mais le Seigneur en profite pour établir toute la vérité de ce qu’il est comme
pain de vie et par conséquent sa supériorité.
«Jésus donc leur
dit : En vérité, en vérité, je vous dis : Moïse ne vous a pas donné
le pain qui vient du ciel, mais mon Père vous donne le véritable pain qui vient
du ciel. Car le pain de Dieu est celui qui descend du ciel, et qui donne la vie
au monde. Ils lui dirent donc : Seigneur, donne-nous toujours ce pain-là,
(v. 32-34).
Quoique venue du
ciel, la manne n’était pas le pain qui tirait son origine de Dieu pour
communiquer la vie, non seulement aux Juifs, mais au monde. Les Israélites
moururent après avoir mangé la manne, tandis que le pain de Dieu donne la vie
éternelle. Les Juifs ne comprirent pas le sens des paroles de Jésus ; ils
auraient voulu avoir du pain qui ne leur coûtât rien. Ils ne pensaient qu’à la
vie matérielle, comme la Samaritaine qui, elle aussi, souhaitait d’avoir de
l’eau qui la dispensât de venir puiser au puits. Sans la foi, l’esprit de
l’homme ne peut sortir du cercle étroit dans lequel il se meut. Sans
intelligence quant aux choses de Dieu, il ne les reçoit pas.
Jésus ajoute :
«Moi, je suis le pain de vie. Celui qui vient à moi n’aura jamais faim ;
et celui qui croit en moi n’aura jamais soif» (v. 35). En donnant la vie, le
pain de Dieu rend le croyant capable de jouir des choses divines ; elles
deviennent la nourriture de son âme, en sorte qu’il n’a plus faim ni soif des
choses du monde. Pierre dit qu’en participant de la nature divine on a «échappé
à la corruption qui est dans le monde par la convoitise» (2 Pierre 1:4). Le
cœur, les affections sont ailleurs, toujours pleinement satisfaits, tandis que
le cœur naturel n’est jamais assouvi par les choses de la terre ; sa convoitise
est insatiable et, s’il obtient ce qu’il désire, cela excite en lui le besoin
d’avoir davantage. Il a donc toujours faim et soif. Pour n’avoir plus envie des
choses de ce monde, il faut non seulement avoir la vie, mais se nourrir de la
Parole de Dieu. «Désirez ardemment, comme des enfants nouveau-nés, le pur lait
intellectuel, afin que vous croissiez par lui à salut» (1 Pierre 2:2). Si le
croyant ne se nourrit pas des choses de Dieu, les goûts naturels reparaissent
bientôt, et il recherche les choses de ce monde sous les formes variées que
l’ennemi tient à sa disposition. Il perd ainsi le bonheur qui lui appartient,
la communion avec le Seigneur, et, surtout, il le déshonore.
Jésus déclare aux
Juifs : «Mais je vous ai dit qu’aussi vous m’avez vu, et vous ne croyez
pas» (v. 36). Ils avaient vu le Seigneur et les miracles qui auraient dû les
convaincre ; mais ils ne le voulaient pas. Dans son état naturel, l’homme
s’oppose à Dieu ; il refuse de venir à Christ. Si Dieu n’agissait pas en
grâce à son égard, personne ne viendrait à lui. C’est ce que Jésus dit
ensuite : «Tout ce que le Père me donne viendra à moi ; et je ne
mettrai point dehors celui qui vient à moi ; car je suis descendu du ciel,
non pour faire ma volonté, mais la volonté de celui qui m’a envoyé» (v. 37,
38). Voyant les hommes dans leur état de perdition, incapables d’en sortir et
sans volonté pour cela, le Père, Dieu révélé en grâce, envoya du ciel son Fils
pour les sauver. Ils ne veulent pas aller à lui ; c’est encore lui qui
doit les amener à son Fils qui partage les pensées de grâce et d’amour du Père
et reçoit tous ceux que le Père lui envoie, quels qu’ils puissent être :
grossiers pécheurs, blasphémateurs, moqueurs. Tous ceux qui vont à lui sont les
bienvenus. Il les sauve et les rend bienheureux pour le temps et l’éternité.
Telle est la volonté de son Père ; il l’a envoyé pour cela ; son
bonheur est de l’accomplir.
«C’est ici la volonté
de celui qui m’a envoyé : que je ne perde rien de tout ce qu’il m’a donné,
mais que je le ressuscite au dernier jour» (v. 39). Jésus veut accomplir d’une
manière parfaite toute l’œuvre que le Père lui a donnée à faire. Celui qui a
mangé le pain de vie peut encore mourir quant à son corps, et quoique son
esprit soit auprès du Seigneur, ce n’est pas ainsi que Dieu veut ses
bienheureux rachetés, savoir le corps dans la terre et l’esprit dans le ciel.
Le Père les a donnés au Fils, corps et âme, comme il avait créé l’homme. Le
Fils ne veut rien perdre de ce que le Père lui a donné, il s’occupera du corps
comme de l’âme ; aussi il les ressuscitera au dernier jour pour les
présenter à Dieu dans un état de perfection.
Si le verset 39 nous
montre la volonté de Dieu que le Fils doit accomplir, le verset 40 nous dit
quelle est cette volonté à l’égard de chacun : «car c’est ici la volonté
de mon Père : que quiconque discerne le Fils et croit en lui, ait la vie
éternelle ; et moi, je le ressusciterai au dernier jour». Les Juifs ne
voyaient en Jésus que le fils de Joseph (v. 42) ; ils ne discernaient pas
en lui le Fils de Dieu. Il en va de même aujourd’hui pour ceux qui ne voient en
Jésus qu’un homme parfait, exemplaire, modèle de l’humanité ; ils ne
discernent pas le Fils de Dieu et, comme ils ne croient pas en lui comme tel,
ils ne peuvent être sauvés. La foi qui sauve est la foi au Fils de Dieu envoyé
du ciel pour sauver le pécheur en mourant à sa place. Toute autre croyance en
Jésus laisse l’homme dans son état de perdition éternelle. Remarquons aussi
quelles gens le Père a donnés au Fils pour les sauver entièrement : c’est quiconque discerne le Fils et croit en
lui. On peut raisonner et dire : «Si Dieu ne m’a pas donné à son Fils, je
ne puis aller». Mais qui sont-ils, sinon quiconque ? Donc tous ont la
responsabilité d’aller. Seul celui qui irait à Jésus et serait repoussé par lui
pourrait dire que le Père ne l’a pas donné au Fils. Or nous savons que personne
ne sera jamais repoussé ni ne l’a jamais été.
De nouveau les Juifs
raisonnent et murmurent parce que Jésus avait dit : «Moi, je suis le pain
descendu du ciel». «N’est-ce pas ici», disent-ils, «Jésus, le fils de Joseph,
duquel nous connaissons le père et la mère ? Comment donc celui-ci
dit-il : Je suis descendu du ciel ? » (v. 42, 43). La vue ne
sert à rien ; il faut croire. Ils voyaient en Jésus le fils de Joseph et
de Marie et non l’envoyé de Dieu. Comme l’aveugle du chapitre 9, ils ne
voyaient pas en voyant charnellement, tant qu’ils ne se lavaient pas au
réservoir de Siloé, qui veut dire : envoyé.
Pour cela il faut être enseigné de Dieu et croire. Jésus leur répondit :
«Ne murmurez pas entre vous. Nul ne peut venir à moi, à moins que le Père qui
m’a envoyé ne le tire ; et moi, je le ressusciterai au dernier jour. Il
est écrit dans les prophètes : «Et ils seront tous enseignés de Dieu»
(Ésaïe 54:13). Quiconque a entendu le Père et a appris de lui, vient à moi» (v.
44-46). On voit de nouveau qu’il faut l’intervention de Dieu pour qu’un homme
puisse profiter du moyen donné pour le salut. Entendre du Père et apprendre de
lui, c’est se laisser gagner par la grâce du Fils venu ici-bas pour révéler le
Père. Quiconque a compris son état de péché ne peut se trouver en présence de
celui qui a révélé Dieu en grâce sans être attiré à lui ; alors il ne
raisonne plus sur l’humanité de Christ, il est heureux de saisir la main du
Sauveur qui l’attire à lui. Ésaïe avait annoncé que, pour la bénédiction
d’Israël aux derniers jours, ils seraient enseignés de Dieu. En attendant ce
moment-là, chacun pouvait jouir du même privilège et profiter de la venue du
fils de l’homme en grâce ; si même il devait mourir, Jésus le
ressusciterait au dernier jour. Jésus l’affirme quatre fois (v. 39, 40, 44,
54). Si le règne de Christ avait pu s’établir tout de suite, ceux qui croyaient
en lui n’auraient pas passé par la mort. En attendant, il allait retourner au ciel,
et jusqu’à son retour, les croyants qui délogeraient n’auraient rien à
craindre ; il les ressusciterait pour jouir des choses célestes et
glorieuses, infiniment plus précieuses que son règne sur la terre, dont ils
jouiraient également avec lui, associés à lui dans sa position céleste.
Jésus affirme de
nouveau (v. 47) que celui qui croit en lui a la vie éternelle. Il n’est donc
pas possible de l’obtenir par un autre moyen ; c’est pour cela qu’il est
venu. Il ne dit pas «aura la vie
éternelle», mais «il a», dès le
moment qu’il croit, non parce qu’il sent qu’il a la vie, mais parce qu’il croit.
Les pères avaient
mangé la manne au désert, puis étaient morts. Jésus était le pain descendu du
ciel, «afin que quelqu’un en mange et ne meure pas». Le Seigneur ne se sert
plus des expressions «aller à lui», «croire en lui», comme dans les versets qui
précèdent ; il est dit : manger.
Il était le pain de vie qu’il fallait manger. «Moi, je suis le pain vivant qui
est descendu du ciel : si quelqu’un mange de ce pain, il vivra
éternellement ; or le pain aussi que moi je donnerai, c’est ma chair,
laquelle moi je donnerai pour la vie du monde» (v. 48-51). Après s’être
présenté vivant ici-bas comme objet de la foi, il parle de sa mort nécessaire
pour que sa venue soit efficace, car, s’il montait au ciel sans mourir et
passer par le jugement de Dieu que le pécheur a mérité, toute sa vie ici-bas ne
pouvait sauver un seul homme. C’est pourquoi il ne dit plus seulement :
croire en lui tel qu’il était sur la terre, mais : manger sa chair. Or on
ne peut manger un être vivant. Sans sa mort il ne pouvait être mangé,
spirituellement, bien entendu. Dans cette mort l’homme naturel trouva son
jugement et sa fin, mais, par la grâce de Dieu, aussi la vie éternelle que Dieu
ne pouvait donner en laissant subsister l’homme pécheur et ses péchés ; il
fallait que le jugement prononcé par Dieu s’exécutât ; s’il l’eût été sur
le coupable, c’était la mort éternelle ; pour l’en sauver, Jésus, fils de
l’homme, prit sur lui, à la croix, la condition de l’homme. Fait péché, il
porta les péchés ; il subit le jugement qui lui était réservé ; dès
lors, la vie, sa propre vie, est la part de celui qui mange sa chair qu’il a
donnée, non seulement pour la vie d’Israël, mais pour la vie du monde. C’est
pourquoi, en contraste avec la manne qui n’avait pas empêché de mourir ceux qui
l’avaient mangée, celui qui se nourrira spirituellement d’un Christ mort pour
lui, vivra éternellement. Si même il doit déloger, cela ne touchera en rien à
la vie éternelle qu’il possède : le Seigneur le ressuscitera au dernier
jour.
«Les Juifs
disputaient entre eux, disant : Comment celui-ci peut-il nous donner sa
chair à manger ? » C’était incompréhensible et répugnant pour un Juif
que la pensée de manger de la chair, surtout celle d’un homme. Le Seigneur ne
cherche pas à les tirer d’embarras ; il affirme la grande vérité qu’il
enseignait, dont dépendait le salut de chacun. Il leur dit : «En vérité,
en vérité, je vous dis : Si vous ne mangez la chair du fils de l’homme et
ne buvez son sang, vous n’avez pas la vie en vous-mêmes. Celui qui mange ma
chair et qui boit mon sang a la vie éternelle, et moi, je le ressusciterai au
dernier jour» (v. 53, 54). Le sang séparé de la chair, c’est la mort. C’est
donc d’un Christ mort qu’il faut se nourrir. On le fait en comprenant la
nécessité de cette mort, en l’appréciant, en acceptant que c’était ce que nous
avions mérité, que par elle nous avons trouvé la fin de notre vieil homme et de
nos péchés, que par elle le Dieu que nous avions déshonoré et offensé a été
glorifié, pleinement satisfait. Jésus a participé à notre nature humaine (*), afin de pouvoir mourir ; c’est en cela
qu’il a été fait inférieur aux anges, à cause de la passion de la mort (Héb.
2:9). Il a laissé cette vie pour nous, pécheurs, vie parfaite, sans tache,
sacrifice qui seul pouvait satisfaire aux exigences du Dieu trois fois
saint ; vie qui devait nous être communiquée, mais qui ne le pouvait sans
la mort de celui qui se substituait au pécheur sous le jugement de Dieu.
(*) Il ne faut pas
confondre nature humaine avec nature pécheresse. La première est
l’œuvre de Dieu, la seconde résulte du péché ; c’est la volonté opposée à
celle de Dieu ; Christ y a été parfaitement étranger ; il a été fait
semblable à nous à part le péché.
Dieu défend à l’homme
de manger le sang, parce que le sang c’est la vie ; elle appartient à Dieu
seul ; l’homme ne peut en disposer. La misérable vie de l’homme en Adam
avant pris fin dans la mort de Christ, le croyant peut manger la chair du fils
de l’homme et boire son sang, afin de s’approprier la vie de Christ que Dieu
lui donne en échange de sa vie souillée de pécheur perdu.
Il importe de
présenter la mort de Christ comme moyen de posséder la vie éternelle. On parle
beaucoup de Christ homme et de sa vie d’amour et d’abnégation que l’on donne
comme exemple à des personnes inconverties, mais, suivraient-elles ce modèle —
ce qui est impossible sans la vie divine — que jamais elles ne posséderaient la
vie, qui ne s’obtient que par la foi en un Christ mort. Vouloir imiter Christ
sans le posséder comme vie, c’est méconnaître la ruine absolue de l’homme
pécheur et le jugement qu’il a mérité.
Le Seigneur enseigne,
dans la suite, que non seulement il faut manger sa chair et boire son sang pour
avoir la vie, mais que c’est là aussi l’aliment de ceux qui la possèdent, comme
l’Israélite devait se nourrir de l’agneau de Pâque dont le sang l’avait mis à
l’abri du jugement. «Car ma chair est en vérité un aliment, et mon sang est en
vérité un breuvage. Celui qui mange ma chair et qui boit mon sang demeure en
moi et moi en lui. Comme le Père qui est vivant m’a envoyé, et que moi, je vis
à cause du Père, de même celui qui me mangera, celui-là aussi vivra à cause de
moi» (v. 55-57). Celui qui se nourrit de Christ possède la vie en commun avec
lui, puisqu’il est sa vie, de la même manière que la vie de Christ est
inséparable du Père.
La vie du chrétien
est ainsi un don merveilleux, qui fait apprécier la grâce de Dieu et son amour
manifesté en Christ, en échange de sa misérable vie de pécheur perdu,
aboutissant à la mort éternelle. «C’est ici le pain qui est descendu du ciel,
non pas comme les pères mangèrent et moururent : celui qui mangera ce pain
vivra éternellement» (v. 58).
Ce chapitre nous
présente donc Jésus comme Fils de l’homme, pain de Dieu descendu du ciel pour
donner la vie au monde, en contraste avec la manne qui n’avait fait
qu’entretenir la vie du peuple pendant quelques années, puis la mort du Fils de
l’homme, véritable Pâque dont le croyant se nourrit pour vivre éternellement.
Au chapitre 5, Jésus est le Fils de Dieu qui donne la vie à qui il veut. Ici,
il est le Fils de l’homme qui meurt pour donner la vie éternelle.
Dans les versets
suivants nous voyons qu’on peut suivre Jésus, admirer ses paroles, être
impressionné par ses miracles en contraste avec ceux qui s’opposaient à Christ,
sans pour cela croire en lui avec une vraie foi, sans accepter la vérité qui
seule permet de posséder la vie éternelle. «Plusieurs de ses disciples, l’avant
entendu, dirent : Cette parole est dure ; qui peut
l’ouir ? » (v. 60). Ils faisaient allusion au fait de manger la chair
et de boire le sang du fils de l’homme. On peut donc vouloir un Christ qui
enseigne, qui nourrit les foules, fait des miracles, un homme modèle qu’on se
propose d’imiter ; mais dès que son enseignement touche à l’état de
l’homme en Adam, et montre que toute sa vie aboutit à la mort, en sorte que
Jésus dut aller à la croix, mourir à sa place pour qu’il eût la vie, c’est une
parole dure. C’est dur d’accepter que l’homme orgueilleux, dans son état
naturel, n’est bon que pour la mort. Ainsi il méprise la grâce ; il ne
peut l’admettre telle que Dieu la présente, malgré toute sa profession de
disciple de Christ, aujourd’hui comme alors. Il se retire (v. 66), car si, pour
un moment, il a choisi Christ comme Maître, il ne veut rien de lui comme
Sauveur.
Sachant que ses
disciples murmuraient de ses paroles, Jésus leur dit : «Ceci vous
scandalise-t-il ? Si donc vous voyez le fils de l’homme monter où il était
auparavant ? » (v. 62). Il avait dit qu’il était descendu du ciel (v.
33, 42, 50). Il parle ensuite de sa mort, par le fait qu’il donnait sa chair et
son sang comme aliment. Tout cela les scandalisait. Maintenant il leur dit
qu’il va remonter où il était auparavant. Qu’en penseraient-ils ? car,
rejeté, il ne pouvait établir son règne. Une fois l’œuvre de la rédemption
accomplie par sa mort, il n’avait plus rien à faire dans ce monde ; il
retournait au ciel.
Jésus explique
ensuite qu’il ne fallait pas prendre dans un sens matériel ce qu’il
disait : «C’est l’Esprit qui vivifie ; la chair ne profite de
rien : les paroles que moi je vous ai dites sont esprit et sont vie ;
mais il y en a quelques-uns d’entre vous qui ne croient pas» (v. 63, 64). La
chair ne sert à rien pour comprendre les paroles de Dieu ; elle n’est
bonne que pour la mort. Les paroles de Dieu sont esprit et sont vie, elles ne
peuvent se comprendre que par l’Esprit, dont l’opération produit la vie ;
mais pour cela, il faut croire. Le Seigneur connaissait dès le commencement
ceux qui ne croyaient pas et celui qui le livrerait. Il les avait tous
supportés avec patience et amour ; il ne les renvoie pas ; ce sont
eux qui se retirent lorsque ses paroles ne s’adaptent plus à leur mentalité
naturelle. Ils n’étaient pas de ceux que le Père avait attirés à lui (v.
65) ; la grâce par laquelle il révélait le Père ne les avait jamais
touchés. Dès lors plusieurs de ses disciples se retirèrent et ne marchèrent
plus avec lui (v. 66). Jésus s’adressa aux douze et leur dit : «Et vous,
voulez-vous aussi vous en aller ? Simon Pierre lui répondit :
Seigneur, auprès de qui nous en irions-nous ? Tu as les paroles de la vie
éternelle ; et nous, nous croyons et nous savons que toi, tu es le Saint
de Dieu» (v. 67-69). Les disciples qui se retiraient n’étaient pas des douze
apôtres. Le disciple d’un maître quelconque admet ses enseignements et les
pratique ; il peut changer de maître à sa convenance. Pour être vrai
disciple de Christ, il faut avoir la vie. Pierre répond au nom des douze,
assuré que tous partagent sa foi en Jésus. Ils se rendaient compte qu’ils
avaient besoin de la vie éternelle et ne pouvaient la trouver qu’en lui. Ils croyaient
et par conséquent ils savaient que Jésus était une personne divine, le Saint de
Dieu. Seule la foi donne une certitude positive. Sans elle, on peut se former
des opinions qu’on abandonne sous l’influence d’autres considérations ;
c’est ce qui eut lieu chez ceux qui se retirèrent ; mais dès que Jésus et
ses paroles sont l’objet de la foi, il y a certitude et conviction absolues,
parce qu’elles reposent sur une base divine et par conséquent invariable.
Combien cela importe aujourd’hui, où l’on entend si souvent dire en parlant des
vérités de la Parole : «Je n’admets pas». «Je ne vois pas». «C’est mon
opinion». «C’est ma manière de voir», et ainsi de suite, au lieu de s’incliner
devant la Parole de Dieu et de dire : «Je crois, je sais». Jésus répondit à
Pierre : «N’est-ce pas moi qui vous ai choisis, vous, les douze, et l’un
d’entre vous est un diable ? Or il parlait de Judas Iscariote, fils de
Simon ; car c’était lui qui allait le livrer, lui qui était l’un des
douze» (v. 70, 71). Pierre avait parlé au nom des disciples, il ne savait pas
qui était Judas ; Jésus seul le savait (v. 64). Pierre pouvait penser
qu’ils valaient mieux que ceux qui se retiraient, pensée que le Seigneur
corrigeait en exerçant leur conscience par ces paroles terribles : «L’un
d’entre vous est un diable», lors même que celui-là, comme les autres, avait
été choisi par Jésus. Si le Seigneur nous accorde la grâce de le suivre avec
certitude dans le chemin de l’obéissance, nous devons toujours nous défier de
nous-mêmes et regarder constamment à lui, afin d’être gardés par lui, sachant
que nous sommes sans force, des objets de pure grâce. À lui seul nous devons
d’être ce que nous sommes. Il nous gardera de le déshonorer si nous demeurons
dans la confiance en son amour et en sa fidélité.
Jésus se tenait en
Galilée, parce qu’en Judée les Juifs cherchaient à le faire mourir ; non
qu’ils pussent mettre les mains sur lui avant qu’il se livrât lui-même, mais
son heure n’étant pas encore venue, il se soustrayait, d’une manière naturelle,
à leur désir meurtrier, car il n’avait jamais opéré de miracle en sa faveur. Au
moment de mourir, il le ferait en obéissance à son Père, et alors seulement les
hommes pourraient mettre les mains sur lui (v. 1).
La fête des
tabernacles allait avoir lieu ; c’était un événement important au point de
vue typique, car elle préfigurait l’établissement du règne de Christ où le
peuple serait dans la joie. Dans l’institution de cette fête, en Deutéronome
16:13-15, il est dit : «Tu ne seras que joyeux». C’était la dernière fête
de l’année ; elle avait lieu lorsque toutes les récoltes étaient
recueillies.
Il y avait sept fêtes
dans l’année, énumérées en Lévitique 23 : la fête de la Pâque (v. 5) ; celle des pains sans levain (v. 6-8) ; celle
des prémices ou premiers fruits (v.
9-14) ; celle des semaines ou pentecôte (v. 15-22) ; celle des trompettes (v. 23-25) ; celle du jour des propitiations (v. 26-32) ;
enfin celle des tabernacles (v.
33-36), outre le sabbat qui revenait tous les sept jours, tandis que les autres
fêtes étaient annuelles. Ces fêtes préfiguraient ce que Dieu accomplirait pour
amener son peuple à la bénédiction finale. À la base de toutes est la Pâque,
type de la mort de Christ. La fête des pains sans levain en découlait ;
c’est l’absence de péché dont le levain est l’emblème, chez ceux qui sont au
bénéfice de la mort de Christ. La fête des premiers fruits de la moisson
typifiait la résurrection de Christ, prémices de ceux qui ont une part à sa
mort. Cinquante jours après, la Pentecôte avait lieu ; elle préfigurait le
rassemblement de ceux qui sont les fruits de la mort de Christ, dont l’antitype
eut lieu par la descente du Saint Esprit sur les croyants rassemblés, cinquante
jours après la mort du Seigneur. Ce que représentaient ces quatre premières
fêtes est déjà accompli. Depuis la Pentecôte, il s’écoulait un temps assez
long, sans fêtes, du troisième au septième mois. Cet intervalle correspond à
celui durant lequel Israël est dispersé parmi les nations et où se rassemble
l’Église à la suite de la Pentecôte. Une fois l’Église enlevée, Dieu reprendra
avec le peuple juif ses relations qui débuteront par la fête des trompettes ou
«mémorial de jubilation» : Dieu rassemblera à nouveau son peuple disséminé
en vue de la bénédiction millénaire ; mais celle-ci ne pourra se réaliser
sans un profond travail de repentance, figuré par la sixième fête, celle «des
propitiations», où le peuple sera dans l’affliction, au moins le résidu, et
reconnaîtra avec douleur le rejet du Messie lorsqu’il se présenta. Après cela
la fête «des tabernacles» pourra avoir lieu, type de toute la joie du peuple
restauré, heureux sous le sceptre de Christ.
Dans le chapitre 16
du Deutéronome, il n’est question que de trois fêtes, celles dans lesquelles
tout homme devait se présenter devant l’Éternel : la Pâque, la Pentecôte
et celle des Tabernacles. D’après Luc 2:42, on voit que les jeunes gens
pouvaient y monter dès l’âge de douze ans.
Dieu montrait par ces
fêtes son désir de s’entourer des hommes en vertu de l’œuvre qui devait
s’accomplir, afin que des êtres, séparés de lui par le péché, puissent être
heureux dans sa présence, une fois purifiés de toute souillure. Cela aura lieu
définitivement dans l’état éternel, alors que «l’habitation de Dieu sera avec
les hommes» (Apoc. 21:3) sur la nouvelle terre. En attendant, Dieu veut que,
sur la terre actuelle, il y en ait un accomplissement durant le
millénium ; la fête des tabernacles en est le type. Actuellement, Dieu
habite par son Esprit dans l’Église.
Le Seigneur vint dans
ce monde pour accomplir les promesses ; mais nous voyons dans ce chapitre,
qu’au moment de la fête on cherche à le faire mourir au lieu de se réjouir en
voyant au milieu du peuple celui qui devait introduire de si glorieuses bénédictions.
Tel est l’homme naturel, sans intelligence pour comprendre les pensées de Dieu
en vue de son propre bonheur.
Même les frères de
Jésus ne croient pas en lui. Ils veulent qu’il monte à cette fête pour se
produire devant le monde par des actes miraculeux. «Pars d’ici», lui
disent-ils, «et va en Judée, afin que tes disciples aussi voient les œuvres que
tu fais ; car nul ne fait quelque chose en secret et ne cherche à être
lui-même publiquement connu ; si tu fais ces choses, montre-toi au monde
toi-même» (v. 3, 4). Jésus accomplissait des miracles, qui témoignaient de ce
qu’était Dieu en grâce, mais saint au milieu d’un monde coupable, ce qui, sauf
quelques exceptions, excitait la haine contre lui, celle des Juifs surtout,
comme nous l’avons vu à propos de la guérison de l’infirme de Béthesda.
Cependant ces miracles devaient prouver que Jésus était le Messie promis. Ses
frères souhaitaient des manifestations de sa puissance qui satisfissent
l’orgueil des Juifs au lieu de les juger ; ils auraient voulu le voir
approuvé du monde, acclamé comme roi, afin de recevoir eux aussi de l’honneur,
plutôt que l’opprobre qui atteignait les frères d’un homme méprisé. Plus tard
ils crurent en lui (Actes 1:14 ; 1 Cor. 9:5 ; Gal. 1:19). Mais, sans
l’œuvre de la régénération, Jésus ne pouvait établir son règne sur l’homme
pécheur, ennemi de Dieu, tout en ayant les formes de son culte. Ce n’était pas
encore le temps pour cela ; c’est pourquoi Jésus leur répondit : «Mon
temps n’est pas encore venu, mais votre temps est toujours prêt. Le monde ne
peut pas vous haïr ; mais il me hait, parce que moi je rends témoignage de
lui, que ses œuvres sont mauvaises. Vous, montez à cette fête ; moi, je ne
monte pas à cette fête, car mon temps n’est pas encore accompli» (v. 6-8). Pour
le monde, c’est toujours le temps de célébrer des fêtes religieuses. Il se
réjouit à tout propos ; il introduit même un côté religieux à ses
fêtes ; mais le Seigneur en est absent, toujours rejeté, de même que ceux
qui le connaissent, car ils ne peuvent jouir sans lui. Le Seigneur appelle
«bienheureux ceux qui mènent deuil, car c’est eux qui seront consolés» (Matt.
5:4), alors que le monde sera dans la douleur, pour n’avoir pas reçu le
Sauveur.
Lorsque les frères de
Jésus furent partis pour la fête, lui aussi s’y rendit, mais en secret. Pendant
ce temps, les Juifs le cherchaient. Il y avait une grande rumeur à son
sujet ; les uns disaient : «Il est homme de bien». D’autres :
«Non, mais il séduit la foule». Mais «personne ne parlait ouvertement de lui,
par crainte des Juifs» (v. 10-13). Sa présence préoccupait chacun et mettait
les consciences mal à leur aise. Les Juifs, voyant les dispositions favorables
de la «foule» (*), disent que Jésus la
séduisait (v. 47-49). Ils le haissaient à tel point qu’on n’osait pas parler
ouvertement de lui, par crainte de s’attirer de l’opprobre. N’en est-il pas de
même aujourd’hui, au milieu de peuples qui portent le nom de chrétiens ?
(*) Ce mot désigne
tous ceux qui ne font pas partie des Juifs habitant la Judée et Jérusalem.
Le Seigneur ne se
rendit donc pas à la fête sur l’invitation de ses frères incrédules puisqu’il
ne pouvait alors manifester sa puissance en faveur d’un peuple repentant, comme
il le fera après l’enlèvement de l’Église. Mais s’il y monte ensuite, comme en
secret, c’est pour proclamer, comme cela convenait à ce moment-là, au cours de
la dernière journée de la fête, les privilèges de ceux qui croiraient en lui,
lorsqu’il serait remonté au ciel.
Sans se préoccuper
des dispositions des Juifs à son égard, il accomplissait l’œuvre que son Père
plaçait devant lui. Il enseignait dans le temple avec l’autorité divine qui lui
appartenait. Les Juifs s’en étonnaient, car il n’avait pas fait, comme les
rabbins, les études qui les rendaient capables de prêcher. «Comment celui-ci
connaît-il les lettres», disent-ils, «vu qu’il ne les a point
apprises ? » Beaucoup de gens estiment qu’on ne saurait présenter la
Parole de Dieu sans avoir étudié, tandis qu’il faut la lire et la croire
premièrement pour la comprendre, et Dieu forme, par ce moyen, ceux qu’il veut
appeler à son service. Jésus répondit donc aux Juifs : «Ma doctrine n’est
pas mienne, mais de celui qui m’a envoyé. Si quelqu’un veut faire sa volonté —
celle de Dieu — il connaîtra de la doctrine si elle est de Dieu, ou si moi je
parle de par moi-même» (v. 14-17). Il y a un moyen bien simple de discerner la
doctrine, ou l’enseignement, de Dieu : c’est de désirer faire sa volonté.
Dieu répondra à ce désir en communiquant sa parole qui éclairera et dirigera
dans ce but. Si, au contraire, nous suivons notre volonté propre, nous ne
comprendrons pas la Parole de Dieu, car elle s’oppose toujours à la volonté de
l’homme. Si les Juifs avaient souhaité de plaire à Dieu, l’enseignement du
Seigneur leur aurait fait comprendre qu’il venait de Dieu. Dieu lui donnait les
paroles qu’il avait à dire ; il ne parlait donc pas de lui-même, ni ne
cherchait sa propre gloire, comme ses frères auraient voulu qu’il fît. Tout en
étant Dieu manifesté en chair, comme homme il dépendait toujours de Dieu qui
l’avait envoyé et cherchait sa gloire (v. 18).
Le haine des Juifs
vis-à-vis du Seigneur se manifesta lors de la guérison de l’infirme de
Béthesda, qui eut lieu le jour du sabbat ; les Juifs cherchaient donc à le
faire mourir (chap. 5:18). C’est pourquoi Jésus leur dit (v. 19) qu’eux aussi
violaient la loi de Moise en pratiquant la circoncision un jour de sabbat. «La
foule répondit et dit : Tu as un démon ; qui cherche à te faire
mourir ? » La foule, venue des contrées en dehors de Judée, ignorait
sans doute que les Juifs de Jérusalem cherchaient à mettre à mort Jésus, car
aux versets 25, 26, ceux-ci disent : «N’est-ce pas celui qu’ils cherchent
à faire mourir ? Et voici, il parle librement, et ils ne lui disent rien».
Mais si la foule ne manifestait pas une opposition aussi ouverte que les Juifs,
elle inclinait de leur côté, pour le haïr et ne pas croire à ses paroles.
La circoncision
faisait partie de l’ordre de choses légal qui laissait l’homme dans son état de
péché. Jésus venant dans ce monde pour le guérir entièrement, c’est-à-dire le
sortir de cet état, n’a fait qu’exciter sa haine comme il dit aux versets 23,
24 : «Si un homme reçoit la circoncision en un jour de sabbat, afin que la
loi de Moise ne soit pas violée, êtes-vous irrités contre moi de ce que j’ai
guéri un homme tout entier en un jour
de sabbat ? Ne jugez pas sur l’apparence, mais portez un jugement juste».
Jésus faisait allusion à la guérison de l’infirme du réservoir de Béthesda. —
On ne saurait juger justement si l’on rejette le Seigneur qui nous a apporté la
pensée de Dieu sur toutes choses ; sans elle nous n’avons que notre propre
appréciation ou celle des hommes, qui ne repose que sur des apparences.
Voyant que Jésus
parlait librement, malgré leur désir de le mettre à mort, les Juifs s’étonnent
et disent : «Les chefs auraient-ils vraiment reconnu que celui-ci est le
Christ ? Mais nous connaissons celui-ci, et nous savons d’où il est ;
mais lorsque le Christ viendra, personne ne sait d’où il est» (v. 26, 27). Ils
regardaient aux chefs, à leurs conducteurs spirituels, pour accepter ou rejeter
Jésus. Ces chefs portaient une lourde responsabilité puisqu’ils avaient assumé
la place de conducteurs et qu’ils détournaient du Christ ceux qui les écoutaient.
Cependant le peuple aussi était responsable, car Jésus faisait devant tous ce
qu’il fallait, en œuvres et en paroles, pour qu’ils crussent en lui. Au lieu de
croire, ils raisonnent sur ce qu’était Jésus et sur son lieu d’origine. Pour
eux, il venait de Nazareth, et ils prétendaient ignorer d’où le Christ
viendrait, alors que les chefs surent dire à Hérode (Matt. 2:5) qu’il naîtrait
à Bethléhem. Tous ces raisonnements montrent que le cœur naturel, chez les uns
comme chez les autres, aujourd’hui comme alors, ne veut rien de Christ. Ceux
même qui sont sous l’effet de la vérité cherchent toutes sortes de prétextes
pour ne pas croire. S’adressant à leur conscience, Jésus élève sa voix dans le
temple : «Et vous me connaissez, et vous savez d’où je suis : et je
ne suis pas venu de par moi-même, mais celui qui m’a envoyé est véritable, et
vous ne le connaissez pas. Moi, je le connais, car je viens de lui, et c’est
lui qui m’a envoyé» (v. 28, 29). Le Seigneur ne croyait pas à la réalité de
leur aveuglement ; il savait ce qui se passait dans leur cœur ; il
connaissait leur conscience mal à l’aise en présence de toutes ses œuvres et de
ses paroles qui témoignaient de son origine et disaient qui il était. Terrible
responsabilité d’avoir devant soi le Fils de Dieu, le Sauveur, et de ne rien
vouloir de lui ; responsabilité qui incombe à quiconque lit ces récits de
la vie du Seigneur et ne le reçoit pas pour son Sauveur !
Tout en se vantant
d’avoir Jéhovah pour leur Dieu, du moment qu’ils refusaient d’admettre Jésus
comme envoyé de Dieu, ils ne connaissaient pas celui qui l’avait envoyé, tandis
que Jésus le connaissait et venait de lui. En réponse à cette affirmation des
versets 28, 29, qui atteignait vivement leur conscience, ils cherchent à tuer
Jésus pour faire taire cette voix qui les juge. Mais, est-il dit, «personne ne
mit la main sur lui, parce que son heure n’était pas encore venue» (v. 30). Les
hommes ne pouvaient la hâter : le Seigneur se livrerait lui-même pour
accomplir la volonté de son Père au moment voulu de lui. Cependant plusieurs
crurent en lui et dirent : «Le Christ, quand il sera venu, fera-t-il plus
de miracles que celui-ci n’en a fait ? » Ce témoignage qui trahit une
foi peu profonde, mais qui contrastait avec les pensées de la masse incrédule,
suffit pour que les pharisiens et les principaux sacrificateurs envoient des
huissiers pour prendre Jésus. Sans s’émouvoir de leur haine impuissante, le
Seigneur leur dit : «Je suis encore pour un peu de temps avec vous, et je
m’en vais à celui qui m’a envoyé. Vous me chercherez, et vous ne me trouverez
pas ; et là où moi je serai, vous, vous ne pouvez venir» (v. 33, 34).
C’est comme si Jésus leur disait : «Vous n’avez pas besoin de vous presser
de vous débarrasser de moi ; je m’en irai de moi-même au moment voulu». Il
retournerait au ciel ; personne ne pourrait le trouver, ni le suivre,
sinon, plus tard, ceux qui croiraient en lui. Les Juifs pensent qu’il va
simplement quitter la Judée pour aller enseigner les Juifs dispersés chez les
Grecs ; sa parole les laisse perplexes. Ce que Jésus venait de leur dire
était extrêmement solennel pour le peuple, car son départ amènerait sur eux de
terribles jugements. Lorsqu’il était au milieu d’eux, on le cherchait pour le
faire mourir et non pour écouter sa parole, sauf quelques exceptions, tandis
qu’ensuite on le chercherait, mais on ne le trouverait pas. Alors
s’accomplirait la parole du prophète Amos : «Voici, des jours viennent,
dit le Seigneur, l’Éternel, où j’enverrai une famine dans le pays ; non
une famine de pain, ni une soif d’eau, mais d’entendre les paroles de
l’Éternel. Et ils erreront d’une mer à l’autre, et du nord au levant ; ils
courront çà et là pour chercher la parole de l’Éternel, et ils ne la trouveront
pas» (Amos 8:11, 12).
Nous vivons dans des
temps qui ont beaucoup d’analogie avec ceux-là. Grâce à la patience de Dieu,
Christ est encore présenté comme Sauveur ; mais les hommes trouvent toutes
sortes de prétextes pour ne pas croire. Ils raisonnent sur la divinité de
Jésus, sur l’inspiration des Écritures ; ils regardent aux chefs religieux
qui ont «appris les lettres» ; ils prétendent que l’intelligence dont Dieu
les a doués ne leur permet pas de croire ce qu’ils ne comprennent pas, oubliant
que l’intelligence humaine, toute grande qu’elle soit, ne saurait comprendre
les choses de Dieu ; elles lui sont folie (1 Cor. 2:14). D’autres
regardent à la marche inconséquente des chrétiens. Chez tous, la vérité est
qu’ils ne veulent pas croire. Si l’on
ne cherche pas à brûler les Bibles et à faire taire la voix des témoins du
Seigneur par la persécution, comme autrefois, on ne souhaite pas moins de ne
plus l’entendre, et cela arrivera, car le Seigneur va venir enlever ceux qui
croient ; on pourra les chercher, mais on ne les trouvera pas. Alors
personne ne sera capable d’enseigner la vérité ; l’erreur l’aura remplacée
et ceux qui l’enseigneront le feront avec une énergie satanique qui se
développe rapidement aujourd’hui.
Pour ne pas s’exposer
à vivre dans ces jours-là, dont nous sommes bien près, il faut s’empresser de
recevoir le Seigneur pour son Sauveur, en croyant la Parole de Dieu qui seule
est la vérité. On doit croire premièrement ; ensuite on reçoit le Saint
Esprit par lequel on peut comprendre les choses profondes de Dieu.
La fête des
tabernacles durait sept jours, comme celle des pains sans levain, mais elle
avait en plus un huitième jour, appelé au verset 37, «la grande journée de la
fête». Comme nous l’avons dit, cette dernière fête de l’année préfigurait le
millénium qui clora l’histoire du peuple juif et du monde ; après cela
viendra l’état éternel indiqué par le huitième et dernier jour de la fête. Dès
lors le temps ne compte plus ; l’éternité est un jour sans fin.
En attendant
l’établissement du millénium, le Seigneur rejeté met fin, par sa mort, à Israël
selon la chair, et par conséquent, à tout le système légal sous lequel il
vivait. Il passe le jour du sabbat dans le tombeau. Ensuite tout a pris fin
pour les Juifs sur le pied de leur responsabilité, jusqu’à ce qu’ils regardent
à celui qu’ils ont percé et le reçoivent quand il viendra pour établir son
règne.
Mais si le Seigneur
passe dans le tombeau le septième jour de l’ordre de choses précédent, il
ressuscite le huitième et inaugure, par sa résurrection, un nouvel état de
choses dont ce jour devient le premier ; c’est pourquoi les croyants
célèbrent le premier jour de la semaine et non plus le sabbat qui était le
dernier. On comprend pourquoi le Seigneur, dans ce huitième jour de la fête,
s’écrie : «Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi, et qu’il boive. Celui
qui croit en moi, selon ce qu’a dit l’Écriture, des fleuves d’eau vive
couleront de son ventre» (v. 37, 38). Au milieu de la masse qui le rejetait,
quelques personnes ne trouvaient pas de quoi satisfaire aux besoins de leur
âme ; elles avaient soif. Si ces gens venaient à Christ, il ne leur dit
pas qu’ils régneraient tout de suite avec lui sur la terre, mais ce que le
Saint Esprit serait pour eux durant le temps de son absence. Tous ceux qui, pendant
ce temps-là, l’auraient reçu, jouiraient des bénédictions que le Saint Esprit
leur apporterait en vertu de la mort et de la glorification de Christ,
puisqu’il allait retourner à celui qui l’avait envoyé.
Jésus seul peut
satisfaire les besoins du cœur oppressé sous le poids de ses péchés et qui ne
trouve dans ce monde rien qui lui donne le bonheur, ni ne le soulage, pas plus
la religion de la chair que les plaisirs mondains. C’est pourquoi le Seigneur
s’élève au-dessus de tout le système religieux qui le rejetait et crie aux
oreilles de chacun que c’est à lui qu’il faut aller pour être désaltéré. Il
apportait à l’homme le bonheur qui ne prend point sa source dans le désert de
ce monde, mais dans le véritable rocher, Jésus, qui désaltérait toute âme
altérée, antitype du rocher frappé d’où jaillirent les eaux qui désaltérèrent
le peuple mourant de soif (Nomb. 20:7, 8 et 1 Cor. 10:4). Remarquons que ce
rocher se trouvait dans le désert et non en Canaan. C’est au milieu du désert
de ce monde qu’on est appelé à venir à Christ et à boire, seul moyen pour être
heureux et satisfait ici-bas et pour l’éternité. Que chacun en soit bien
convaincu !
En disant : «Des
fleuves d’eau vive couleront de son ventre», le Seigneur fait ressortir que non
seulement celui qui vient à lui pour boire est rassasié, mais qu’il devient un
moyen de rafraîchissement pour d’autres. Dans la Parole, le ventre ou les
entrailles désignent le siège des affections ; là s’éprouvent, dans toute
leur sensibilité, les impressions les plus intimes. Le croyant, abreuvé de
Christ dont l’amour, la grâce et toutes les perfections font vibrer les cordes
les plus sensibles de ses affections renouvelées, peut communiquer à d’autres
ce qui a rafraîchi ses propres entrailles. Le Seigneur ne dit pas que ces
fleuves d’eau vive couleront de sa tête, siège de l’intelligence, car la
connaissance de la personne de Christ n’est pas une affaire
d’intelligence ; c’est un aliment savouré par le cœur, qui développe les
affections spirituelles ; la jouissance qu’il procure produit le besoin de
communiquer à d’autres la véritable intelligence spirituelle qui vient toujours
du cœur pour le Seigneur. Mais, pour que tout ce jeu des affections
spirituelles se produise, il faut une puissance qu’on ne possède pas sans le
Saint Esprit ; c’est ce que dit l’évangéliste dans la parenthèse du verset
39 : «Or il disait cela de l’Esprit qu’allaient recevoir ceux qui
croyaient en lui ; car l’Esprit n’était pas encore, parce que Jésus
n’avait pas encore été glorifié». L’Esprit n’était pas encore venu comme
personne, ce qui ne pouvait arriver qu’à la suite de la glorification de
Christ, les deux ne pouvaient être personnellement ensemble sur la terre. Le
Seigneur comme homme avait reçu le Saint Esprit au début de son ministère,
mais, pour qu’il pût venir sur d’autres, il fallait que l’œuvre de la
rédemption s’accomplît et que le Seigneur entrât dans sa gloire pour envoyer de
là le Saint Esprit sur les croyants. Il devenait la puissance de leur vie
nouvelle et les occupait de lui, comme il le dit aux chapitres 14 à 16 de cet
évangile. Mais il n’est venu dans ce monde que pour ceux qui croient, tandis
que le Seigneur vint à l’intention de tous.
Lorsque Dieu
reprendra ses relations avec Israël, le Saint Esprit déploiera ses effets en
puissance pour la bénédiction du peuple, ainsi que les Écritures l’annoncent.
En attendant, ceux qui croient en Christ rejeté le reçoivent. Après la
Pentecôte, ceux qui voyaient les disciples sous la puissante action de
l’Esprit, prétendaient qu’ils étaient pleins de vin doux. Mais Pierre leur
dit : «C’est ici ce qui a été dit par le prophète Joël : Et il
arrivera aux derniers jours, dit Dieu, que je répandrai de mon Esprit sur toute
chair, et vos fils et vos filles prophétiseront ...» (Joël 2:28 ; Actes
2:17). Le Seigneur fait allusion dans le verset 39 de notre chapitre à un
passage d’Ésaïe 44:3. «Car je verserai de l’eau sur celui qui a soif, et des
ruisseaux d’eau sur la terre sèche ; je verserai mon Esprit sur ta
semence, et ma bénédiction sur ceux qui sortent de toi». Et encore au chapitre
58:11 : «Et tu seras comme un jardin arrosé, et comme une source
jaillissante dont les eaux ne trompent pas». En attendant ces bénédictions en
faveur du peuple terrestre, lorsqu’il aura cru en celui qu’il a rejeté, elles
sont, d’une manière plus élevée, la part de ceux qui croient au Seigneur
pendant son rejet, car le Saint Esprit les fait jouir d’un Christ céleste,
centre de bénédictions spirituelles et éternelles. En parlant du Saint Esprit
qu’il allait envoyer, le Seigneur dit : Il sera «avec vous éternellement»
(Jean 14:16). Éternellement il fera jouir les croyants de la personne de
Christ. Chose précieuse, il accomplit cette œuvre ici-bas, comme Consolateur
des croyants que le Seigneur laissait seuls dans le monde qui l’avait rejeté. Il
vaut la peine d’aller à Christ et de boire, de croire en lui, pour jouir d’un
bonheur spirituel, céleste et éternel et devenir un moyen de bénédiction pour
d’autres, au milieu d’un monde qui n’offre aucune jouissance à l’âme et
s’avance rapidement vers l’exécution des jugements prononcés sur lui.
Les paroles de Jésus
produisirent un certain effet sur la foule, ce qui suscita de nouveau une
contestation sur ce qu’il était. Les uns disaient : «Celui-ci est
véritablement le prophète. D’autres disaient : Celui-ci est le Christ.
D’autres disaient : Le Christ vient-il donc de Galilée ? L’Écriture
n’a-t-elle pas dit que le Christ vient de la semence de David et de la bourgade
de Bethléhem, où était David» (v. 40-42) ? On raisonne, mais sans conviction
parce qu’il n’y a pas de foi.
Tous auraient dû
savoir pourquoi le Seigneur venait de Galilée, Joseph ayant dû y habiter en
remontant d’Égypte à cause de la méchanceté du roi Archélaüs (Matt. 2:22, 23).
La foule se divisa à son sujet ; «quelques-uns d’entre eux voulaient le
prendre, mais personne ne mit les mains sur lui» (v. 42-44). Les huissiers
envoyés au verset 32 revinrent auprès des pharisiens et des sacrificateurs sans
leur amener Jésus. «Pourquoi ne l’avez-vous pas amené ? » leur
demandèrent-ils. Ils répondirent : «Jamais homme ne parla comme cet
homme». Les paroles de Jésus avaient produit assez d’effet sur eux pour les
empêcher de le prendre. Nous pouvons espérer qu’elles produisirent en eux une
véritable foi. Irrités de cette réponse, les pharisiens leur dirent : «Et
vous aussi, êtes-vous séduits ? Aucun d’entre les chefs ou d’entre les
pharisiens, a-t-il cru en lui ? Mais cette foule qui ne connaît pas la loi
est maudite» (v. 47-49).
La réponse des
pharisiens caractérise l’esprit du clergé de tous les temps, qui se place entre
Dieu et les hommes. Ces gens-là veulent que l’on recoure à eux pour avoir
affaire avec Dieu, au lieu de laisser l’âme sous l’action de la Parole de Dieu.
Dieu veut avoir à faire directement avec le pécheur ; il peut, il est
vrai, se servir pour cela d’intermédiaires, mais qui conduisent à lui en
faisant valoir sa Parole, au lieu de faire valoir leurs propres pensées et non
celles de Dieu. Les pharisiens traitaient la foule de maudite parce qu’elle se
permettait d’avoir sur Jésus une autre opinion que la leur ; ils
alléguaient qu’elle ignorait la loi. Les chefs prétendaient la comprendre et
s’étonnaient de ce que Jésus la connût sans avoir appris les lettres. S’ils
l’avaient connue, ils auraient reçu Jésus, ainsi qu’il le leur dit au chapitre
5:46, 47 : «Si vous croyiez Moise, vous me croiriez aussi ; car lui a
écrit de moi. Mais si vous ne croyez pas ses écrits, comment croirez-vous mes
paroles ? » L’intelligence humaine seule ne sert à rien pour étudier
la Parole ; il faut la foi sous l’action de l’Esprit de Dieu.
Nicodème était l’un
des chefs du peuple ; mais il ne partageait pas leurs sentiments et encore
moins leur haine. Il leur donne ce sage conseil : «Notre loi juge-t-elle
l’homme avant de l’avoir entendu et d’avoir connu ce qu’il fait» ? Il
s’attire cette réponse méprisante : «Et toi, es-tu aussi de Galilée ?
Enquiers-toi, et vois qu’un prophète n’est pas suscité de Galilée» (v. 50-52).
L’orgueil et les prétentions religieuses s’étalent dans cette réponse. Selon
eux, un des leurs ou un prophète ne pouvait venir de Galilée, comme si Dieu
attachait de l’importance au lieu où l’homme naît. Ces malheureux pharisiens
ignoraient ou voulaient ignorer que le prophète Jonas venait de Gath-Hépher en
Galilée (2 Rois 14:25), ville de la tribu de Zabulon (Josué 19:13). Rien
n’aveugle comme le besoin de se justifier en résistant à la vérité.
Nicodème eût mieux
fait de ne pas se trouver au milieu de ces gens-là ; il avait reçu des
enseignements du Seigneur qui auraient dû l’amener à rompre avec eux. Venu à
lui de nuit, il n’avait pas eu le courage de se montrer de jour et de porter
l’opprobre de Christ. Comme Lot, il affligeait, sans doute, son âme dans un
lieu d’où il aurait dû sortir. On est heureux de le retrouver à la mort de
Jésus, ne craignant pas de se prononcer pour lui, en l’honorant, avec Joseph
d’Arimathée, d’une sépulture digne de lui, alors qu’on lui avait donné son
sépulcre avec les méchants, dit Ésaïe 53:9.
On voit aussi dans la
position de Nicodème ce que la Parole enseigne ailleurs, à savoir que, pour
être utile au Seigneur, il faut se séparer du mal. Son conseil, alors qu’il
faisait partie du corps des pharisiens et sacrificateurs, fut sans effet. La
Parole dit : «Si quelqu’un se purifie de ceux-ci, il sera un vase à
honneur, sanctifié, utile au maître, préparé pour toute bonne œuvre» (2 Tim.
2:21). On entend dire, de toutes parts, qu’il ne faut pas se séparer du milieu
où l’on se trouve, afin de pouvoir travailler au bien de l’ensemble. Dieu dit
le contraire. Qui a raison ? La Parole déclare aussi : «Les mauvaises
compagnies corrompent les bonnes mœurs» (1 Cor. 15:33). «Bienheureux l’homme
qui ne marche pas dans le conseil des méchants, et ne se tient pas dans le
chemin des pécheurs, et ne s’assied pas au siège des moqueurs» (Psaume 1:1).
Après toutes les
contestations au sujet de Jésus, à la fin du chapitre précédent, chacun rentra
dans sa maison. Dans ce monde, chacun a son domicile ; mais du Seigneur il
est dit, au premier verset de notre chapitre, qu’il s’en alla à la montagne des
Oliviers, où il s’était souvent retiré avec ses disciples. C’est là qu’il
endura les angoisses de Gethsémané et que, peu après, la troupe conduite par
Judas se saisit de lui. De là il monta au ciel, et c’est là qu’il posera les
pieds, selon la prophétie de Zacharie 14:4, lorsqu’il viendra pour régner (voir
aussi Actes 1:11, 12). Il passa sans doute la nuit sur cette montagne ;
car, au point du jour, il vint au temple. Le mont des Oliviers est près de
Jérusalem et domine cette cité dont la vallée du Cédron le sépare.
Malgré la controverse
de la veille et la haine des Juifs qui cherchaient à le faire mourir, Jésus
revient tranquillement au temple continuer son œuvre. «S’étant assis, il les enseignait».
Son enseignement, la présentation de la Parole de la part de Dieu, caractérise
ce chapitre, pour arriver à cette terrible constatation, que les Juifs l’ont
rejetée, comme, au chapitre suivant, ils rejettent ses œuvres.
Pendant que Jésus
enseignait, les scribes et les pharisiens lui amenèrent une femme qui avait
commis un péché pour lequel, selon la loi, elle méritait la lapidation. Nous
savons que, selon Nombres 15:30, 31, quiconque avait enfreint un des dix
commandements devait être lapidé ; c’était le péché commis «par
fierté» ; il n’y avait de sacrifices que pour les péchés commis par
erreur. Ces Juifs religieux, toujours à la recherche de moyens leur permettant
de prendre Jésus en défaut, pensent l’embarrasser gravement en lui amenant
cette femme ; ils espèrent le mettre en contradiction soit avec la loi,
soit avec la grâce qu’il enseignait. Ils lui rappellent que Moïse a commandé de
lapider ces pécheresses et lui disent : «Toi donc, que dis-tu ? Or
ils disaient cela pour l’éprouver, afin qu’ils eussent de quoi l’accuser» (v.
5, 6). Le piège paraissait habilement tendu ; mais qu’ils voulussent le
croire ou non, celui que ces malheureux voulaient éprouver était Dieu, quoique
devenu homme, celui qui «prend les sages dans leur ruse, et le conseil des
astucieux est précipité (ou renversé)» (Job 5:13). Si Jésus conseillait de
lapider cette femme, il se mettait en opposition avec le caractère de grâce
qu’il manifestait ; s’il se prononçait pour le pardon, il ne reconnaissait
pas l’autorité de la loi. Pour commencer, il ne dit rien. «S’étant baissé, il
écrivait avec le doigt sur la terre», comme un homme préoccupé d’autre chose
que de ce qui se passe autour de lui. Silence embarrassant pour ses
interlocuteurs qui, pressés d’arriver à leurs fins, continuaient à
l’interroger. «S’étant relevé, il leur dit : Que celui de vous qui est
sans péché, jette le premier la pierre contre elle. Et s’étant encore baissé,
il écrivait sur la terre» (v. 7, 8). Les Juifs se réclamaient de la loi qu’ils
prétendaient observer, toujours pressés d’en appliquer les pénalités à autrui,
sans se placer eux-mêmes sérieusement devant elle. La loi ne condamnait pas
seulement les péchés grossiers qui font honte à la généralité des hommes ;
elle châtie au même degré la convoitise et d’autres péchés que l’homme appelle
peu graves. Or puisqu’ils voulaient la loi pour cette femme, et avec raison,
elle valait aussi pour eux. Jésus l’applique donc à leur conscience dans toute
sa force ; il avait le droit de le faire, puisqu’il l’avait donnée
lui-même en Sinaï. En écrivant de nouveau sur la terre, il laisse à la lumière
de sa parole le temps nécessaire pour pénétrer dans leur conscience. Ne pouvant
se soustraire à l’effet de cette «vraie lumière... qui, venant dans le monde,
éclaire tout homme» (chap. 1:9), ceux qui la rejettent comme ceux qui la
reçoivent, ils «sortirent un à un, en commençant depuis les plus anciens
jusqu’aux derniers» (v. 9). Ils justifiaient ce que Jésus avait dit au chapitre
3:19, 20 : «Or c’est ici le jugement, que la lumière est venue dans le
monde, et que les hommes ont mieux aimé les ténèbres que la lumière, car leurs
œuvres étaient mauvaises». Tous ils avaient compris que, faute d’avoir accompli
la loi, la force leur manquait pour condamner l’accusée. Craignant de voir
leurs péchés dévoilés en public, comme ceux de la coupable, ils se retirent,
tout d’abord ceux qui étaient en faute depuis le plus grand nombre d’années et
que leur âge faisait jouir de la considération de leur entourage. Mais devant
Dieu, «tous ont péché et n’atteignent pas à la gloire de Dieu» (Rom. 3:23).
Cependant si leur état de péché se dévoilait, c’était en présence de celui qui
venait apporter la grâce, car il manifestait la lumière de la vie ; mais pour en profiter il
fallait écouter Jésus et croire en lui.
«Jésus s’étant relevé
et ne voyant personne que la femme, lui dit : Femme, où sont-ils, ceux-là,
tes accusateurs ? Nul ne t’a-t-il condamnée ? Et elle dit : Nul,
Seigneur. Et Jésus lui dit : Moi non plus, je ne te condamne pas ;
va, — dorénavant ne pèche plus» (v. 10, 11). Celui qui seul était sans péché,
au lieu de jeter la pierre contre elle, ne la condamne pas. Quel merveilleux
tableau de la grâce ! Le juge de tous était là ; mais venu dans ce
monde comme Sauveur. Puisqu’aucun des hommes n’avait pu accomplir la loi qu’il
avait donnée, il venait pour les sauver en portant lui-même le jugement mérité
par les coupables ; aussi ne condamne-t-il pas.
Les accusateurs, sous
l’effet de la lumière qui dévoilait leur état de péché, auraient dû rester
auprès de Jésus et lui confesser leurs fautes ; ils auraient compris que
non seulement la vérité était venue par Jésus Christ, mais aussi la grâce. La
vérité manifeste le péché de l’homme et la grâce l’enlève de devant Dieu et en
délivre le coupable. Une seule en profite, la plus indigne de tous au jugement
de ses semblables. Au lieu de fuir, elle reste auprès de Jésus pour entendre
cette parole : «Moi non plus, je ne te condamne pas». Le Juge des vivants
et des morts ne la condamne pas. Qui donc oserait le faire ? Dès lors la
grâce pouvait agir en elle pour lui donner la capacité de réaliser ce que Jésus
ajouta : «Va, dorénavant ne pèche plus». Elle pouvait dès lors nouer plus
ample connaissance avec la personne de Jésus, pour le suivre comme une des
brebis que le bon berger a délivrées du joug des ordonnances et du jugement
qu’elle avait mérité (Sujet traité au chapitre 10).
Après cette scène,
Jésus continue à enseigner : «Moi, je suis la lumière du monde ;
celui qui me suit ne marchera point dans les ténèbres, mais il aura la lumière
de la vie» (v. 12). Comme nous l’avons déjà remarqué, le Seigneur, dans cet
évangile, fait découler son enseignement des faits qui y sont rapportés. La
lumière qui éclaire tout homme venait de briller devant plusieurs. C’était la
vie pour qui voulait en profiter, mais ce ne sera pas le cas devant le grand
trône blanc (Apoc. 20:11, 12) où cette lumière manifestera l’état de péché de
tous ceux qui y paraîtront pour les juger selon leurs œuvres. Ceux qui
voulaient éprouver Jésus n’en profitèrent pas, puisqu’ils se retirèrent. Le
Seigneur donc dit que celui qui le suit aura la lumière de la vie, non
seulement chez les Juifs, mais dans le monde, plongé dans les ténèbres de la
mort. Jésus est venu pour tous, c’est ce qui caractérise cet évangile. Ici, il
est «la lumière du monde». Il ne dit pas que, si le monde le suit, il aura la lumière de la vie, mais «celui qui me suit» ; la réception
de la vie, du salut, est une affaire individuelle.
Privilège
inappréciable d’avoir la lumière de la vie pour marcher au milieu d’un monde
plongé dans les ténèbres ! Combien il importe de la posséder
aujourd’hui ! Les ténèbres morales, où vit le monde depuis la chute,
enveloppent toujours plus de leur obscurité mortelle la chrétienté qui, plus
que jamais, rejette Christ dont elle porte encore le nom. L’invitation se fait
encore entendre : «Celui qui me suit aura la lumière de la vie». On ne
peut suivre Jésus en ayant un pied dans le monde et l’autre avec ceux qui
suivent le Seigneur. On ne peut jouir un moment des plaisirs mondains, sous
quelque forme que ce soit, et à d’autres chercher à faire taire sa conscience
mal à l’aise en s’occupant un peu des choses sérieuses. Si l’on va, dans cet
état d’âme, aux réunions où l’on parle du Seigneur, c’est avec le cœur plein
des vanités mondaines. De cette manière on ne suit pas le Seigneur, et il n’y a
ni paix, ni joie, ni lumière dans ce chemin. Pour avoir la lumière de la vie,
pour jouir de cette vie dont l’objet est Christ lui-même, qui rend le cœur
parfaitement heureux et capable de voir toutes choses comme Dieu les voit, il
faut abandonner tout ce qui se rattache au monde et suivre le Seigneur dans le
chemin qu’il a tracé ici-bas. Cette vérité est simple à comprendre. Le monde
gît dans les ténèbres. Le cœur de l’homme est ténèbres, semblable au chaos
ténébreux dans lequel se trouvait le monde physique. Impossible d’en tirer un
rayon de lumière. Il faut que la lumière divine y brille. Dieu avait dit :
«Que la lumière soit, et la lumière fut». Elle vient de Dieu, comme aussi celle
qui, dans la personne de Jésus, a brillé au milieu des ténèbres morales du
monde. On ne peut donc la posséder qu’en la recevant et en le suivant. Cette
lumière est vie, comme la lumière physique. Tout ce qui, sur la terre, est
privé de la lumière du soleil, dépérit et meurt.
En entendant les
paroles de Jésus, les pharisiens lui dirent : «Tu rends témoignage de
toi-même ; ton témoignage n’est pas vrai» (v. 13). Comme homme, le Seigneur ne rendait pas
témoignage de lui-même (*), mais, ici, comme
Fils de Dieu, lumière du monde, il rendait témoignage de ce qu’il était. Il
n’est pas nécessaire d’affirmer que le soleil éclaire ; dès qu’il est levé
chacun en est convaincu. Jésus était la lumière ; les accusateurs de la
femme l’avaient bien vu. Il leur répond : «Quoique moi je rende témoignage
de moi-même, mon témoignage est vrai, car je sais d’où je suis venu et où je
vais ; mais vous, vous ne savez pas d’où je viens et où je vais. Vous,
vous jugez selon la chair ; moi, je ne juge personne. Et si aussi moi, je
juge, mon jugement est vrai, car je ne suis pas seul, mais moi et le Père qui
m’a envoyé. Et il est écrit aussi dans votre loi, que le témoignage de deux
hommes est vrai. Moi, je rends témoignage de moi-même ; et le Père qui m’a
envoyé rend aussi témoignage de moi» (v. 14-18). Jésus avait constamment
conscience d’où il était venu et où il allait. Il ne pouvait rester dans un
monde opposé à Dieu et qui le rejetait ; il allait le quitter, aussitôt
accomplie l’œuvre qu’il avait entreprise. En ne recevant pas ses paroles,
personne ne savait d’où il venait et où il allait. Etrangers à Dieu et à ce qui
vient de lui, les hommes ne jugent Jésus que selon la chair. Impossible de
sortir du cercle dans lequel se meut l’esprit naturel, sans la foi. Jésus
n’était pas venu de son propre chef ; son Père l’avait envoyé, comme cet
évangile le déclare une quarantaine de fois. Non seulement son Père l’avait envoyé,
mais il était avec lui, en sorte que le témoignage requis par la loi existait,
témoignage divin que, dans leur aveuglement, les hommes refusaient.
(*) Nous avons vu au
chapitre 5 qu’un quadruple témoignage lui était rendu.
En entendant parler
de son Père qui l’avait envoyé, ils disent à Jésus : «Où est ton
Père ? Jésus répondit : Vous ne connaissez ni moi, ni mon Père ;
si vous m’aviez connu, vous auriez connu aussi mon Père» (v. 19). Quelle preuve
de l’incapacité dans laquelle l’homme se trouve pour connaître Dieu, même
lorsqu’il se révèle en grâce dans la personne de son Fils. Tout l’évangile
selon Jean est bien résumé dans ces versets du premier chapitre. «La lumière
luit dans les ténèbres ; et les ténèbres ne l’ont pas comprise» (v. 5).
«Il était dans le monde, et le monde fut fait par lui ; et le monde ne l’a
pas connu. Il vint chez soi ; et les siens ne l’ont pas reçu» (v. 10, 11).
Mais, grâce à Dieu, la foi saisit ce que le cœur naturel rejette et ne peut
connaître : «À tous ceux qui l’ont reçu, il leur a donné le droit d’être
enfants de Dieu, savoir à ceux qui croient en son nom» (v. 12). Ils se trouvent
au bénéfice de la venue de Jésus dans ce monde.
Quoique Jésus
prononçât ces paroles dans le temple au milieu d’un monde religieux hostile,
personne ne mit les mains sur lui, «parce que son heure n’était pas encore
venue» (v. 20).
Jésus répète aux
Juifs ce qu’il leur a déjà dit au chapitre 7:33, 34. «Moi, je m’en vais, et
vous me chercherez» ; mais il ajoute : «et vous mourrez dans votre
péché : là où moi je vais, vous, vous ne pouvez venir» (v. 21). Le but de
sa venue était de sauver ; mais, méconnu et rejeté, il allait partir et
laisser ceux qui ne le recevaient pas dans l’état où il les avait trouvés,
avant commis en plus le péché de ne l’avoir pas reçu. Venu d’auprès du Père, il
y retournait ; ils ne pouvaient le suivre ; ils mourraient dans leur
péché. Les Juifs, bornés en ce qui regarde les choses célestes, comme tous ceux
qui ne croient pas, se demandent s’il se tuera puisqu’il dit : «Où moi je
vais, vous, vous ne pouvez venir». Jésus leur répond : «Vous êtes d’en
bas ; moi, je suis d’en haut ; vous êtes de ce monde ; moi, je
ne suis pas de ce monde» (v. 22, 23). Il y avait un abîme entre Jésus et eux,
et entre eux et le lieu d’où il venait. Mais Jésus avait franchi cet abîme pour
leur apporter tout ce dont ils avaient besoin, afin qu’ils pussent sortir de
leur condition misérable. Il leur avait révélé le Père, Dieu en grâce ;
ils n’avaient qu’à croire en lui, mais ils s’y refusaient. Aussi Jésus leur
répète : «Je vous ai donc dit que vous mourrez dans vos péchés ; car
si vous ne croyez pas que c’est moi, vous mourrez dans vos péchés» (v. 24).
Rien de plus clair, de plus concluant : le Fils de Dieu, envoyé par son
Père, vient dans ce monde de ténèbres et de mort apporter la lumière et la vie.
Si ceux en faveur desquels il est venu ne le reçoivent pas, ils mourront dans
leurs péchés. Cette conséquence si logique et solennelle pour les Juifs d’alors
est aussi vraie pour tous aujourd’hui. Pierre dit à ces mêmes Juifs, en parlant
de Jésus : «Celui-ci est la pierre méprisée par vous qui bâtissez, qui est
devenue la pierre angulaire ; et il n’y a de salut en aucun autre ;
car aussi il n’y a point d’autre nom sous le ciel, qui soit donné parmi les
hommes, par lequel il nous faille être sauvés» (Actes 4:11, 12).
Au verset 21, lorsque
Jésus dit : «Vous mourrez dans votre
péché», il parle du péché commis par la nation juive qui refuse de le
recevoir. Le verset 24 : «Vous mourrez dans vos péchés» s’applique à tout homme ; c’est la mort sans avoir
obtenu le pardon de ses péchés.
Jésus ayant
dit : «Si vous ne croyez pas que c’est moi», les Juifs lui
demandent : «Qui es-tu ? » Plus haut, ils lui avaient
demandé : «Qui est ton père ? » L’esprit d’incrédulité a
toujours des questions à poser pour se justifier et s’autoriser à ne pas
croire, tandis que la foi accepte tout ce que Dieu dit. Jésus leur
répond : «Absolument ce qu’aussi je vous dis». Toute sa vie, ses œuvres,
ses paroles manifestaient parfaitement ce qu’il était. Qui parlait comme
lui ? C’est ce qui avait frappé les huissiers envoyés pour le prendre au
chapitre précédent : «Jamais homme ne parla comme cet homme». Ce qu’il
disait et faisait révélait ce qu’il était et ce qu’était son Père. Personne ne
pouvait aller voir au ciel ce qu’était Dieu ; alors, sous une forme
humaine, il vint apporter aux hommes ce qu’ils ne pouvaient voir et posséder
par aucun autre moyen. Remarquez aussi que Jésus dit : «Si vous ne croyez
pas que c’est moi», paroles à retenir
aujourd’hui plus que jamais, car on parle volontiers de Jésus ; mais tout
en disant de belles choses de lui, on ne croit pas que c’est Lui dans le sens qu’il le dit ici ;
manifestation de Dieu le Père, Fils de Dieu, Dieu le Fils, la Parole qui était
Dieu, qui au commencement était auprès de Dieu, distinct de Dieu, Dieu
manifesté en chair. Celui qui ne croit pas en lui tel que cet évangile le
présente, mourra dans ses péchés.
Jésus ajoute qu’il
aurait beaucoup de choses à dire des Juifs et à juger ; mais il avait à
communiquer au monde la vérité qu’il avait ouïe de son Père. Les Juifs ne
comprirent pas qu’il leur parlait du Père. Ne voulant pas connaître Jésus, ils
ne pouvaient connaître le Père (v. 26, 27). Jésus leur dit : «Quand vous
aurez élevé le Fils de l’homme, alors vous connaîtrez que c’est moi, et que je
ne fais rien de moi-même, mais que, selon que le Père m’a enseigné, je dis ces
choses. Et celui qui m’a envoyé est avec moi ; il ne m’a pas laissé seul,
parce que moi, je fais toujours les choses qui lui plaisent» (v. 28, 29). Le
Seigneur rejeté prend toujours le titre de Fils de l’homme, qui implique aussi
sa mort. Par l’expression «élevé», Jésus indique que les Juifs allaient le
crucifier. Avant sa mort, ils refusent de croire ; ils pensent en finir
avec lui en le faisant mourir, mais il ressuscitera et enverra le Saint Esprit
qui rendra témoignage de lui ; ils connaîtront alors que c’est lui, quand
il sera trop tard pour le recevoir tel qu’il se présentait au milieu d’eux.
Après sa mort et sa glorification, ils sauront qui il était et qu’il leur avait
parlé de la part du Père.
Quand le Seigneur se
voyait seul et incompris, il aimait à dire (v. 29) : «Celui qui m’a envoyé
est avec moi ; il ne m’a pas laissé seul, parce que moi, je fais toujours
les choses qui lui plaisent». C’est aussi ce qui a lieu pour les croyants,
peut-être méconnus, incompris du monde et même d’autres croyants, isolés ;
mais, s’ils font la volonté de Dieu, ils jouissent de sa présence. Être seul
avec Dieu, avoir son approbation, cela vaut plus que la compagnie et les
honneurs du monde.
Malgré l’opposition
des Juifs et leurs raisonnements, la parole de Jésus trouva le chemin de
quelques cœurs : «Comme il disait ces choses, plusieurs crurent en lui»
(v. 30). Il ne faut jamais craindre de présenter la Parole de Dieu, car elle
est puissante et opérante ; elle produit ses effets dans les cœurs et les
consciences dans les milieux où tout paraît fermé.
Jésus dit aux Juifs
qui avaient cru en lui : «Si vous persévérez dans ma parole, vous êtes
vraiment mes disciples ; et vous connaîtrez la vérité, et la vérité vous
affranchira» (v. 31, 32). Après avoir cru, il faut porter les caractères de
celui en qui l’on a cru, agir comme lui à tous égards, reproduire en paroles et
en actes ce qu’il fut ici-bas, chose tout à fait possible, puisqu’il est la vie
du croyant. Pour cela, on doit persévérer dans sa parole, qu’il présentait au
milieu des Juifs, la vérité, comme Jésus l’est lui-même, expression de ce que
sont toutes choses selon la pensée de Dieu. Si donc on veut être dans le vrai à
l’égard de n’importe quoi : de soi-même, du bien, du mal, du monde, du
présent, de l’avenir, du passé, il faut connaître la pensée de Dieu, telle
qu’il l’a donnée dans sa Parole. En y persévérant, on porte le caractère de
disciples de Christ et la vérité affranchit de tout ce qui n’est pas selon
Dieu, du joug de la loi, du péché, du jugement et des pensées propres au cœur
naturel ; elle place le croyant dans une pleine liberté devant Dieu, dans
la position dont Christ est l’expression, ce qui a été pleinement démontré
depuis que le Saint Esprit est venu sur la terre à la suite de l’ascension du
Seigneur.
Quand ils entendent
parler d’affranchissement, les Juifs répondent à Jésus : «Nous sommes la
postérité d’Abraham, et jamais nous ne fûmes dans la servitude de
personne ; comment dis-tu, toi : Vous serez rendus
libres ? » (v. 33). Ces malheureux, qu’une haine implacable
aveuglait, affirmaient deux choses insensées pour des hommes quelque peu
intelligents, quand ils disent n’avoir jamais été les esclaves de personne. 1°
Ils étaient sous la servitude des Romains, puisqu’ils se trouvaient sous la
domination gentile depuis plus de six cents ans. Cela, chacun le savait. 2° Ils
étaient sous une autre servitude dont la première était la conséquence :
l’esclavage de Satan et du péché, comme tout homme non affranchi par le
Seigneur. Les Juifs subissaient le joug des Gentils pour avoir abandonné Dieu
pour les idoles. Si, depuis leur retour de la captivité à Babylone, ils ne
retombèrent pas dans l’idolâtrie et rétablirent les formes du culte de
I’Éternel, leur méchante opposition au Fils de Dieu venu au milieu d’eux pour
les délivrer démontre la dureté de l’esclavage sous lequel ils se trouvaient.
Jésus leur répond sans relever l’absurdité de leur erreur ; il maintient
la vérité qui caractérise l’état moral de tout homme : «En vérité, en
vérité, je vous dis : Quiconque pratique le péché est esclave du péché».
Terrible esclavage, mais dont on peut, par la grâce de Dieu, être affranchi si
l’on accepte la vérité que Jésus apportait.
Le Seigneur met
ensuite en contraste la position d’esclave et celle de fils. Tout en étant
enfants d’Abraham selon la chair, ce que Jésus reconnaît, les Juifs étaient
esclaves du péché ; par conséquent, ils n’avaient pas plus qu’un esclave
l’assurance de rester dans la maison ; en effet, par la position que Dieu
leur avait faite, ils vivaient en quelque sorte dans la maison de l’Éternel.
Mais Dieu voulait une maison composée de fils. Dans ce but, il envoie son Fils
pour mettre en liberté ces esclaves du péché ; aussi leur dit-il :
«Si le Fils vous affranchit, vous serez réellement libres (v. 35, 36). Ils
pourraient alors faire partie de la vraie maison de Dieu.
Jésus dit aux
Juifs : «Je sais que vous êtes la postérité d’Abraham ; mais vous
cherchez à me faire mourir, parce que ma parole n’a pas d’entrée auprès de
vous. Moi, je dis ce que j’ai vu chez mon Père ; vous aussi donc, vous
faites les choses que vous avez entendues de la part de votre père» (v. 37,
38). L’origine d’une nature se révèle par les actions. C’est le point de vue
auquel l’apôtre Jean se place dans ses épîtres comme dans l’évangile. Il n’y a
que deux sources : une du bien, et une du mal. Le bien ne peut provenir
que de Dieu et le mal de Satan ; les fruits le manifestent, comme le
Seigneur le dira aux versets 42 et 44 (voir 1 Jean 3:8, 9). Abraham est appelé
le père des croyants ; ses œuvres ont montré qu’il était de Dieu, après
avoir cru. Jésus, envoyé par Dieu, disait
ce qu’il avait vu chez son Père, car dans ce chapitre il s’agit toujours de
la parole. Mais chez les Juifs, voyait-on les caractères d’Abraham ? Ils
répondent à Jésus : «Abraham est notre père. Jésus leur dit : Si vous
étiez enfants d’Abraham, vous feriez les œuvres d’Abraham ; mais
maintenant vous cherchez à me faire mourir, moi, un homme qui vous ai dit la
vérité que j’ai ouïe de Dieu : Abraham n’a pas fait cela» (v. 39, 40).
Moralement, ils n’étaient donc pas enfants d’Abraham ; leurs œuvres le
prouvaient ; de qui donc étaient-ils les enfants ? Car Jésus leur
dit : «Vous, vous faites les œuvres de votre père». Au lieu de se juger et
d’accepter la vérité sur leur état, ils rehaussent leurs prétentions et
répondent : «Nous ne sommes pas nés de la fornication ; nous avons un
père, Dieu» (v. 41). La religion de formes, se vantant de privilèges sans
effets sur la conscience, tient l’homme loin de Dieu et le laisse dans
l’ignorance et les ténèbres, avec des prétentions ridicules. Que de non-sens
ces pauvres Juifs religieux n’ont-ils pas articulés dans ce chapitre ! Ils
n’ont jamais vécu dans la servitude de personne ; ils sont enfants
d’Abraham, enfants de Dieu, choses dont la chair peut se vanter, mais qui,
devant Dieu, n’ont aucune valeur. Et ils se trouvaient devant Dieu venu à eux
en grâce. Jésus va leur prouver qu’ils n’avaient pas Dieu pour Père, comme il
leur avait démontré qu’ils n’étaient pas enfants d’Abraham. Il leur dit :
«Si Dieu était votre père, vous m’aimeriez, car moi je procède de Dieu et je
viens de lui ; car je ne suis pas venu de moi-même, mais c’est lui qui m’a
envoyé» (v. 42). La preuve de la présence de la nature divine en quelqu’un,
c’est l’amour. «Quiconque aime est né de Dieu» (1 Jean 4:7). Si les Juifs
avaient Dieu pour Père, ils auraient aimé Jésus, venu du Père. Il se présente
constamment dans ce chapitre comme envoyé
de Dieu pour dire les paroles de Dieu
(voir pour envoyé : v. 16, 18,
26, 29, 42, et pour la parole
dite : v. 26, 28, 38, 40, 45 et 47). Un témoignage pareil crée une
terrible responsabilité pour le peuple aveuglé par sa haine ; elle pèse
sur tout homme, car l’expérience faite avec le Juif est celle de tous les
enfants d’Adam.
Jésus continue en
disant : «Pourquoi n’entendez-vous pas mon langage ? Parce que vous
ne pouvez pas ouïr ma parole» (v. 42). Il faut la nature divine pour comprendre
le langage divin, mais s’ils avaient voulu écouter les paroles de Jésus, les
Juifs l’auraient compris. «La foi est de ce qu’on entend, et ce qu’on entend
par la parole de Dieu» (Rom. 10:17).
À mesure que les
Juifs élèvent leurs prétentions en opposition aux paroles de Jésus, lui aussi
leur dit plus ouvertement ce qu’ils sont : «Vous, vous avez pour père le
diable, et vous voulez faire les convoitises de votre père. Lui a été meurtrier
dès le commencement, et il n’a pas persévéré dans la vérité, car il n’y a pas
de vérité en lui. Quand il profère le mensonge, il parle de son propre fonds,
car il est menteur, et le père du mensonge» (v. 44). En effet, les Juifs
n’ont-ils pas montré ces caractères-là dans tout ce que rapporte ce
chapitre : la haine et le mensonge ? Le même apôtre dit :
«Quiconque hait son frère est un meurtrier» (1 Jean 3:15).
Lorsqu’on parle
d’œuvres diaboliques, on pense à des choses extraordinaires, accomplies par des
puissances sataniques. Mais la haine, le mensonge, dans quelque mesure que ce soit,
en font partie ; elles décèlent leur origine, dont l’homme reste
responsable. Satan a trouvé en lui un instrument docile pour reproduire ses
propres caractères. Nous ne pensons pas assez qu’en faisant le mal, nous
accomplissons des œuvres de même nature que celles du diable.
Le contraste avec
Jésus s’établit dans les versets suivants. «Mais moi, parce que je dis la
vérité, vous ne me croyez pas. Qui d’entre vous me convainc de péché ? Si
je dis la vérité, vous, pourquoi, ne me croyez-vous pas ? Celui qui est de
Dieu entend les paroles de Dieu ; c’est pourquoi vous n’entendez pas,
parce que vous n’êtes pas de Dieu» (v. 45-47). Quel langage simple et
clair ! Cependant, au lieu de convaincre les opposants, ces vérités les
amènent à blasphémer contre Jésus. Ils lui répondent : «Ne disons-nous pas
bien que tu es un Samaritain, et que tu as un démon ? » (v. 48). La
lumière qui jaillit des paroles de Jésus ne fait que manifester l’affreux état
dans lequel se trouvaient les Juifs, surtout les Juifs religieux. On comprend
que le Seigneur dise au chap. 15:22, 23 : «Si je n’étais pas venu, et que
je ne leur eusse pas parlé, ils n’auraient pas eu de péché ; mais
maintenant, ils n’ont pas de prétexte pour leur péché. Celui qui me hait, hait
aussi mon Père». Dans la douceur de son caractère de grâce, Jésus répond
simplement à une telle injure : «Moi, je n’ai point un démon, mais
j’honore mon Père, et vous, vous jetez du déshonneur sur moi. Mais pour moi, je
ne cherche pas ma gloire ; il y en a un qui cherche, et qui juge» (v. 49,
50). Quel exemple de douceur le Seigneur nous donne dans cette réponse !
Il ne s’élève pas contre ceux qui le déshonorent par leurs outrages ; il
maintient simplement la vérité. C’est le modèle parfait que Pierre place devant
nous : «Car aussi Christ a souffert pour vous, vous laissant un modèle,
afin que vous suiviez ses traces, lui qui n’a pas commis de péché, et dans la
bouche duquel il n’a pas été trouvé de fraude ; qui, lorsqu’on
l’outrageait, ne rendait pas d’outrage, quand il souffrait, ne menaçait pas,
mais se remettait à celui qui juge justement» (1 Pierre 2:21-23). Il dit
simplement à ces malheureux Juifs : «Je n’ai point un démon» ;
«j’honore mon Père» ; «vous jetez du déshonneur sur moi» ; «je ne
cherche pas ma gloire» ; «il y en a un autre qui cherche, et qui juge». Il
les laisse sous la responsabilité de ce qu’ils disent et continue à leur
présenter la vérité. Ceux qui auront persévéré dans leur incrédulité seront
trouvés et jugés par celui qui cherche et qui juge, auquel le Seigneur s’en
remettait en continuant son œuvre de grâce envers tous.
Si l’opposition des
Juifs oblige le Seigneur à leur dire ce qu’ils sont, comme nous venons de le
voir, elle l’amène aussi à dire ce qu’il est quant à l’éternité de son
être : «Avant qu’Abraham fût, je suis» c’est-à-dire «l’Éternel». Avant
d’en venir là, il leur présente les conséquences éternelles de la fidélité à sa
parole, ce qui les fait blasphémer. «En vérité, en vérité, je vous dis :
Si quelqu’un garde ma parole, il ne verra point la mort, à jamais» (v. 51). La
mort éternelle était la part du pécheur ; mais Dieu dans sa grâce lui
offre la vie éternelle par la parole venue du ciel dans la personne de Jésus.
Le Seigneur ne pouvait s’exprimer plus clairement quant aux effets de sa
parole. La bienheureuse éternité où se trouveront ceux qui auront cru, sera la
preuve magnifique de la vérité de cette déclaration. Pour toute réponse les
Juifs disent au Seigneur : «Maintenant nous connaissons que tu as un
démon : Abraham est mort, et les prophètes, et toi, tu dis : Si
quelqu’un garde ma parole, il ne goûtera point la mort à jamais. Es-tu plus
grand que notre père Abraham, qui est mort ? et les prophètes sont morts.
Qui te fais-tu toi-même ? » (v. 52, 53). Il est vrai qu’Abraham et
les prophètes étaient morts ; mais cela n’infirmait en rien ce que Jésus
leur disait. Les Juifs avaient devant eux celui qui effectivement était plus
grand qu’eux tous, qui avait appelé Abraham et envoyé les prophètes dont le
ministère demeure sans résultats à cause de l’état de l’homme, mort dans ses
fautes et ses péchés. C’est précisément pour donner la vie éternelle à de tels
êtres que Jésus était venu. Ses paroles communiquaient la vie à qui les
recevait et le Seigneur n’en demandait pas davantage.
En réponse à la
question des Juifs : «Qui te fais-tu toi-même ? » Jésus
dit : «Si moi je me glorifie moi-même, ma gloire n’est rien ; c’est
mon Père qui me glorifie, lui de qui vous dites : Il est notre Dieu. Et
vous ne le connaissez pas ; mais moi, je le connais ; et si je disais
que je ne le connais pas, je serais menteur, semblable à vous ; mais je le
connais, et je garde sa parole. Abraham, votre père, a tressailli de joie de ce
qu’il verrait mon jour ; et il l’a vu, et s’est réjoui» (v. 54-56).
Conscient de sa propre gloire, Jésus n’avait pas besoin de se glorifier ;
il ne s’en vantait pas ; il cherchait des pécheurs qui voulussent bien
recevoir ce qu’il leur apportait. Son Père le glorifiait ; nul ne le
connaissait comme lui. S’ils voulaient recevoir sa Parole ils le connaîtraient
en participant à sa nature ; mais affirmer qu’ils le connaissaient sans
cela, c’était mentir. Car pour avoir la vie, il fallait connaître Dieu
autrement qu’en contraste avec les idoles ; à cela s’arrêtait généralement
la foi des Juifs ; mais cette connaissance les laissait dans leur état de
perdition. De même ils se vantaient d’être les enfants d’Abraham. Ils l’étaient
selon la chair, mais ce qui est de la chair n’a aucun profit devant Dieu. Ils
n’étaient pas enfants du père des croyants, autrement ils auraient cru. Au
contraire ils haïssaient Jésus, tandis qu’Abraham s’était réjoui en voyant son
jour. Dieu avait fait des promesses à Abraham, mais il fallait quelqu’un pour
les accomplir. Abraham n’avait pas d’enfant ; Dieu lui en donna un sur
lequel reposaient toutes les promesses, car Isaac est une figure de Christ, et
de Christ ressuscité, après qu’Abraham eut obéi à Dieu en l’offrant en
sacrifice. C’est pourquoi Paul dit aux Galates (chap. 3, v. 16), en citant
Genèse 22:18, que la semence d’Abraham était Christ dont Isaac était le type.
Abraham saisit la pensée de Dieu par la foi ; il savait que, s’il était
étranger sur la terre de la promesse, non seulement sa postérité l’hériterait quatre
siècles plus tard, alors que lui serait mort ; mais il regardait au delà,
au jour où Christ régnerait, où il aurait sa part comme ressuscité. «Il
attendait la cité qui a les fondements, de laquelle Dieu est l’architecte et le
créateur». «La foi est l’assurance des choses qu’on espère, et la conviction de
celles qu’on ne voit pas» (Héb. 11:10 et 1). C’est ainsi que ce patriarche
avait vu le jour où Christ accomplirait les promesses qui lui avaient été
faites et il s’en était réjoui.
N’avant pas la foi,
les Juifs ne le comprenaient pas et c’est pour eux une occasion de plus de
crier au ridicule et de se moquer de Jésus. Pour Jésus c’est aussi l’occasion
de leur dire ce qu’il ne leur avait jamais dit de lui : «Les Juifs donc
lui dirent : Tu n’as pas encore cinquante ans, et tu as vu Abraham !
Jésus leur dit : En vérité, en vérité, je vous dis : Avant qu’Abraham
fût, je suis» (v. 57, 58). D’abord, Jésus ne leur avait pas dit qu’il avait vu
Abraham, quoique ce fût vrai, mais bien qu’Abraham avait vu son jour, le jour
glorieux de son règne ; il l’avait vu par la foi et s’en était réjoui, ce
qu’eux ne faisaient certes pas, quoiqu’ils vissent ce «que plusieurs prophètes
et plusieurs rois ont désiré de voir», et qu’ils entendissent ce qu’ils
auraient désiré entendre (Luc 10:24) ; ils blasphémaient en les voyant et
en les entendant. Dans sa réponse, Jésus leur montre qu’il n’est pas question
d’années, pas plus de cinquante ans que des deux mille qui eussent été
nécessaires pour voir Abraham sur la terre, mais qu’il est l’Éternel, celui qui n’a pas de commencement, qui s’appelle :
«Je suis». L’Éternel avait dit à
Moise, en Exode 3:14 : «Tu diras ainsi aux fils d’Israël : JE SUIS m’a envoyé vers vous». «Je suis»
exprime l’éternité de l’existence de Dieu, car l’éternité est un présent
continu. C’est pourquoi Jésus pouvait bien dire : «Avant qu’Abraham fût,
je suis», non j’étais, mais je suis l’Éternel. Pour toute réponse ils prirent
des pierres pour lapider Jésus, exécutant ainsi les œuvres de leur père, le
diable. «Mais Jésus se cacha et sortit du temple». Quel aveuglement et quel
non-sens de chercher à faire mourir celui qui est l’Éternel ! Ils le
feront mourir, quand il se livrera lui-même ; et sur la croix, il ne
mourra pas comme les hommes : il remettra son esprit entre les mains de
son Père, lorsqu’il ne sera plus nécessaire qu’il demeure dans son corps, une
fois accomplie toute la volonté de son Père.
Tout ce chapitre nous
présente Dieu et l’homme en conflit. Jésus, qui apporte de la part de Dieu la
vie, la lumière, est rejeté, traité de Samaritain, de fou, de démoniaque, sauf
par le petit nombre de ceux qui avaient cru en lui. Impossible de tracer un
tableau plus affligeant de ce qu’est l’homme en présence de toute la lumière et
la vérité divines, venues en grâce, rayonnant de la personne de Jésus dans
toute sa beauté. Mais les Juifs blasphèment ; leur haine s’excite au point
de vouloir le faire mourir. Aussi Jésus se cache. La lumière ayant donné tout
son éclat disparaît. Pour ceux qui ne veulent pas croire il ne reste que cette
terrible sentence : «Vous mourrez dans vos péchés».
Les mêmes faits se
reproduisent actuellement. La Parole de Dieu est toujours là avec la même
puissance ; mais, au lieu d’y croire, on la rejette ; la majorité
ouvertement ; d’autres, qui ne voudraient pas être comptés dans ce nombre
l’admettent partiellement, à des degrés divers. Beaucoup ne reconnaissent pas
Jésus comme le Fils éternel de Dieu, comme les Juifs qui lui disaient :
«Où est ton père ? » «Toi, qui es-tu ? » «Qui te fais-tu,
toi-même ? » Et parmi ceux qui parlent encore de sa mort, il y en a
qui la considèrent comme une mort naturelle, couronnement d’une vie de
sacrifice, mais n’admettent pas qu’elle eut lieu pour expier le péché, en
satisfaisant à la justice de Dieu pour sauver le pécheur. Aussi, chers
lecteurs, que Dieu veuille se servir de ce que nous venons d’exposer bien
faiblement dans cet important chapitre pour vous convaincre qu’il faut croire à la Parole de Dieu, croire en
Jésus, Fils de Dieu, mort sur la croix pour vous donner la vie ; sinon
«vous mourrez dans vos péchés». Si l’un d’entre vous cherchait à raisonner sur
ce que Dieu dit — ce qui caractérise les jours où nous vivons — qu’il se
souvienne que la raison ne saurait dépasser le domaine qui lui est assigné,
celui de la création, et que, dès qu’il s’agit des pensées de Dieu, de
l’accomplissement de ses conseils merveilleux pour la gloire de son Fils et le
bonheur éternel de l’homme, la raison ne lui sert de rien ; il faut la
foi. L’homme est perdu ; Dieu veut le sauver ; ce salut a été
accompli par la mort de Christ ; c’est une chose à accepter simplement,
sans raisonnement aucun.
Dans ce chapitre, le
Seigneur ne présente plus sa parole comme moyen d’avoir la vie, parole
rejetée ; il accomplit l’œuvre par laquelle l’homme moralement aveugle,
peut profiter de la lumière venue dans sa personne, afin de devenir voyant,
œuvre aussi rejetée.
Comme Jésus passait,
après avoir quitté le temple où l’on voulait le lapider, toujours actif dans
son amour, il vit un homme aveugle dès sa naissance. Il le vit ; on ne le
lui amena pas comme dans d’autres cas. Il était assis et mendiait (v. 8).
Jésus, la lumière du monde, était heureux de faire profiter un malheureux de ce
qu’il apportait aux hommes, et dont tous avaient besoin moralement. Ses
disciples l’interrogèrent sur cet homme : «Rabbi, disent-ils, qui a
péché : celui-ci ou ses parents, pour qu’il soit né aveugle ? »
(v. 1, 2). Ils pensent au gouvernement de Dieu au milieu de son peuple, sous
lequel le coupable porte dans ce monde les conséquences de ses fautes. Dans ce
cas il ne s’agissait pas de péchés qui eussent attiré le jugement sur cet
homme. Il est une figure de l’état d’aveuglement moral dans lequel l’homme se
trouve dès sa naissance. Nul ne saurait voir comme Dieu voit. Le péché ayant
fait séparation entre lui et Dieu qui est lumière, il est dans les ténèbres et
ténèbres lui-même. Jésus répond : «Ni celui-ci n’a péché, ni ses
parents ; mais c’est afin que les œuvres de Dieu soient manifestées en
lui» (v. 3). Le Seigneur veut dire que l’état d’aveuglement de l’homme existe
dès sa naissance ; il n’est pas produit par tel ou tel péché ;
l’homme naît ainsi. Tous sont enfants d’Adam, nés dans l’état où leur premier
père les a placés par sa chute. Le Seigneur était là, précisément pour
accomplir l’œuvre de Dieu qui les délivrerait de cette cécité morale, car Dieu
seul peut donner la vue à celui qui n’a jamais vu, ou faire d’un pécheur
souillé un saint et d’un mort un vivant, comme nous le verrons au chapitre 11.
Jésus leur dit :
«Il me faut faire les œuvres de celui qui m’a envoyé, tandis qu’il est
jour ; la nuit vient en laquelle personne ne peut travailler. Pendant que
je suis dans le monde, je suis la lumière du monde» (9:4-5).
La lumière brillait
sur ce monde par la présence de Jésus ; il en faisait profiter ceux qui
voulaient la recevoir ; mais elle allait disparaître puisque les hommes
n’en voulaient rien. Lorsque Jésus ne serait plus ici-bas, personne ne pourrait
accomplir une telle œuvre ; non que Dieu n’ait pas agi depuis, le Saint
Esprit étant venu pour faire valoir avec puissance les conséquences bénies de
l’œuvre de Christ sur la croix. Les Actes des Apôtres en donnent le merveilleux
récit. Mais le temps dans lequel le Seigneur se trouvait sur la terre était un
jour unique, où la lumière brillait sur ce monde. Après son départ, le monde
demeurerait dans les ténèbres qu’il avait préférées à la lumière, nuit morale à
laquelle rien ne pourrait être changé, jusqu’à ce que le Seigneur apparût comme
soleil de justice pour le jugement des méchants et la délivrance des justes
(voir Malachie 4).
Dans le chapitre
précédent Jésus présentait sa parole, avons-nous dit. Ici, il accomplit une
œuvre, l’œuvre de Dieu, comme sa parole était la parole de Dieu. «Ayant dit ces
choses — des versets 4 et 5 — il cracha en terre et fit de la boue de son
crachat, et il mit la boue comme un onguent sur ses yeux, et lui dit :
«Va, et lave-toi au réservoir de Siloé (ce qui est interprété Envoyé). Il s’en
alla donc, et se lava, et revint voyant» (v. 6, 7). Pour accomplir cette œuvre,
Dieu n’a pas parlé depuis le ciel ; il a envoyé sur cette terre son Fils,
un homme semblable aux autres, mais sans péché ; un homme qui fut méprisé,
«quelqu’un de qui on cache sa face» dit Ésaïe ; de sorte que son humanité
créait comme un obstacle à l’homme naturel ; elle était comme de la boue
sur ses yeux fermés, augmentant, si possible, sa cécité. Cette boue formée de
son crachat, ce qui venait de lui, vertu divine mélangée avec la terre, ce qui
est humain, représentait l’humanité de Jésus. Mais pour celui qui reconnaissait
que Jésus, sous cette forme humaine, était l’envoyé de Dieu, toute difficulté
disparaissait ; non seulement la boue tombait, mais la cécité, les ténèbres
faisaient place à la lumière. Ceux qui avaient pu dire : «Il n’y a point
d’apparence en lui pour nous le faire désirer» (Ésaïe 53:2), peuvent dire
aussi : «Tu es plus beau que les fils des hommes, la grâce est répandue
sur tes lèvres» (Psaume 45:2). L’aveugle-né est donc l’exemple de quelqu’un en
qui cette œuvre s’est accomplie. Il se lava et revint voyant.
Combien la grâce de
Dieu est merveilleuse ! Elle a rendu simple pour chacun le seul moyen
efficace qui fasse passer des ténèbres à la lumière les misérables aveugles-nés
que nous sommes tous par notre nature pécheresse. Pour Dieu, c’est le don de
son propre Fils unique, don que personne ne peut apprécier comme lui, mais qui
sera pour tous les rachetés le sujet d’adoration et de louanges éternelles.
Un changement pareil,
produit chez l’aveugle-né, fait parler ses voisins et connaissances. Ce qui les
frappe c’est que précédemment il était assis et mendiait. L’homme, dans son
état naturel, est inactif pour Dieu ; et, sans la connaissance de Dieu, il
doit avoir recours à ses semblables pour tous ses besoins. Les uns pensent que
c’est bien lui, d’autres qu’il lui ressemble. Lui, leur dit : «C’est
moi-même». C’est en lui qu’un tel changement s’est opéré. Il ne sera plus
assis, il sera actif pour le Seigneur. Il ne mendiera plus : il a bu à la
source de tout bien. Il voit clair ; aussi il va rendre témoignage, ce que
doivent faire tous ceux en qui l’œuvre de Dieu s’est accomplie.
Tous ces gens étonnés
lui disent : «Comment ont été ouverts tes yeux ? Il répondit et
dit : Un homme, appelé Jésus, fit de la boue et oignit mes yeux, et me
dit : Va à Siloé et lave-toi. Et je m’en suis allé, et je me suis lavé, et
j’ai vu. Ils lui disent donc : Où est cet homme ? Il dit : Je ne
sais» (v. 10-12). L’aveugle ne connaissait Jésus que de nom ; mais pour
lui un fait était certain, c’est qu’ayant fait ce qu’il lui avait dit, il
voyait.
On amène aux
pharisiens l’homme guéri. Dans quel but ? Nous l’ignorons, mais nous
savons pourquoi Dieu le permit. C’était pour manifester l’état de ces chefs
religieux en présence des œuvres de Dieu, comme il avait été manifesté en
présence des paroles de Jésus au chapitre précédent.
Ce miracle avait été
opéré un jour de sabbat, fait très grave et très important aux yeux des
pharisiens, puisqu’il pouvait servir à trouver Jésus en défaut. Aux pharisiens
qui lui demandent encore comment il a recouvré la vue, l’homme répète ce qu’il
a déjà dit : «Il a mis de la boue sur mes yeux, et je me suis lavé, et je
vois». Que dire à l’ouïe d’une déclaration aussi simple ? Les uns
s’écrient : «Cet homme n’est pas de Dieu, car il ne garde pas le sabbat».
D’autres : «Comment un homme pécheur peut-il faire de tels miracles ?
Et il y avait de la division entre eux» (v. 15, 16). Ne sachant que conclure
eux-mêmes, ils veulent encore avoir, sur Jésus, l’opinion de celui qui avait
été guéri. Ils lui dirent : «Toi, que dis-tu de lui, sur ce qu’il t’a
ouvert les yeux ? Et il dit : C’est un prophète» (v. 17). Ils
obtiennent déjà une confession de ce qu’était Jésus, car c’est ce qu’ils
cherchaient. Pour chasser l’homme de la synagogue, ils voulaient lui faire
avouer que Jésus était le Christ. Un prophète est un homme envoyé de Dieu et parlant
de sa part. Au lieu d’admettre que Jésus en était un, les pharisiens préfèrent
croire que cet homme n’a jamais été aveugle, jusqu’à ce qu’ils entendent le
témoignage de ses parents. S’il avait joui de la vue, ç’aurait été un mensonge,
une imposture que de parler de sa guérison. Ils auraient alors eu de quoi
s’élever contre Jésus. Les parents interrogés répondent : «Nous savons que
celui-ci est notre Fils et qu’il est né aveugle ; mais comment il voit
maintenant, nous ne le savons pas ; et qui lui a ouvert les yeux, nous ne
le savons pas, nous ; il a de l’âge, interrogez-le, il parlera de ce qui
le concerne» (v. 19-21). Nouvel embarras des pharisiens ! Comment tirer de
là quelque chose contre Jésus et ôter à cet homme la confiance qu’il avait en
son bienfaiteur ? Les parents craignaient les Juifs, car ils savaient que
si quelqu’un confessait Jésus comme le Christ, il serait exclu de la synagogue.
C’est pourquoi ils ne veulent aller plus loin dans leur déposition, et se
déchargent sur leur fils, disant : Il a de l’âge, interrogez-le (v. 22,
23).
La crainte des Juifs,
la frayeur de n’avoir plus part à la religion du monde a plus d’effet sur les
parents que la grâce et la puissance de Jésus déployées en faveur de leur fils.
Loin de faire comme Moïse qui avait estimé «l’opprobre de Christ un plus grand
trésor que les richesses de l’Égypte» (Héb. 11:26), ils préfèrent rester du
côté des ennemis du Seigneur, plutôt que de le confesser. Ils rejettent sur
leur fils les conséquences de sa confession. Peu leur importait son exclusion
de la synagogue, pourvu qu’eux y restassent. Ils le laissent entre les mains
des pharisiens. Aussi il va paraître à nouveau devant cette sorte de tribunal
inquisitorial.
Que de personnes
auront choisi le malheur éternel pour avoir craint l’opprobre comme les parents
de l’aveugle. Le Seigneur dit : «Ne craignez pas ceux qui tuent le corps
et qui, après cela, ne peuvent rien faire de plus ; mais je vous montrerai
qui vous devez craindre : craignez celui qui, après avoir tué, a le
pouvoir de jeter dans la géhenne : Oui, vous dis-je, craignez celui-là»
(Luc 12:4, 5). Celui qu’il faut craindre est le Dieu qui fait grâce
aujourd’hui ; mais Il deviendra le juge de ceux qui auront méprisé cette
grâce pour plaire aux hommes et s’épargner l’opprobre de Christ pendant les
quelques jours que nous passons ici-bas.
Les pharisiens
rappellent l’aveugle-né. Assurés de sa guérison, ils veulent bien l’attribuer à
Dieu, mais ils cherchent à obliger cet homme à penser de Jésus comme eux. Il
leur avait dit : «C’est un prophète». C’était déjà trop pour eux ;
ils voulaient faire considérer Jésus comme un pécheur. Comme preuve, ils
allèguent qu’il avait violé le sabbat en faisant de la boue (v. 16). Ils lui dirent
donc : «Donne gloire à Dieu ; nous savons que cet homme est un
pécheur» (v. 24). Comment concilier ces deux faits : croire en Dieu et
dire de son Fils, envoyé par lui dans ce monde, qu’il est un pécheur ?
Quelle valeur peut avoir cette foi pour Dieu ? Hélas ! de nos jours
c’est la foi d’un grand nombre, même de ceux qui ne disent pas ouvertement que
Jésus est un pécheur, mais qui ne croient pas en sa divinité. Nous avons vu au
chap. 3 que le Père ayant remis toutes choses entre les mains de son Fils, c’est
donc avec lui que l’homme doit avoir à faire, pour son salut. En
conséquence : «Qui croit au Fils a la vie éternelle ; mais qui
désobéit au Fils — en ne croyant pas — ne verra pas la vie, mais la colère de
Dieu demeure sur lui». Celui qui avait été aveugle ne sait pas si Jésus est un
pécheur, mais il sait une chose, que les pharisiens savaient aussi : c’est
qu’il était aveugle et que maintenant il voyait (v. 25, 26). Non satisfaits
encore, ces malheureux Juifs veulent faire parler l’homme, afin d’obtenir de
lui un témoignage défavorable pour Jésus. «Ils lui disent encore : Que
t’a-t-il fait ? Comment a-t-il ouvert tes yeux ? » Questions
tout à fait superflues ; aussi leur répondit-il : «Je vous l’ai déjà
dit et vous n’avez pas écouté. Pourquoi voulez-vous encore l’entendre ?
Voulez-vous aussi, vous, devenir ses disciples ? » (v. 27). Cet homme
simple et droit comprend qu’ils ont un motif caché en voulant le faire
parler ; mais ce n’était pas afin de devenir les disciples de Jésus. Ne
pouvant rien tirer de cet homme à leur profit, et comprenant qu’il se place au
nombre des disciples de celui qui lui avait ouvert les yeux, les pharisiens
l’injurièrent et lui dirent : «Toi tu es le disciple de celui-là ;
mais nous, nous sommes disciples de Moïse... mais pour celui-ci, nous ne savons
d’où il est» (v. 28, 29). En effet, Dieu avait parlé à Moïse ; mais qu’en
faisaient-ils puisque Moïse avait parlé de Jésus ? (chapitre 5:46). Et que
faisaient-ils de tout ce que Jésus leur avait dit au chapitre précédent, où non
seulement Dieu avait parlé à Jésus, mais où il parlait en lui ? On ne peut
rien contre la volonté de ceux qui refusent de croire, puisque le seul moyen
d’avoir la foi est d’écouter la parole de Dieu.
L’aveugle d’autrefois
est maintenant compté par les pharisiens au nombre des disciples de Christ. Ils
ne se trompent pas ; leurs injures auront pour effet de lui faire rendre
un témoignage encore plus précis, qu’ils ne pourront supporter. «L’homme
répondit et leur dit : En ceci pourtant il y a une chose étrange, que vous
ne sachiez pas d’où il est, et il a ouvert mes yeux. Or, nous savons que Dieu
n’écoute pas les pécheurs ; mais si quelqu’un est pieux envers Dieu et
fait sa volonté, celui-là il l’écoute. Jamais on n’ouït dire que quelqu’un ait
ouvert les yeux d’un aveugle-né. Si celui-ci n’était pas de Dieu, il ne
pourrait rien faire» (v. 30-33). Plus haut l’homme guéri dit aux pharisiens
qu’il ne savait pas si Jésus était un pécheur ; mais ici, il leur donne
les preuves qu’il ne l’était pas, puisqu’il avait opéré un miracle avec la
puissance de Dieu, qui n’est pas à la disposition d’un pécheur, car Dieu
n’écoute pas les pécheurs. Il se porte donc garant que Jésus faisait la volonté
de Dieu et qu’il était de Dieu. Bientôt il apprendra qu’il est le Fils de Dieu.
Sous l’effet de la
haine des Juifs, la foi et la connaissance de cet homme se développent de
manière à le caractériser comme disciple de Jésus. Aussi ils ne peuvent plus le
supporter et lui disent : «Tu es entièrement né dans le péché et tu nous
enseignes ! et ils le chassèrent dehors» (v. 34). Jésus avait dit, de
l’aveugle, à ses disciples : «Ni celui-ci n’a péché ni ses parents pour
qu’il soit né aveugle». Tandis que les pharisiens attribuent sa cécité à ses
péchés pour mépriser le témoignage qu’il rend à Jésus, la foi plaçait cet homme
bien au-dessus d’eux et le rendait capable de les enseigner. Ses paroles, comme
celles de Jésus, atteignaient leur conscience, et pour se donner l’illusion de
la soulager, «ils le chassèrent dehors», là où se trouvait déjà Jésus, comme
résultat aussi de son témoignage fidèle.
«Jésus apprit qu’ils
l’avaient chassé dehors, et l’ayant trouvé, il lui dit : Crois-tu au Fils
de Dieu ? Il répondit et dit : Qui est-il, Seigneur, afin que je
croie en lui ? Et Jésus lui dit : Et tu l’as vu, et celui qui te
parle, c’est lui. Et il lui dit : Je crois, Seigneur ! Et il lui
rendit hommage» ( v. 35-38). Il ne paraît pas que Jésus ait revu l’aveugle
depuis qu’il l’avait envoyé se laver à Siloé. Il le laissa rendre son
témoignage qui devint de plus en plus clair à mesure que grandit l’opposition
des Juifs, mais le fait chasser là où le Seigneur l’attend, où il était avant
lui, hors de leur système religieux. Jésus ne l’avait pas perdu de vue ;
mais il attendait le moment opportun pour se révéler à lui comme l’objet dont
son cœur avait besoin. Il fallait, à une vue nouvelle, un objet nouveau, car
cette vue ne trouvait rien qui la satisfît dans le milieu dont son Seigneur
était exclu. Avec la lumière dont il jouissait il ne pouvait avoir que Christ
pour objet. Jésus le trouve, donc il l’avait cherché ; pensée
encourageante pour les nouveaux convertis qui ont à subir l’opprobre dans le
milieu où ils se trouvent. Le Seigneur s’occupe d’eux ; il veut leur
révéler toujours plus ce qu’il est, afin que dans leurs difficultés, la
connaissance de lui-même remplisse leur cœur de joie et de paix, et leur aide à
supporter les conséquences de leur nouvelle position. Lui seul peut satisfaire
les désirs de la nouvelle nature ; mais on ne peut en jouir qu’en dehors
du monde religieux dont le croyant ne fait plus partie.
À tout ce que
l’aveugle guéri connaissait de Jésus et dont il rendit témoignage aux
pharisiens, le Seigneur veut ajouter une connaissance plus grande de lui-même.
Il se présente à lui comme Fils de Dieu, objet de la foi qui rend victorieux du
monde dont le croyant n’est plus. «Qui est celui qui est victorieux du monde,
sinon celui qui croit que Jésus est le Fils de Dieu ? » dit le même apôtre
dans sa première épître, chap. 5:5. Cette connaissance est nécessaire pour
rendre parfaitement heureux celui qui n’a plus sa place dans le camp religieux,
d’où Jésus est rejeté. Le cœur de cet homme était préparé à apprendre tout ce
que Jésus voulait lui dire de lui-même. Aussi, lorsqu’il lui dit :
Crois-tu au Fils de Dieu ? », il s’empresse de lui dire : «Qui
est-il, Seigneur, afin que je croie en lui ? ». Dès qu’il apprend que
c’est Jésus lui-même, il croit et lui rend hommage. Pour le racheté le Sauveur
devient le Seigneur ; son amour divin s’est acquis tous les droits sur
lui. Cette seigneurie n’est pas imposée ; le cœur la reconnaît. Ce
Seigneur est le Fils de Dieu ; il devient l’objet infini, insondable du
cœur renouvelé ; il suffit pour traverser ce monde en étranger, pour avoir
la victoire sur tout ce qui le caractérise, parce que le cœur est occupé d’un
objet qui a infiniment plus de valeur que tout ce qui est dans le monde. Les
gloires et les perfections d’une telle personne le remplissent de manière à
exclure tout ce qui n’est pas de Christ. C’est de lui que les croyants seront
occupés dans le ciel, lorsque tout ce qui est de ce monde aura disparu ;
c’est pourquoi Jésus suffit pour détourner les regards de ces choses, avant
même qu’elles disparaissent.
Dans la réponse de
l’aveugle au Fils de Dieu : «Je crois, Seigneur ! et il lui rendit
hommage», nous trouvons tout ce qui caractérise la vie divine ; la foi,
«je crois», le Seigneur, la reconnaissance de ses droits qui implique
l’obéissance qui lui est due ; c’est ce qui doit caractériser la vie du
croyant, et l’hommage qui est dû au Fils de Dieu.
«Jésus dit :
Moi, je suis venu dans le monde pour le jugement, afin que ceux qui ne voient
pas, voient ; et que ceux qui voient deviennent aveugles» (v. 39). Jésus
ne parle pas ici de l’exécution du jugement ; il dit au contraire qu’il
n’est pas venu pour juger (voyez 3:17 et 12:47), mais la conséquence de sa
venue comme lumière manifeste l’état d’aveuglement de l’homme qui refuse cette
lumière, de ceux qui sont moralement aveugles. Ce jugement de ce qu’ils sont
n’avait jamais été porté sur eux, avant qu’ils eussent eu l’occasion de refuser
la lumière. Mais ceux qui reconnaissent leur état d’aveuglement moral, dont
l’aveugle-né était la figure, reçoivent Jésus et voient.
Quelques-uns des
pharisiens qui entendirent ces paroles en comprirent très bien le sens
figuré ; ils dirent à Jésus : «Et nous, sommes-nous aussi
aveugles ? Jésus leur dit : Si vous étiez aveugles, vous n’auriez pas
de péché ; mais maintenant vous dites : Nous voyons — votre péché
demeure» (v. 40, 41). Ces chefs religieux prétendaient voir et conduire les
autres, tandis qu’ils étaient aveugles. Ils offrent un tableau de leur état
dans leur discussion avec l’aveugle devenu voyant. Mais tout en ayant la
prétention de voir, ils demeurent aveugles ; leur péché, consistant à
rejeter la lumière venue dans la personne du Seigneur, demeurait. Cependant,
par la grâce de Dieu, s’ils reconnaissaient leur état et profitaient de la
venue de Jésus, ils verraient et leur péché ne leur serait pas compté puisque
Jésus était venu pour les délivrer de leur misérable état.
L’histoire de
l’aveugle-né introduit le sujet du chapitre suivant, qui nous parle du Berger.
Le véritable Berger d’Israël est Jésus ; il prend soin de ses brebis qui
ne peuvent trouver ce qui leur convient dans la bergerie juive, ainsi que nous
venons de le voir avec l’aveugle devenu une brebis du bon Berger. Jésus est
venu pour sortir les siens de cette enceinte et pour leur donner la liberté que
la grâce leur apporte.
Jésus commence les
enseignements de ce merveilleux chapitre en disant : «En vérité, en
vérité, je vous dis : Celui qui n’entre pas par la porte dans la bergerie
des brebis, mais qui y monte par ailleurs, celui-là est un voleur et un larron.
Mais celui qui entre par la porte, est le berger des brebis» (v. 1, 2).
La bergerie
représente Israël, séparé des autres peuples, parqué en dehors des nations
païennes. Dieu lui avait donné sa loi et beaucoup d’avantages spirituels et
matériels. Mais ce peuple privilégié fut bientôt corrompu ; ayant
abandonné la loi, il se plongea dans l’idolâtrie et tous les péchés qui
l’accompagnent. Aux jours où le Seigneur était ici-bas, on observait les formes
de la religion de Moïse depuis le retour de la captivité babylonienne ;
mais on manifestait une opposition violente à Jésus et à ses enseignements.
Cependant il y avait, dans ce milieu, ceux qui écoutaient le Seigneur et croyaient
en lui ; il les appelle ses brebis. Mélangés au peuple, ils étaient
gouvernés par des conducteurs, les chefs religieux de la nation, prétendus
bergers, qui s’occupaient davantage de leurs propres intérêts que de ceux des
brebis. Ézéchiel leur reproche leur conduite (chap. 34:1-10) et annonce, à
partir du verset 11, la venue d’un berger fidèle et plein d’amour pour les
brebis. On fera bien de lire ce chapitre en entier et avec attention. Ce berger
est Jésus, tel qu’il fut alors dans ce monde, mais aussi tel qu’il sera dans
les temps à venir, le véritable Roi-Berger du nouvel Israël. Durant toute
l’histoire de ce peuple et particulièrement à l’époque où le Seigneur était sur
la terre, on vit des hommes s’attribuer les fonctions de berger, mais sans
amour pour les brebis, ne cherchant dans la position qu’ils prenaient que leurs
propres intérêts (voir Ézéchiel 34:3 à 6, 8, 10, 19 ; Zacharie 11:4,
5 ; ces passages décrivent précisément l’état de choses tel qu’il existait
au temps de Jésus). Aucun de ces hommes n’avait été établi par Dieu ;
aucun ne portait les caractères requis par lui pour être berger. Dieu, qui est
le portier, n’avait pu leur ouvrir la porte ; ils s’étaient introduits par
ailleurs, établis eux-mêmes ; ils portaient les caractères de voleurs.
Enfin le Berger promis arriva. Jésus vint au milieu de son peuple en suivant le
chemin indiqué à l’avance par les Écritures et portant les caractères annoncés
par les prophètes. À lui le portier ouvrit. Mais on remarquera que, lorsqu’il
entre, ce n’est pas pour paître les brebis dans la bergerie, enclos ou bâtiment
qui les abrite et les garantit des dangers auxquels elles sont exposées, en
Orient surtout, où les bêtes sauvages guettent leur proie durant la nuit. Pour
paître les brebis, il faut les conduire dehors. Jésus dit de celui qui entre
par la porte — et c’est lui-même — «À celui-ci le portier ouvre ; et les
brebis écoutent sa voix ; et il appelle ses propres brebis par leur nom,
et les mène dehors (v. 3). Voilà une œuvre toute nouvelle.
Les brebis écoutent la
voix du berger ; c’est ce qui seul leur donne le caractère de brebis. Le
berger connaît leur nom et les mène dehors, la bergerie juive n’étant plus le
lieu où les véritables brebis peuvent rester, nous l’avons vu avec
l’aveugle-né. Jusque-là personne n’avait le droit de la quitter, et même
beaucoup de brebis juives ont eu grand-peine à s’y résoudre ; on voit,
dans le livre des Actes, nombre de chrétiens montrer du zèle pour la loi qui
cependant ne leur avait pas donné la vie ; mais ce n’est pas le sujet traité
ici. Ce que le Seigneur affirme, au contraire, c’est que les brebis écoutent sa
voix, puisqu’il les a appelées par leur nom, ce qui montre qu’il connaît
parfaitement chacune d’elles. «Et quand il a mis dehors toutes ses propres
brebis, il va devant elles ; et les brebis le suivent, car elles
connaissent sa voix ; mais elles ne suivront point un étranger, mais elles
s’enfuiront de lui, parce qu’elles ne connaissent pas la voix des étrangers.
Jésus leur dit cette similitude ; mais ils ne comprirent pas ce que
c’était qu’il leur disait» (v. 4-6). Les brebis commencent par écouter la voix
du berger ; elle parle à leur cœur, gagne leur confiance, ce qui les
engage à le suivre hors du milieu qui lui est opposé, où elles ne trouvent ni
pâture, ni liberté. Une fois dehors, le berger va devant elles pour les
conduire ; elles le suivent. Il ne requiert d’elles que d’écouter sa voix
et de le suivre. Une chose ne va pas sans l’autre. Il se charge de leur trouver
les gras pâturages et les eaux paisibles dont parle le Psaume 23. Jamais les
brebis n’ont le souci de chercher leur nourriture, lorsqu’elles sont conduites
par un berger attentif à tous leurs besoins. Elles ne suivent point un
étranger, parce qu’elles ne connaissent pas sa voix et savent discerner celle du
berger. La pécheresse du chapitre 7 de Luc, par exemple, avait trouvé dans le
Seigneur la voix de la grâce qui ne s’était fait entendre à personne
jusqu’alors : «Ta foi t’a sauvée, va-t-en en paix». Supposons qu’un chef
du peuple, prétendu berger en Israël, lui eût dit : «Si tu ne fais pas ce
que la loi commande, tu ne peux être sauvée», elle aurait bien vite discerné
que cette voix n’était pas celle du bon berger qui avait rempli son cœur de
paix, de joie et de reconnaissance. L’aveugle du chapitre précédent avait bien
compris que les voix des pharisiens étaient tout autres que celle qui lui avait
dit : «Va, et lave-toi au réservoir de Siloé». Le Seigneur ne demande de
ses brebis aucune capacité, sinon celle d’écouter sa voix pour le suivre.
Puissions-nous être
toujours mieux exercés à connaître cette voix dans les temps où nous vivons,
car beaucoup de voix étrangères se font entendre, quelques-unes imitant d’assez
près celle du bon berger pour que les brebis se laissent tromper. Remarquons
que le Seigneur ne dit pas que les brebis doivent
le suivre, mais qu’elles le suivent, qu’elles
connaissent sa voix, mais non celle des étrangers, qu’elles s’enfuient d’eux.
Il donne les vrais caractères des brebis ; c’est à chacun des croyants de
se demander s’il les réalise. Pour le faire, il faut apprécier la grâce que le
Seigneur est venu apporter, et apprendre toujours mieux à le connaître.
Nous venons de voir
que la bergerie est Israël, le berger, Jésus, et le portier, qui ouvre la porte au vrai
berger, est Dieu. Dans les versets qui suivent, nous verrons Jésus sous le
caractère de porte pour introduire
les brebis dans un nouvel état de choses.
«En vérité, en vérité, je vous dis que moi je suis la porte des brebis.
Tous, autant qu’il en est
venu avant moi, sont des voleurs et des larrons ; mais les brebis ne les
ont pas écoutés. Moi, je suis la porte : si quelqu’un entre par moi, il
sera sauvé ; et il entrera et il sortira, et il trouvera de la pâture» (v.
7-9). Dieu avait ouvert la porte de la bergerie au vrai berger, pour en faire
sortir ses brebis qui, en Israël, étaient sous la malédiction de la loi ;
maintenant il fallait une porte pour les faire entrer dans le nouvel état de
choses, le christianisme, qui n’est pas une bergerie, mais où les croyants
forment un troupeau. Christ lui-même est la porte ; c’est par lui qu’on
entre ; nul ne peut être sauvé par un autre moyen ; il s’agit de cela
avant tout, car le fait d’être Juif ne sauve pas, pas plus que celui de n’être
chrétien que de nom. Puis, par cette porte, il entrera et il sortira, ce qui ne
veut pas dire que l’on peut entrer et sortir du christianisme ; mais que
la brebis jouit d’une pleine liberté — que la loi ne donnait pas, pas plus
qu’elle ne donnait le salut — et d’une nourriture abondante, ce que le Psaume
23 présente avec tant de beauté : «Il me fait reposer dans de verts
pâturages, il me mène à des eaux paisibles. Il restaure mon âme ; il me
conduit dans des sentiers de justice, à cause de son nom». Les gras pâturages
représentent les bénédictions spirituelles, toutes concentrées dans la personne
de Christ. Hors de lui, c’est le désert, qui ne fournit rien pour la brebis.
Tous ceux qui étaient
venus avant Jésus n’étaient que des voleurs et des larrons, et les brebis ne
les ont pas écoutés. Les voleurs et les larrons s’approprient ce qui ne leur
appartient pas, mais il y a une nuance entre eux. Le voleur prend chaque fois
qu’il le peut, par violence s’il le faut. Le larron agit en cachette. Le voleur
est encore signalé au verset 10, pour faire ressortir la manière d’agir du
véritable berger : «Le voleur ne vient que pour voler, et tuer, et
détruire ; moi, je suis venu afin qu’elles aient la vie, et qu’elles
l’aient en abondance». Avec le vrai berger, la brebis possède la vie, ainsi que
la nourriture, la liberté et la sécurité. Il donnait la vie aux brebis qu’il
trouvait dans la bergerie juive ; mais il voulait qu’elles l’eussent en
abondance. Pendant que Jésus était ici-bas, ceux qui allaient à lui avaient la
vie, parce qu’il était la vie ; mais pour avoir la vie en abondance, il
fallait que Christ passât par la mort et qu’il ressuscitât. Une fois
ressuscité, au milieu de ses disciples, il souffla en eux l’Esprit Saint, non
comme personne, mais comme vie qui, en lui, venait de passer par la mort et la
résurrection. À la Pentecôte, le Saint Esprit tomba sur les disciples assemblés
et dès lors ils eurent la vie en abondance. On comprend que cette vie-là ne
pouvait être reçue avant la résurrection de Christ. Auparavant et dès le
commencement, tous les croyants étaient vivifiés ; ils possédaient la vie
de Dieu ; ils en ont montré de beaux fruits ; mais ils ne pouvaient
distinguer en eux la vieille et la nouvelle nature, parce que la vie n’avait
pas été manifestée, dans la personne de Christ, venu dans ce monde pour révéler
le Père, car c’est la connaissance du Père et du Fils qui caractérise la vie
éternelle (chap. 17:3).
Au verset 11, le
Seigneur se nomme le bon berger en
contraste avec les mercenaires, autre
caractère de ceux qui prétendaient paître les brebis juives. «Moi, je suis le
bon berger : le bon berger met sa vie pour les brebis ; mais l’homme
qui reçoit des gages, et qui n’est pas le berger, à qui les brebis n’appartiennent
pas en propre, voit venir le loup, et laisse les brebis, et s’enfuit ; et
le loup les ravit, et il disperse les brebis. Or l’homme à gages s’enfuit,
parce qu’il est un homme à gages et qu’il ne se met pas en souci des brebis»
(v. 11-13). Le bon berger ne pense pas à lui-même. Venu pour ses brebis, elles
lui appartiennent en propre. On peut confier un troupeau à un berger payé pour
le soigner ; mais dès qu’il se voit exposé au même danger que les brebis,
il ne pense qu’à sa propre sécurité et abandonne le troupeau, parce qu’il ne
lui appartient pas. Jésus prend le titre de «bon berger» lorsqu’il parle de
mettre sa vie pour ses brebis, et non seulement de prendre soin d’elles. Son
amour est si grand qu’il ne tient aucun compte de sa vie, pourvu que ses brebis
ne périssent pas lorsque vient le loup. C’est ce que le Seigneur a fait en
allant à la croix. Il fallait nécessairement sa mort pour qu’elles eussent la
vie ; mais Jésus fait ressortir ici qu’au lieu de s’épargner, il met sa
vie pour ses brebis sans défense. Nous avons un exemple de cela en David :
lorsqu’il gardait le menu bétail de son père, il délivra le mouton en tuant
l’ours et le lion (1 Sam. 17:34, 35).
En Gethsémané, le
Seigneur eut à faire avec celui que le loup représente, Satan, qui aurait voulu
la perte des brebis. Croyant faire reculer le Sauveur en présence de la mort
par laquelle il allait être vaincu, le diable lui en présenta toute l’horreur.
Mais l’amour du bon berger triompha. Il marcha à la mort, le loup redoutable
fut vaincu et les brebis délivrées de la mort éternelle. Jésus dit à ceux qui
venaient s’emparer de lui, au moment de son arrestation : «Si donc vous me
cherchez, laissez aller ceux-ci» (chap. 18:8). Un tel amour touche profondément
tous ceux qui en sont les objets, afin de les rendre toujours plus sensibles à
sa voix pour l’écouter, le suivre et l’honorer. La jouissance de cet amour rend
aussi capable de discerner les voix étrangères qui cherchent à égarer les
brebis.
Plus le Seigneur
avance dans son discours touchant ses brebis, plus il fait ressortir ce qu’il
est pour elles, ce qu’elles sont pour lui et tous leurs avantages. «Moi, je
suis le bon berger», dit-il, «et je connais les miens et je suis connu des
miens, comme le Père me connaît et moi je connais le Père ; et je mets ma
vie pour les brebis» (v. 14, 15). Le bon berger connaît les siens ; cela
donne une confiance illimitée en lui ; il les connaît non seulement par sa
toute-science, mais par l’intérêt que leur porte son grand amour, toujours en
activité pour chacun. Il affirme avec certitude que les brebis le connaissent.
Comment en serait-il autrement, si l’on jouit de son grand amour ? Le
Seigneur ne suppose pas qu’il y ait affaiblissement ou défaillance dans cette
connaissance ; il dit ce qui le caractérise lui et les siens, sans parler
de la manière dont les brebis réalisent cette connaissance. De son côté à lui,
tout est toujours parfait. Dans quelle mesure cette connaissance est-elle
réciproque ? Comme le Père le connaît, et comme il connaît le Père. Une
communion parfaite s’établit entre le berger et les brebis, comme entre lui et
son Père. Le bon berger met sa vie pour que la chose ait lieu. Une pareille
position, une relation aussi bénie dépassent infiniment tout ce que les brebis
laissaient dans le milieu juif d’où elles étaient sorties, et tout ce que le
croyant abandonne aujourd’hui dans le monde dont il ne fait plus partie.
Dès la mention faite
de la mort de Jésus, on voit apparaître l’accomplissement des conseils de Dieu
selon lesquels les croyants de toutes les nations seraient amenés à posséder
des bénédictions célestes et éternelles. Jésus dit : «J’ai d’autres brebis
qui ne sont pas de cette bergerie ; il faut que je les amène, elles
aussi ; et elles écouteront ma voix, et il y aura un seul troupeau, un
seul berger». Le Seigneur ne voulait pas un troupeau juif seulement, mais un
troupeau composé de tous ceux qui écoutent sa voix et auxquels il donne la
vie ; ces autres brebis sont les croyants appelés du milieu des gentils,
œuvre qui s’accomplit par le ministère des apôtres et se poursuit jusqu’à
maintenant. Jésus l’avait commencée lui-même en évangélisant les Samaritains au
chapitre 4. Toutes ces brebis portent le même caractère ; elles écoutent
la voix du bon berger. Bien que composé d’éléments divers, ce troupeau serait un, parce qu’il vivrait sous les soins
et sous la conduite du seul berger et posséderait la même vie. Si l’on écoute
sa voix, il est impossible que les uns soient dirigés d’une manière et les
autres d’une autre ; c’est pourtant ce qui est arrivé. Lorsqu’on entend un
chrétien dire : «Moi, je vois ainsi», un autre : «Moi, je vois
autrement», et qu’ils marchent, chacun selon ses vues, on peut se demander quel
cas on fait de la voix du bon berger. Il y a méconnaissance complète de sa
pensée ; ainsi se produisent les nombreuses divisions dans le seul
troupeau qui cependant est un, car
Jésus dit : «Il y aura un seul troupeau, un seul berger». C’est un fait
absolu ; pour le réaliser, il suffit d’écouter la voix du seul berger. Si
l’on ne peut la discerner, c’est parce qu’on a abandonné l’autre caractère de
la brebis, indiqué au verset 5 : «Elles ne connaissent pas la voix des
étrangers». Aujourd’hui beaucoup courent écouter chaque voix qui se fait
entendre ; on s’estime capable de connaître les voix étrangères ; au
lieu de les discerner et de les fuir, on les prend pour celle du bon berger,
qui, malgré toutes les difficultés apparentes, se reconnaît parfaitement, à
condition de ne pas faire valoir sa propre volonté et de le suivre dans le
chemin de l’obéissance qui sort du monde et des organisations religieuses
humaines, pour se plier à la volonté de Dieu.
Jusqu’ici Jésus a
présenté son amour pour ses brebis ; cet amour devient pour elles le motif
de l’aimer. «Nous l’aimons parce que lui nous a aimés le premier» (1 Jean
4:19). Au verset 17, Jésus élève ses yeux bien au-dessus de ce qui concernait
ses brebis et pense à ce que son œuvre sera pour son Père. Le Fils était aimé
du Père dont il faisait les délices éternelles (voir Prov. 8:30) ; mais
ici il fournit à son Père un nouveau motif de l’aimer. Dès avant les temps,
Dieu avait formé le plan merveilleux d’avoir des hommes parfaits et
parfaitement heureux, sur une terre nouvelle, dans la connaissance de lui-même,
amour et lumière, comme objets de sa pure grâce. Mais où les prendre ?
Garder Adam et ses descendants dans l’innocence ne répondait pas à de tels
conseils ; ils n’auraient jamais connu l’amour de Dieu, la grâce qui
pardonne au pécheur, ôte ses péchés et le place devant lui, saint et
irréprochable en amour, dans la relation d’un enfant bien-aimé. Adam et Ève ne
connaissaient ni le bien, ni le mal, dans leur état d’innocence ; ils ne
pouvaient donc pas jouir de l’amour d’un Dieu qui pardonne au coupable, ni de
la relation d’enfant du Dieu qui est amour et lumière, révélé comme Père dans
la personne de son Fils. Ils ne pouvaient jouir de la vie éternelle ; pour
cela il faut connaître le Père et le Fils. Nous savons qu’au lieu d’engendrer
des enfants innocents, Adam devenu pécheur n’engendra que des pécheurs,
désobéissants à Dieu, ennemis de Dieu et par conséquent passibles du jugement
éternel, selon la justice du Dieu saint offensé. Ils ne pouvaient entrer dans
la présence de Dieu ; sa justice et sa sainteté les tenaient à une
éternelle distance de lui, dans les ténèbres de dehors. Mais Dieu est amour. Il
voulait faire connaître cet amour ; mais comme il est juste et saint, et
qu’il avait prononcé le jugement sur cette race coupable, il devait l’exécuter.
Si c’était sur les hommes, tous étaient perdus. Alors Jésus vint dans ce monde,
homme parfait, sans péché, et, par ce fait, apte à subir, à la place des
coupables, le jugement qu’ils avaient mérité. Il donne sa vie ; il porte
sur la croix tout le poids de la colère de Dieu. Il met fin, par sa mort, à
toute l’histoire de l’homme pécheur en répondant aux exigences de la nature
divine. Une fois tout accompli, il reprend sa vie en ressuscitant d’entre les
morts et place en lui, devant Dieu, l’homme autrefois pécheur et perdu dans
l’état dans lequel Dieu voulait l’avoir de toute éternité. Dès lors Dieu fut
libre de donner cours à son amour infini envers des pécheurs, du moment que sa
justice était satisfaite. Tous les conseils de Dieu peuvent s’accomplir. À qui
Dieu doit-il de pouvoir agir de cette manière ? À son Fils bien-aimé qui,
en laissant sa vie, l’a pleinement glorifié. Les croyants comprennent cette
parole de Jésus : «À cause de ceci le Père m’aime ; c’est que moi je
laisse ma vie, afin que je la reprenne». Qui peut comprendre cet amour du Père
pour son Fils qui a accompli l’œuvre grâce à laquelle il peut réaliser ses
pensées d’amour, si chères à son cœur de toute éternité ? Et nous, ses
heureux rachetés, quels motifs n’avons-nous pas d’aimer Dieu, le Père, qui
avait ces pensées envers nous, et le Fils, le Sauveur, le Bon Berger, qui a
rendu possible leur accomplissement, en se présentant à son Dieu et en disant :
«Voici, je viens, ô Dieu, pour faire ta volonté» ?
Si Jésus pense à ses
brebis, il donne sa vie pour elles ; s’il pense à son Père, c’est pour le
glorifier en laissant sa vie pour la reprendre ; il fait tout cela par obéissance à son Père. «Il est devenu
obéissant jusqu’à la mort, et à la mort de la croix» (Phil. 2:8). Jésus dit (v.
18) : «Personne ne me l’ôte, mais moi, je la laisse de moi-même ;
j’ai le pouvoir de la laisser, et j’ai le pouvoir de la reprendre ; j’ai
reçu ce commandement de mon Père». Quelle gloire que celle de cet homme
divin ! Il est obéissant ; mais qui aurait eu la capacité d’accomplir
un pareil acte d’obéissance, sinon le Fils de Dieu ? Pour donner sa vie,
il est absolument indépendant des hommes ; nous avons vu souvent dans cet
évangile, et nous le verrons tout à l’heure, que les Juifs voulaient le prendre
pour le faire mourir, mais ils ne le purent pas. Ils le prendront, il est vrai,
mais lorsqu’il se donnera. Personne ne pouvait lui ôter la vie ; il la
laissait de lui-même. Lorsque tout fut accompli sur la croix, il dit :
«Père, entre tes mains, je remets mon esprit». Il obéissait en mourant, comme
il l’avait fait tout le long de son ministère. Il avait le pouvoir de laisser
sa vie. Qui, sinon cet homme divin, aurait eu le pouvoir de laisser sa
vie ? Mais il le fait par obéissance. Il a aussi le pouvoir de la
reprendre ; il ne le fait pas de son propre chef ; il a reçu ce
commandement de son Père. Il avait dit aux Juifs (chap. 2:19) : «Détruisez
ce temple, et en trois jours je le relèverai». Lorsqu’il fut ressuscité, ses
disciples se souvinrent de ces paroles : il parlait du temple de son
corps. Toute la vie de Jésus fut un acte d’obéissance, de même que sa mort et
sa résurrection.
Dans cet évangile, où
la gloire divine de Jésus ressort comme nulle part ailleurs, son obéissance, sa
dépendance ressortent aussi dans toute leur perfection, et inséparables de sa
divinité. Quel mystère glorieux et insondable que celui de l’union de la
divinité et de l’humanité dans la personne de Jésus, que notre salut rendait
nécessaire !
À l’ouïe de ces
merveilleuses paroles, il y eut de nouveau de la division chez les Juifs ;
plusieurs d’entre eux disaient : «Il a un démon, et il est fou ;
pourquoi l’écoutez-vous ? D’autres disaient : Ces paroles ne sont pas
d’un démoniaque ; un démon peut-il ouvrir les yeux des
aveugles ? » (v. 20, 21). Les choses les plus glorieuses, devant
lesquelles l’âme reste en contemplation et adore, passent pour folie et pour
paroles de démons. Tel est l’homme naturel ! Il ne reçoit pas les choses
de Dieu ; elles sont «folie pour ceux qui périssent». Combien cette
déclaration de Paul est solennelle ! Il périt, celui qui
traite de folie les choses de Dieu.
«Or la fête de la
Dédicace se célébrait à Jérusalem, et c’était en hiver. Et Jésus se promenait
dans le temple, au portique de Salomon (v. 22, 23). Ce n’était pas une des
fêtes instituées par Moïse et dont nous avons parlé au chap. 7. Le roi de
Syrie, Antiochus Épiphane, cruel persécuteur des Juifs, avait profané le temple
d’une manière outrageante. Après sa mort, au temps des Macchabées, le temple
fut purifié et le service rétabli. À cette occasion, il y eut une grande fête
qui se célébrait dès lors chaque année au mois correspondant à décembre ;
c’est pourquoi il est dit que c’était en hiver.
Nous ne savons pas
exactement pourquoi Jésus se promenait le jour de cette fête, au portique de
Salomon où l’on trouve, en Actes 3:11, Pierre et Jean avec l’homme boiteux qui
avait été guéri. Jésus était le vrai Salomon ; le temple lui sera dédié un
jour (voir Ézéchiel 43:7 et Malachie 3:1). Pour le moment, il est le roi
rejeté. Les Juifs l’environnent et lui posent une question qui dénote le
malaise de leur conscience, en présence des faits leur prouvant ce qu’ils
niaient ; car l’incrédulité ne donne pas de repos. C’est elle qui tenait
leur âme en suspens, et non Jésus ; car ils luttaient contre leur
conscience avec la volonté bien arrêtée de ne pas le recevoir. «Jusques à quand
tiens-tu notre âme en suspens ? » disent-ils. «Si toi, tu es le
Christ, dis-le-nous franchement. Jésus leur répondit : Je vous l’ai dit,
et vous ne croyez pas. Les œuvres que moi je fais au nom de mon Père, celles-ci
rendent témoignage de moi ; mais vous, vous ne croyez pas, car vous n’êtes
pas de mes brebis, comme je vous l’ai dit» (v. 24-26). Les paroles de Jésus au
chapitre 8, ses œuvres (chap. 5 et 9) ne pouvaient rendre un plus éclatant
témoignage à ce qu’il était ; mais les Juifs ne voulaient pas
croire ; il n’y avait aucune utilité à déclarer qu’il fût le Christ, dès
le moment qu’on n’acceptait pas ces témoignages. Le temps était passé pour les
Juifs comme peuple. N’étant pas des brebis du bon berger, ils ne croyaient pas.
Leur incrédulité
donne au Seigneur l’occasion de faire ressortir encore une fois les caractères
des brebis et la beauté de leurs privilèges. Il laisse les Juifs et s’occupe
des siens. «Mes brebis écoutent ma voix», dit-il, «et moi je les connais, et
elles me suivent, et moi, je leur donne la vie éternelle, et elles ne périront
jamais ; et personne ne les ravira de ma main. Mon Père, qui me les a
données, est plus grand que tous, et personne ne peut les ravir de la main de
mon Père. Moi et le Père, nous sommes un» (v. 27-30).
Puisque Jésus
rappelle ce qui caractérise ses brebis, il n’est pas superflu de considérer ses
paroles. Premier caractère : elles écoutent sa voix ; les Juifs
incrédules ne l’écoutaient pas. Souvenons-nous toujours, si nous sommes une
brebis de Jésus, qu’il dit de nous : «Elles écoutent sa voix». Comme
réponse à ce caractère, Jésus dit «et moi,
je les connais» ; il emploie le double pronom pour renforcer son
affirmation : précieuse déclaration pour le cœur. Le bon berger connaît
chacune de ses brebis ; il a mis sa vie pour elles ; avec le même
amour il prend connaissance de tout ce qui les concerne. Ensuite : «Elles
me suivent». À cela Jésus répond : «Et moi, je leur donne la vie
éternelle», une vie alimentée sans cesse par la connaissance du Père et du
Fils. En conséquence : «Elles ne périront jamais». Une autre garantie,
pour ainsi dire, qu’elles ne périront jamais, c’est qu’elles sont dans la main
de celui qui a mis sa vie pour elles ; personne ne peut les en arracher.
Puis son Père, qui les lui a données pour les amener dans une pareille
bénédiction, est plus grand que tous ceux qui pourraient s’opposer à
elles ; donc personne ne peut les ravir de la main de son Père. Il y a
unité parfaite entre le Père et le Fils au sujet des brebis, comme en toutes
choses : «Moi et le Père, nous sommes un». Plus le rejet de Jésus
s’accentue, plus sa gloire divine resplendit. La sécurité des brebis est donc
parfaite. Se sachant entre les mains du Père et du Fils, que
craindraient-elles !
Si quelqu’un, en
lisant ces lignes, n’avait pas la certitude d’être une brebis du bon berger,
qu’il s’empresse d’écouter sa voix pour jouir d’une si belle part, présente et
éternelle.
Sept fois l’évangile
de Jean nous rapporte que les Juifs cherchaient à faire mourir Jésus. L’esprit
de Dieu indique, par ce fait, la perfection de leur persévérance à se défaire
de lui (chap. 5:16 et 18 ; 7:1 et 30 ; 8:59 ; 10:31 et 39 ;
11:53). «Les Juifs donc levèrent encore des pierres pour le lapider. Jésus leur
répondit : Je vous ai fait voir plusieurs bonnes œuvres de la part de mon
Père : pour laquelle de ces œuvres me lapidez-vous ? » (v. 31,
32). Le Seigneur avait accompli beaucoup d’œuvres ; l’apôtre dit, à la fin
de cet évangile, que, écrites une à une, il ne pense pas que le monde pourrait
contenir les livres qui en renfermeraient le récit. Mais les œuvres auxquelles
le Seigneur fait allusion sont celles par lesquelles les Juifs devaient
reconnaître qui il était. Notre évangile rapporte tous les miracles qui
caractérisaient ses enseignements et mettaient en lumière la vérité. Les Juifs
répondirent : «Nous ne te lapidons pas pour une bonne œuvre, mais pour
blasphème ; et parce que toi, étant homme, tu te fais Dieu» (v. 33).
Cependant, au chapitre 5:16, ils veulent le faire mourir, parce qu’il avait
guéri un infirme le jour du sabbat. Jésus tire des écritures la preuve qu’il ne
blasphémait point en s’appelant Fils de Dieu ; il cite le Psaume 82:6.
«N’est-il pas écrit dans votre loi : «Moi j’ai dit : Vous êtes des
dieux ? » S’il appelle dieux ceux auxquels la parole de Dieu est
venue (et l’écriture ne peut être anéantie), dites-vous à celui que le Père a
sanctifié, et qu’il a envoyé dans le monde : Tu blasphèmes, parce que j’ai
dit : Je suis le Fils de Dieu ? (v. 34-36). Les hommes appelés
«dieux» dans le Psaume 82 sont les juges établis par Dieu au milieu du peuple,
ses représentants. Mais, infidèles dans leur service et n’ayant pas agi selon
Dieu, après leur avoir dit (v. 6) : «Vous êtes des dieux, et vous êtes
tous fils du Très-Haut», il ajoute (v. 7) : «Mais vous mourrez comme un
homme, et vous tomberez comme un des princes». Or si Dieu appelle dieux des
hommes auxquels il avait confié l’autorité au milieu de son peuple, pouvait-on
refuser le titre de Fils de Dieu, à celui que «le Père a sanctifié»,
c’est-à-dire mis à part avant que le monde fût, pour accomplir sa volonté, et
qu’il avait envoyé au temps convenable ? Était-ce un blasphème de sa
part ? Dieu lui-même n’avait-il pas déclaré deux fois qu’il était son Fils
bien-aimé ? (Matthieu 3:17 et 17:5).
Jésus leur dit
encore : «Si je ne fais pas les œuvres de mon Père, ne me croyez
pas ; mais si je les fais, alors même que vous ne me croiriez pas, croyez
les œuvres, afin que vous connaissiez et que vous croyiez que le Père est en
moi, et moi en lui» (v. 37, 38). Les œuvres propres de Jésus portaient le
cachet divin de son Père. S’ils ne croyaient pas ses paroles, ils avaient, par
ses œuvres, la preuve qu’il ne pouvait être autre que le Fils de Dieu. Ils
prétendaient ne pas le lapider pour les bonnes œuvres qu’il faisait ;
c’était un non-sens, puisque ces œuvres-là prouvaient qu’ils portaient sur
Jésus un jugement faux. Ils avaient sous les yeux un double témoignage de leur
erreur, celui des Écritures, et ses œuvres, sans parler de ses paroles. Ils
auraient dû croire que le Père était en Jésus et lui dans le Père. Au lieu de
croire, «ils cherchaient donc encore à le prendre ; mais il échappa de
leur main et s’en alla encore au delà du Jourdain à l’endroit où Jean avait
baptisé au commencement, et il demeura là» (v. 39, 40). Jésus quitte le temple
pour franchir le Jourdain et laisse les Juifs sous les conséquences terribles
de leur incrédulité, car, avec la fin du chapitre 10, nous avons, d’après le
plan de cet évangile, la fin du ministère public de Jésus par lequel il
prouvait aux Juifs qui il était.
Les chapitres 11 et
12 présentent encore son activité, par laquelle Dieu rend un triple témoignage
à son Fils, puisque les Juifs ont rejeté le sien. Nous le voyons Fils de Dieu à la résurrection de
Lazare, Messie à son entrée à
Jérusalem comme roi (chap. 12:9-19) et fils
de l’homme lorsque les Grecs désirent le voir (v. 20-26). Dans les
chapitres 13 à 16, Jésus s’entretient avec ses disciples, au chapitre 17 avec
son Père ; puis vient la condamnation, la mort, la résurrection,
l’apparition de Jésus aux siens, avec un enseignement symbolique, et le
relèvement de Pierre.
Jésus retourne au
point d’où il était parti au début de son ministère, là où Jean baptisait au
commencement, et «demeura là», est-il dit. Il réalisait ce que dit la prophétie
d’Ésaïe 49:4 : «J’ai travaillé en vain, j’ai consumé ma force pour le
néant et en vain ; toutefois mon jugement est par devers l’Éternel, et mon
œuvre par devers mon Dieu» (*). Il exprime par
ces paroles que, pour Israël comme peuple, son ministère a été inutile, puisque
le peuple l’a rejeté. Israël sera sauvé plus tard, par la foi en celui qu’il a
rejeté. En attendant on peut encore venir à lui, bien que rejeté et demeurant
au delà du Jourdain, figure de la mort.
(*) Voyez la réponse
de Dieu à ces paroles au verset 6.
«Plusieurs vinrent à
lui, et ils disaient : Jean n’a fait aucun miracle ; mais toutes les
choses que Jean a dites de celui-ci étaient vraies. Et plusieurs crurent là en
lui» (v. 41, 42). Jésus est toujours le point d’attraction de ceux qui ont des
besoins, où qu’il se trouve. Mais lorsqu’il est rejeté de la masse, il faut
s’en séparer pour aller à lui. Ceux qui crurent en lui étaient des brebis qui
écoutaient sa voix. Ils crurent là en lui,
dans la position que la haine des Juifs lui avait faite. Il en va de même
aujourd’hui : le salut s’obtient par la foi en un Christ rejeté, mais qui
a pris place au delà de la mort en attendant que son peuple terrestre le
reçoive. Ceux qui allèrent à lui reconnaissaient le ministère de Jean le
baptiseur. Jean n’avait pas fait de miracles ; il était une voix, et ce
que cette voix avait dit de Jésus s’est réalisé. Il avait frayé le chemin pour
arriver à lui (chap. 1:23).
Il y a un mot très
caractéristique dans cet évangile, celui de croire,
qu’on y trouve quatre-vingt-dix-neuf fois. Quelle grâce merveilleuse de
Dieu ! Il a voulu mettre à la disposition de la foi tous les résultats
insondables de la venue de son Fils qui, par sa mort, a rendu possible et si
simple le salut de pauvres pécheurs tels que nous sommes tous par nature. Que
tous ceux qui auraient une tendance à raisonner sur les choses de Dieu,
cherchent tous les passages où le verbe «croire» se trouve et méditent sur sa
signification.
Près du Mont des
Oliviers, non loin de Jérusalem, se trouvait le village de Béthanie, où
habitaient Marthe, Marie et leur frère Lazare. Le Seigneur aimait à se retirer
dans cette famille ; l’affection dont il y jouissait rafraîchissait son
cœur continuellement attristé et broyé par l’incrédulité et la haine des Juifs.
Là, Marthe, toujours active, le servait avec dévouement et Marie, assise à ses
pieds, écoutait sa parole ; avec elle Jésus réalisait une communion qu’il
n’a goûtée avec aucun des siens à un degré si élevé. C’est aussi là que Jésus
se retirait pour la nuit dans les derniers temps de son séjour ici-bas,
repoussé de Jérusalem par la haine des Juifs (Matt. 21:17 ; Marc 11:11 ;
Luc 21:37), et, comme nous le verrons au chapitre 12, c’est là que Marie oignit
ses pieds d’un parfum de grand prix.
Cette famille, si
profondément attachée au Seigneur et non moins aimée de lui, fut affligée par
la maladie de Lazare. Jésus n’étant pas sur les lieux, Marthe et Marie lui
firent connaître leur douleur en disant «Seigneur, voici, celui que tu aimes
est malade». Elles ne lui disent pas de venir ; elles savent que l’amour
du Seigneur n’a pas besoin d’une invitation formelle, que la connaissance de leur
peine par cet ami divin, suffit pour qu’il s’empresse de venir guérir celui
qu’il aime. Elles ne se trompaient point en comptant sur lui : bel exemple
de la confiance que nous pouvons avoir dans un amour aussi parfait que celui de
Jésus. Mais les sœurs de Lazare, et nous aussi, devons apprendre que ce qui
dirigeait le Seigneur Jésus dans son service, n’était pas en tout premier lieu
son affection pour les siens, mais bien l’obéissance à son Père. Jésus était
l’homme parfait, le serviteur parfait, parce qu’il obéissait et accomplissait
toujours la volonté de Dieu. Dans les circonstances que traversait la famille
de Béthanie, ce n’était pas la volonté de Dieu que Jésus empêchât Lazare de
mourir ; une œuvre plus grande qu’une guérison devait s’accomplir afin que
la gloire de Dieu fût manifestée par la résurrection de Lazare, et que le Fils
de Dieu fût glorifié par elle ; pour cela, il fallait la mort de ce frère
aimé du Seigneur.
Lorsque Jésus eut
entendu le message des deux sœurs, il répondit : «Cette maladie n’est pas
à la mort, mais pour la gloire de Dieu, afin que le Fils de Dieu soit glorifié
par elle» (v. 4). Ce n’est donc pas par indifférence que Jésus ne partit pas
tout de suite ; il est dit au verset 5 : «Or Jésus aimait Marthe, et
sa sœur, et Lazare». Au-dessus de tout, Dieu devait être glorifié et voulait
glorifier son Fils par le triomphe de la vie sur la mort. En effet, quelle
gloire éclate devant ce tombeau pour le Fils de Dieu méprisé et haï des
hommes ! L’homme se trouvait sous l’empire de la mort, et Dieu voulait
montrer la puissance par laquelle il l’en délivrerait, ce qu’il ne pouvait pas
faire par une guérison ; c’est pourquoi il a envoyé son Fils dans ce
monde. Il lui a donné d’avoir la vie en lui-même, ainsi que Jésus le dit à propos
de la guérison de l’infirme de Béthesda au chapitre 5. «Car le Père aime le
Fils, et lui montre toutes les choses qu’il fait lui-même, et il lui montrera
des œuvres plus grandes que celles-ci, afin que vous soyez dans l’admiration.
Car comme le Père réveille les morts et les vivifie, de même aussi le Fils
vivifie ceux qu’il veut» (v. 20, 21). L’œuvre plus grande que la guérison de
l’infirme et de Lazare, c’est la résurrection d’entre les morts.
Après avoir appris la
maladie de Lazare, Jésus resta encore deux jours où il était. Lors même qu’il
ne répondait pas à l’appel des sœurs de Lazare, son cœur ne demeurait pas
indifférent à leur douleur, augmentée encore par le retard de son arrivée que,
sans doute, elles ne s’expliquaient pas. Dans son amour parfait, Jésus
souffrait de paraître insensible à leur peine ; mais au-dessus de tout, il
voulait obéir à son Dieu. N’avait-il pas dit en entrant dans le monde :
«Voici, je viens pour faire ta volonté» (Héb. 10:9) ? Quel exemple parfait
ne nous donne-t-il pas dans cette circonstance, comme dans tout ce qu’il
accomplit ! Nous devons toujours chercher à plaire à Dieu premièrement, en
lui demandant de connaître sa volonté, avant de nous laisser diriger par nos
affections, notre sympathie ou quelque circonstance que ce soit, car sa volonté
doit seule nous conduire dans le chemin de l’obéissance.
Les deux jours
passés, Jésus dit à ses disciples : «Retournons en Judée». Ne songeant
nullement à la peine de la famille de Béthanie, les disciples lui
répondirent : «Rabbi, les Juifs cherchaient tout à l’heure à te lapider,
et tu y vas encore ! Jésus répondit : N’y a-t-il pas douze heures au
jour ? Si quelqu’un marche de jour, il ne bronche pas, car il voit la
lumière de ce monde ; mais si quelqu’un marche de nuit, il bronche, car la
lumière n’est pas en lui» (v. 7-10). Pour Jésus, le temps dans lequel il
accomplissait la volonté de son Père ici-bas était le jour ; il allait en
avant sans broncher, sans se laisser détourner, pas plus par son attachement à
la famille de Béthanie que par la haine des Juifs, et la mort certaine qui
l’attendait. Non seulement il voyait la lumière comme homme obéissant, mais il
était la lumière de la vie. Si nous ne cherchons à faire que la volonté de
Dieu, nous aussi nous marcherons pratiquement dans la lumière, et rien ne
pourra nous en détourner.
Après cela, Jésus dit
à ses disciples : «Lazare, notre ami, s’est endormi ; mais je vais
pour l’éveiller». Ne comprenant pas que Jésus s’exprimât de cette manière en
parlant de la mort, les disciples lui dirent : «Seigneur, s’il s’est
endormi, il sera guéri». Ils ne comprenaient pas que, pour celui qui avait le
pouvoir de ressusciter les morts, la mort n’est qu’un sommeil, car pas plus que
Marthe et Marie, les disciples ne connaissaient Jésus comme la résurrection et
la vie. Jésus leur dit ouvertement : «Lazare est mort ; et je me
réjouis, à cause de vous, de ce que je n’étais pas là, afin que vous croyiez.
Mais allons vers lui» (v. 14, 15). Le Seigneur se réjouit en pensant aux
avantages que retireraient les disciples quand ils verraient la puissance de la
vie se déployer dans le domaine de la mort, ce qui les amènerait à croire en
lui non plus seulement comme Messie, mais comme Fils de Dieu venu pour apporter
la vie au sein de la mort dans laquelle tous les hommes se trouvaient et se
trouvent encore, tant qu’ils sont dans leur état naturel. Lazare mort en est la
figure.
Thomas, voyant que
son Maître était bien décidé d’aller en Judée, montre son amour pour lui en
disant : «Allons-y, nous aussi, afin que nous mourions avec lui». Dieu a
eu soin de nous faire connaître cette déclaration de Thomas, afin que nous
sachions que s’il montra de l’incrédulité à l’égard de la résurrection de
Jésus, il l’aimait néanmoins.
En arrivant à
Béthanie, Jésus trouva que Lazare était depuis quatre jours dans le sépulcre.
La mort avait accompli son œuvre, Jésus allait accomplir la sienne. Béthanie
étant près de Jérusalem d’environ quinze stades, à peu près trois kilomètres,
un certain nombre de Juifs étaient venus pour consoler Marthe et Marie, selon
les coutumes orientales ; mais circonstance dirigée par Dieu afin qu’il y
eût des témoins de la grande œuvre que le Seigneur allait accomplir (v. 17-19).
Marthe, apprenant que
Jésus approchait, alla au-devant de lui, tandis que Marie restait assise à la
maison. Toujours active et prompte à prendre la parole, Marthe dit à
Jésus : «Seigneur, si tu eusses été ici mon frère ne serait pas
mort ; mais même maintenant je sais que tout ce que tu demanderas à Dieu,
Dieu te le donnera» (v. 21, 22). C’était vrai ; si Jésus avait été
présent, il aurait guéri Lazare ; devant lui la mort ne pouvait s’emparer
de personne. Cependant Marthe a assez de confiance en celui qu’elle
reconnaissait comme le Christ, pour qu’il intervienne auprès de Dieu en leur
faveur. Jésus lui répondit : «Ton frère ressuscitera. Marthe lui
dit : Je sais qu’il ressuscitera en la résurrection, au dernier jour».
Marthe n’avait pas l’idée que Jésus possédât la puissance de vie en lui-même et
par conséquent le pouvoir de ressusciter les morts. Croyant à la résurrection
générale au dernier jour, mais non pas à la résurrection d’entre les morts,
elle ne recevait pas la consolation dont elle avait besoin ce jour-là.
Jusqu’alors, la présence de Jésus ne lui avait rien apporté de plus qu’à tout
Juif orthodoxe. Or Jésus était venu non seulement pour accomplir ce qui
concernait Israël, mais en faveur de tous les hommes. Il dit à Marthe :
«Moi, je suis la résurrection et la vie : celui qui croit en moi, encore
qu’il soit mort, vivra ; et quiconque vit, et croit en moi, ne mourra
point, à jamais. Crois-tu cela ? Elle lui dit : Oui, Seigneur, moi je
crois que tu es le Christ, le Fils de Dieu, qui vient dans le monde» (v.
25-27). Jésus annonce donc à Marthe qu’il est la résurrection et la vie, ce
qui, par la grâce de Dieu, répond à l’état de tout homme, car tous, Juifs et
gentils, étant pécheurs, sont sous le pouvoir de la mort. Pour les en sortir,
il ne suffit pas de les guérir, il faut la puissance qui délivre de la mort et
donne la vie. Jésus étant la résurrection et la vie, celui qui croit en lui,
quoique mort, vivra, sera ressuscité, et celui qui vit, qui se trouvera présent
dans son corps, ne mourra point à jamais : c’est ce qui aura lieu lorsque
le Seigneur Jésus viendra enlever l’Église et tous les saints endormis. Les
croyants délogés ressusciteront premièrement, et les vivants seront transmués,
sans passer par la mort. Quand Jésus apparaîtra en gloire pour établir son
règne, les témoins, morts entre l’enlèvement de l’Église et ce moment-là,
seront ressuscités. Ceux qui vivront encore après avoir traversé le temps
terrible de la grande tribulation, ne mourront pas ; ils jouiront du règne
de Christ sur la terre. Voilà les glorieuses vérités présentées à la foi de
Marthe dans les paroles et la personne de Jésus. Cela dépassait infiniment tout
ce qu’elle, et même sa sœur, avaient compris quant à la personne de Christ.
Lorsque Jésus lui dit : «Crois-tu cela ? » elle répond
simplement ce que sa foi avait saisi jusqu’alors, savoir que Jésus était le
Messie, le Fils de Dieu qui vient dans le monde. Ne se sentant pas capable de
soutenir plus longtemps une conversation pareille, elle comprend que ce que
Jésus lui dit s’adresse plus à Marie qu’à elle ; c’est pourquoi elle va
l’appeler. En réalité c’étaient les paroles du Seigneur qui appelaient celle
qui s’asseyait à ses pieds pour apprendre de lui. Chacun de nous peut faire une
expérience semblable. Lorsque nous ne nous sommes pas assez occupés de la
Parole, si l’on nous interroge sur les choses de Dieu, nous sentons bien vite
qui des nôtres est plus apte à répondre. Pour éviter une telle confusion, une
perte pour notre âme, il faut donner plus de temps à la Parole, s’asseoir,
comme Marie, aux pieds du Seigneur pour obtenir une part qui demeure, une
richesse pour l’éternité.
Marthe appelle
secrètement sa sœur ; celle-ci se lève promptement et vient à Jésus qui
l’attendait à l’endroit où Marthe l’avait rencontré. La voyant se hâter, les
Juifs crurent qu’elle allait au sépulcre et la suivirent. Marie se jeta aux
pieds de Jésus avec le respect que lui inspirait une connaissance plus profonde
et intime de sa personne. Elle lui dit, comme Marthe : «Seigneur, si tu
eusses été ici, mon frère ne serait pas mort» (v. 32). Malgré la supériorité de
Marie sur sa sœur quant à la connaissance de Jésus et à l’appréciation de sa
personne, pour l’une comme pour l’autre la douleur causée par la mort de leur
frère était la même ; la fin de tout ce dont on peut jouir dans la vie
présente, jusqu’à la résurrection au dernier jour. Mais pour les deux sœurs,
comme pour tous, la ressource est en Jésus. La résurrection et la vie étaient
là dans sa personne. Celui qui, à leur jugement, leur avait fait défaut au
moment opportun, sur la sympathie duquel elles comptaient encore, allait
dépasser infiniment tout ce qu’elles attendaient de lui. «Jésus donc, quand il
la vit pleurer, et les Juifs qui étaient venus avec elle, pleurer, frémit en
son esprit, et se troubla, et dit : Où l’avez-vous mis ? Ils lui
disent : Seigneur, viens et vois. Jésus pleura» (v. 33-35). En présence de
la douleur de Marie, Jésus ne l’enseigne pas comme il avait enseigné
Marthe ; il donne essor à sa sympathie dans une communion qui n’existait
qu’avec elle. Mais il y avait dans le cœur du Seigneur plus que la sympathie à
l’égard de Marthe et Marie dans le deuil ; il s’y ajoutait les sentiments
produits par l’effet de la mort sur les hommes incapables de se soustraire à ce
roi des terreurs. «Il frémit en son esprit, et se troubla». Lui-même, le Dieu
créateur, avait placé l’homme sur cette terre afin qu’il y fût heureux et qu’il
y vécût à toujours ; mais le péché étant entré dans ce monde et par le
péché la mort, l’homme se voit exposé aux terreurs de la mort, sans défense.
C’est au milieu de cet état de choses que se trouve Jésus, le Fils de Dieu,
afin de sortir l’homme de dessous la puissance de la mort. Nous le voyons, ici,
manifestant la puissance de vie qui est en lui ; mais nous savons que pour
faire valoir cette puissance envers tous les croyants, il devra lui-même subir
la mort, jugement de Dieu, pour en délivrer le pécheur. Il entrera dans la mort
pour en ressortir vainqueur, afin que, par la foi, tous participent à cette
victoire.
En attendant ce
moment, Jésus va montrer qu’il possède en lui-même la vie et toute la puissance
nécessaire pour délivrer l’homme des conséquences terribles et éternelles du
péché. Mais ce précieux Sauveur n’opère pas en puissance sans éprouver dans son
cœur toute la douleur causée par la mort, avec plus de réalité que ceux qu’elle
avait atteints. À sa question : «Où l’avez-vous mis ? » lorsque
les Juifs lui répondent : «Viens et vois», il pleura. «Viens et vois», ce
qu’est devenue ta créature. Telle était pour Jésus la signification de ces
paroles. Vois où est l’homme, le chef-d’œuvre de ta création ; vois où le
péché l’a plongé ; cet homme, sorti parfait d’entre tes mains, est en
putréfaction. Nous comprenons quelque peu, bien peu, tout ce qui accablait
l’esprit du Seigneur et ce qui oppressait son cœur devant cette scène, lui
capable d’apprécier divinement, avec un cœur humain, les choses telles qu’elles
sont dans leur réalité devant Dieu. «Jésus pleura. Les Juifs donc dirent :
Voyez comme il l’affectionnait. Mais quelques-uns d’entre eux dirent :
Celui-ci, qui a ouvert les yeux de l’aveugle, n’aurait-il pas pu faire aussi
que cet homme ne mourût pas ? » (v. 35-37). Chez tous, c’est la même
pensée à l’égard de Jésus ; ils ne voient en lui que le pouvoir de retarder
le jour de la mort et non la puissance victorieuse de la vie sur la mort, pour
en tirer l’homme.
Cette puissance était
là, dans la personne de Jésus, le Fils de Dieu, venu dans ce monde, sachant
quelle était la terrible condition dans laquelle sa créature se trouvait. Venu
pour sympathiser, pleurer et finalement délivrer, il a pleuré non seulement
parce que l’un de ceux qu’il affectionnait avait expiré, mais parce que tous
les hommes étaient sous l’empire de la mort.
Un fait digne de
remarque, qui rend le Seigneur si précieux au cœur de ceux qui passent par le
deuil, c’est de voir dans quelle attitude il se présente au tombeau de Lazare.
Ce n’est pas celle d’un vainqueur, quoiqu’il le fût ; c’est celle de
l’homme de douleur, qui entre de cœur dans les circonstances affligeantes de
ceux qu’il vient secourir. Il ne dit pas aux sœurs dans le deuil de ne pas
pleurer puisqu’il va ressusciter leur frère. Au contraire, il pleure avec
elles, et quoique la cause de ses pleurs dépassât infiniment celle de Marthe et
de Marie, il éprouvait tout ce qu’il y avait de douloureux pour elles, dans la
rupture des liens naturels que lui-même avait formés pour le bonheur de sa
créature. Le Seigneur a voulu faire connaître sa parfaite sympathie afin
qu’aujourd’hui, nous qui traversons la scène de ce monde où la mort vient
constamment frapper à notre porte et ravir quelqu’un de nos bien-aimés, nous
connussions tout ce qu’il est pour notre consolation en attendant le glorieux
moment de son retour. Nous connaissons ainsi un Homme dans le ciel, Jésus, qui
a pleuré sur cette terre en présence de la mort, qui a montré une sympathie
parfaite, aussi humaine que divine. Nous savons qu’il est le même ; la
gloire où il se trouve ne le distrait d’aucune circonstance douloureuse que traversent
ses bien-aimés. Il est le même aujourd’hui pour consoler tous ceux qui, dans le
deuil, ont recours à ce cœur compatissant. Aussi nous pouvons chanter, même au
sein du deuil, comme de toute affliction :
Quel bonheur de te
connaître,
Ô toi qui ne peux changer...
Même en la sombre
vallée,
Tu te tiens tout près
de moi,
Et mon âme est
consolée,
De se sentir avec
toi.
«Jésus donc,
frémissant encore en lui-même, vient au sépulcre (or c’était une grotte, et il
y avait une pierre dessus). Jésus dit : Ôtez la pierre. Marthe, la sœur du
mort, lui dit : Seigneur, il sent déjà, car il est là depuis quatre jours.
Jésus lui dit : Ne t’ai-je pas dit que, si tu crois, tu verras la gloire
de Dieu ? » (v. 38-40). L’état de corruption de Lazare ne sert qu’à
faire ressortir la puissance de vie de Jésus.
Au reste, il n’était
pas plus difficile au Seigneur de ressusciter un corps en voie de décomposition
qu’un corps qui ne l’était pas. Ceux qui mettent en doute que Dieu puisse faire
surgir de la poussière les corps qui y sont retournés depuis le commencement,
ne pensent pas qu’il est aussi facile à Dieu de rassembler la poussière de ceux
qui sont morts depuis des milliers d’années que de ressusciter un homme qui
vient d’expirer. En réponse à la remarque de Marthe, «il sent déjà», Jésus lui
rappelle que celui qui croit verra la gloire de Dieu en résurrection. En
attendant que sa puissance se déployât envers tous les croyants, la gloire de
Dieu allait être manifestée par la résurrection de Lazare. «Et Jésus leva les yeux
en haut et dit : Père, je te rends grâces de ce que tu m’as entendu. Or
moi je savais que tu m’entends toujours ; mais je l’ai dit à cause de la
foule qui est autour de moi, afin qu’ils croient que toi, tu m’as envoyé. Et
ayant dit ces choses, il cria à haute voix : Lazare, sors dehors ! Et
le mort sortit, ayant les pieds et les mains liés de bandes ; et son
visage était enveloppé d’un suaire. Jésus leur dit : Déliez-le, et
laissez-le aller» (v. 41-44). Il ne fut pas nécessaire de le délier avant de le
ressusciter ; la puissance vivifiante de Jésus le fit sortir tel qu’il
était. Mais une fois vivant, pour qu’il pût marcher, il fallut le délier.
On voit ici, comme
toujours dans cet évangile, que, même si Jésus agit dans sa puissance divine,
c’est chaque fois sous la dépendance de son Père. Il savait qu’il était exaucé,
mais il désirait rendre la foule témoin de sa dépendance et de sa relation avec
son Père dans le déploiement de cette puissance, afin qu’elle crût que Jésus
était véritablement l’envoyé du Père. Nous pouvons remarquer encore que Jésus
étant ici-bas, il ressuscite Lazare pour qu’il continue à vivre sur la terre,
tel que Jésus était avant sa mort. Lazare a dû mourir encore une fois, tandis
que le jour où Jésus ressuscitera les saints endormis, il les placera dans
l’état où il est entré lui-même par sa résurrection et sur lequel la mort n’a
aucun pouvoir. Il est dit en 1 Jean 3:2 : «Nous lui serons semblables, car
nous le verrons comme il est». Lazare fut semblable à Jésus quant à son corps,
tel qu’il était alors, et nous lui serons semblables, tel qu’il est maintenant
ressuscité et glorifié, lorsque nous serons ressuscités et transmués.
Le grand sujet de ce
chapitre est donc Jésus, Fils de Dieu, la résurrection et la vie, avec le
pouvoir de donner la vie aux morts. Nous avons déjà vu que cet évangile nous
présente le triste état de l’homme naturel sous trois figures : son
incapacité pour se servir de la loi (dans l’infirme de Béthesda, chap.
5) ; son état d’aveuglement spirituel (par l’aveugle-né, chapitre
9) ; son état de mort morale en Lazare. Jésus, le Fils de Dieu, l’envoyé
du Père, est la réponse de la grâce à la misère totale dans laquelle l’homme
est tombé par sa propre faute. Quel objet d’adoration et de louanges éternelles
qu’une si glorieuse personne et quel sujet éternel de reconnaissance que sa
venue ici-bas !
Plusieurs Juifs,
témoins de la résurrection de Lazare, crurent en Jésus. Mais d’autres allèrent
rapporter aux pharisiens ce qu’il venait de faire (v. 45, 46). Après avoir
appris ce miracle, au lieu d’y voir la gloire de Jésus et de croire en lui, ils
assemblèrent un sanhédrin (tribunal suprême des Juifs) pour décider ce qu’il
fallait faire de lui. «Si nous le laissons ainsi faire», disent-ils, «tous
croiront en lui, et les Romains viendront, et ôteront et notre lieu et notre
nation» (v. 47, 48). Selon eux, le grand malheur serait que tous crussent en
Jésus. Quelle opposition aux pensées de Dieu ! Dieu envoya son Fils dans
le monde «afin que tous crussent par lui» (chap. 1:7), et afin que tous ceux
qui croient fussent sauvés. Cette opposition aux pensées de Dieu est la même
aujourd’hui, car le monde est le même, quant aux principes qui le gouvernent,
qu’aux jours où Jésus fut rejeté. L’opposition à l’Évangile en est la preuve,
puisqu’il annonce aux hommes que quiconque croit au Fils de Dieu, le Sauveur, a
la vie éternelle. Dans le cas des chefs du peuple, leur haine contre Christ
provenait de leur jalousie en voyant son ministère de grâce attirer les foules,
car si tous venaient à croire en lui, eux perdraient leur position au milieu du
peuple. Ils désirent donc la mort de Jésus, mais allèguent comme prétexte la
crainte des Romains qui n’avaient cependant pas à redouter l’influence de celui
qui disait : «Rendez à César ce qui est à César». Si tous avaient cru que
Jésus était le Christ, il aurait établi son règne et détruit l’empire
romain ; c’est ce qu’il fera lorsqu’il viendra en gloire (voir Daniel 7:26,
27). Caïphe, le souverain sacrificateur, leur dit : «Vous ne savez rien,
ni ne considérez qu’il nous est avantageux qu’un seul homme meure pour le
peuple, et que la nation entière ne périsse pas» (v. 49, 50). Humainement
parlant, il émit cet avis par crainte de voir les Romains mettre fin à la
nation en voyant les succès obtenus par Jésus et qui, selon eux, détournaient
les Juifs du pouvoir de Rome. Pauvre sagesse ! car la destruction de la
ville et du peuple, par Titus, quarante ans plus tard, arriva comme jugement de
Dieu, précisément parce que les Juifs avaient rejeté leur Messie. Mais
au-dessus des prévisions humaines, comme Caïphe était souverain sacrificateur,
Dieu se servit de lui pour annoncer une grande vérité : «il prophétisa»,
dit l’auteur de l’évangile, «que Jésus allait mourir pour la nation ; et
non seulement pour la nation, mais aussi pour rassembler en un les enfants de
Dieu dispersés» (v. 51, 52), afin qu’un jour les Juifs, en regardant vers celui
qu’ils ont percé et croyant en lui, puissent jouir des bénédictions promises
que Dieu, dans sa fidélité, veut lui accorder. Mais en attendant le salut
d’Israël, Dieu voulait accomplir une œuvre merveilleuse dans le monde en vertu
de la mort de son Fils. Au chapitre 1, il est dit : «Mais à tous ceux qui
l’ont reçu, il leur a donné le droit d’être enfants de Dieu, savoir à ceux qui
croient en son nom». Dieu n’a pas voulu que ces enfants demeurassent isolés
dans ce monde alors qu’ils seraient pris de pays et de races divers ; il
voulait que, possédant la même vie, ils fussent unis entre eux, par la
puissance du Saint Esprit, venu ici-bas à la suite de la mort et de la
glorification de Christ. Tous les enfants de Dieu, séparés du monde, forment
une même famille, et comme nous le voyons dans les Actes et par les écrits de
Paul tout particulièrement, l’Assemblée de Dieu. D’une part, la méchanceté de
l’homme se manifestait ouvertement et atteignait, par la mort de Christ, son
point culminant ; de l’autre avait lieu la manifestation parfaite de
l’amour de Dieu et l’accomplissement de ses conseils. Dès ce jour les chefs du
peuple cherchèrent à faire mourir Jésus (v. 53).
La présence de Jésus
ici-bas manifesta l’état de parfait aveuglement moral dans lequel étaient les
Juifs, et, par lui, l’état de tous les hommes. Dieu envoie son Fils qui, tout
au long de son ministère, n’a cessé de donner toutes les preuves de sa divinité
par l’exercice d’un amour inlassable et de sa puissance en bonté. Néanmoins on
rejette ses paroles et ses œuvres (chapitres 8 et 9). Dieu venait encore de
rendre un témoignage éclatant à son Fils par la résurrection de Lazare, dont le
corps entrait déjà en décomposition ; c’était la vie portée au sein de la
mort, à laquelle, par une parole, Jésus arrachait l’homme, incapable de s’y
soustraire. Témoins de ce fait et de la vie parfaite de Jésus, les Juifs, la
race humaine, ne voient pourtant en lui qu’un homme qui méritait la mort. Dès
lors, l’état de l’homme en Adam fut manifesté : il ne pouvait se
réconcilier avec Dieu, ni profiter des moyens mis à sa disposition pour le
sortir des conséquences du péché. Dieu pouvait exécuter sur lui son juste
jugement. Mais, dans sa grâce infinie, c’est son propre Fils qui subit ce
jugement à la place des coupables, «afin que quiconque croit en lui ne périsse
pas, mais qu’il ait la vie éternelle».
À la croix l’homme en Adam a pris fin en Christ sous le jugement de
Dieu ; Dieu en a fini là avec lui ; un nouvel homme, tiré de la mort
par la résurrection de Christ, se trouve en Christ devant Dieu. Telle est la
part du croyant en attendant d’être avec Christ, semblable à lui : «Si
quelqu’un est en Christ, c’est une nouvelle création : les choses vieilles
sont passées ; voici, toutes choses sont faites nouvelles» (2 Cor. 5:17).
Dès lors, «Jésus ne
marcha plus ouvertement parmi les Juifs ; mais il s’en alla de là dans la
contrée qui est près du désert, en une ville appelée Éphraim ; et il
séjourna là avec les disciples» (v. 54).
Pendant ce temps, la
fête de Pâque se préparait ; la dernière avant l’antitype qui est la mort
de l’Agneau de Dieu. Des campagnes
environnantes, on montait pour se purifier, afin de pouvoir la célébrer. On
cherchait Jésus ; on se demandait s’il n’y viendrait pas aussi, sans doute
dans l’espoir de le voir accomplir quelque miracle. On pensait peu qu’à cette fête,
ce Jésus qu’on désirait voir serait crucifié entre deux malfaiteurs, car «les
principaux sacrificateurs et les pharisiens avaient donné ordre que si
quelqu’un savait où il était, il le délarât, afin qu’on le prît» (v. 57).
L’homme signa son arrêt de mort en décrétant la mort de Jésus ; mais, par
le triomphe de l’amour de Dieu, là où le péché abondait, la grâce a surabondé.
Aujourd’hui de même,
les fêtes et les formes religieuses s’observent nominalement en l’honneur de
Christ. Mais, pratiquement, il est exclu de la vie, des affections, des
pensées. Le plus grand nombre de ceux qui pratiquent la religion chrétienne, en
contraste avec les autres cultes, en observent les formes dans un but
méritoire. Toutefois ils refusent de croire que la seule manière dont un
pécheur peut être agréable à Dieu, c’est d’accepter Jésus pour son Sauveur et
de se séparer du monde en portant son opprobre.
«Jésus donc, six
jours avant la Pâque, vint à Béthanie où était Lazare, le mort, que Jésus avait
ressuscité d’entre les morts. On lui fit donc là un souper ; et Marthe
servait, et Lazare était un de ceux qui étaient à table avec lui» (v. 1, 2).
Pendant que l’on
complotait à Jérusalem pour faire mourir Jésus, un repas lui était préparé à
Béthanie. Dans ce lieu béni, loin de la haine des hommes, le Seigneur trouvait
une retraite et l’affection de cœurs qui lui étaient attachés. Nous aimons à
penser combien il jouissait, dans ce milieu, de l’amour dont lui-même avait rempli
les cœurs.
Jean fait de cette
scène un récit quelque peu différent de ceux de Matthieu et de Marc (Matthieu
26:6-13 et Marc 14:3-9). Cela tient au caractère de l’évangile et à
l’enseignement spécial que l’Esprit de Dieu présente. Nous avons vu, au chapitre
précédent, que Dieu glorifia son Fils à la résurrection de Lazare. Dans notre
chapitre un témoignage sera encore rendu à sa gloire comme Messie (v. 12-19) et
comme fils de l’homme (v. 20-26). Avant cela, l’Esprit de Dieu nous donne, dans
ce repas à Béthanie, un petit tableau symbolique des bénédictions qui
résulteraient de la victoire que Jésus allait remporter sur la mort et dont il
donna le gage par la résurrection de Lazare. Si l’on considère ces résultats au
point de vue du peuple juif, Lazare, tiré d’entre les morts, représente
l’Israël futur, ressuscité lui aussi, et Marthe ceux qui auront traversé
vivants le temps des jugements. Israël, dans ces deux parties, jouira des
bénédictions du règne que le Seigneur établira ensuite de sa mort et de sa résurrection.
Mais en attendant l’accomplissement de ce qui concerne le peuple terrestre, il
se passe, dans l’économie actuelle, une scène bien plus intime entre le
Seigneur et ceux qui sont au bénéfice de son œuvre. Ils lui rendent culte et
réalisent tous les caractères de la vie chrétienne, dont chacun des trois
convives présente un côté différent.
Dans les deux
évangiles qui nous rapportent ce récit, il est dit que Jésus était chez Simon
le lépreux, en Marc, «à table». Ici, Simon n’est pas nommé ; il est dit
simplement : «On lui fit là un souper» ; tout exprès pour lui. Dans
la vie du croyant, tout doit être fait pour le Seigneur ; il jouit ainsi
déjà des résultats de son œuvre quand il voit vivre pour lui ceux qui, avant de
le connaître, vivaient absolument pour eux-mêmes.
Être à table, c’est
l’expression de la communion. Lazare
le mort était à table. Tous les croyants devraient jouir de cette communion,
parce qu’ils sont devenus vivants pour Dieu et par conséquent morts au monde
dont ils ne sont plus.
En Marthe, nous avons
la figure du service, de tout ce
qu’on fait pour honorer le Seigneur dans la vie de chaque jour. Tous nous avons
un service à accomplir pour lui. Maintenant qu’elle connaît Jésus comme la
résurrection et la vie, elle le sert,
elle l’a pour seul objet ; elle n’est plus distraite par son service,
comme en Luc 10:40.
En Marie nous avons
la part suprême de la vie chrétienne, l’adoration, le culte. «Marie donc, ayant pris une livre de parfum de nard pur de grand
prix, oignit les pieds de Jésus et lui essuya les pieds avec ses cheveux ;
et la maison fut remplie de l’odeur du parfum» (v. 3). En Matthieu et Marc,
Marie, qui est simplement appelée «une femme», répand le parfum sur la tête de
Jésus. En Matthieu, qui présente Jésus comme Messie, nous voyons cette femme le
reconnaître comme tel, contrairement au peuple, à l’approche de sa mort ;
elle répand sur la tête du Messie l’huile de l’onction royale, expression de la
valeur qu’a pour son cœur la personne du Christ rejeté. Comme Jésus devait
ressusciter avant que l’on eût le temps d’embaumer son corps, il accepte cette
onction comme ayant la valeur de son embaumement, service dont les autres
femmes, attachées au Seigneur aussi, mais moins intelligentes que Marie, furent
privées : lorsqu’elles se rendirent au sépulcre, Jésus était ressuscité.
En Marc, où nous
voyons Jésus comme prophète ou serviteur, c’est sous ce caractère qu’il est
honoré et oint. Nous y trouvons la même appréciation de sa personne, le même
amour qui, sous l’effet de la haine de l’homme et de l’approche de la mort,
exhale son parfum.
Dans notre évangile,
Marie s’approche de Jésus avec tout le respect et l’honneur dus au Fils de
Dieu. Elle a été assise à ses pieds, où elle a appris à connaître l’excellence
de sa personne. La résurrection de son frère lui a encore révélé une gloire
qu’elle ignorait jusqu’alors. Son cœur, débordant de l’amour dont Jésus était
l’expression, l’amène en toute humilité à ses pieds, dans la conscience qu’elle
avait de la grandeur et de la divinité du Fils de Dieu. Ce fait nous apprend
pourquoi Marie oint, non la tête, mais les pieds du Fils de Dieu, de celui qui,
Dieu manifesté en chair, a bien voulu lui apporter du ciel, ainsi qu’à tous les
croyants, l’amour divin, infini, manifesté dans le don de lui-même. La haine
que lui témoignaient les Juifs, l’approche de la mort dont Marie apercevait
déjà les ombres, faisaient ressortir les gloires de son unique objet, en même
temps que son amour pour lui. Elle pressentait que le dernier moment était venu
pour lui témoigner le prix qu’il avait pour son âme. Ce parfum de grand prix
symbolise l’adoration et la louange offertes au Seigneur dans le culte par ceux
qui apprécient sa glorieuse personne. Ceux qui demeurent étrangers à l’amour de
Jésus estiment cet honneur comme une perte. Judas l’exprime en ces
termes : «Pourquoi ce parfum n’a-t-il pas été vendu trois cents deniers et
donné aux pauvres ? » Le monde aussi pense qu’au lieu d’honorer le
Seigneur en lui témoignant le respect, la reconnaissance, l’amour qui lui sont
dus, par le culte et une vie d’obéissance tout entière, il vaudrait mieux
s’occuper de bonnes œuvres qui ont plus d’apparence aux yeux des hommes. Elles
ont leur place ; le Seigneur les apprécie lorsqu’on les fait pour
lui ; mais il doit occuper en toutes choses la première place et, dans le
culte, toute la place. Hélas ! Judas, qui poursuivait son but tristement
intéressé, ne se souciait pas des pauvres ; ses affections étaient
ailleurs ; il aimait l’argent, ce qui avait fait de lui un voleur. Dans un
cœur comme le sien, rendu insensible à l’amour dont il avait été entouré,
endurci par l’amour de l’argent, il n’y avait plus de place pour Jésus :
sérieux avertissement à l’adresse de ceux qui aiment l’argent, car
l’attachement à la matière endurcit, ôte les sens spirituels, rend égoïste, et
conduit souvent au vol et même au crime.
Jésus répondit à
Judas : «Permets-lui d’avoir gardé ceci pour le jour de ma sépulture. Car
vous avez les pauvres toujours avec vous ; mais moi, vous ne m’avez pas
toujours» (v. 7, 8). Une occasion unique se présentait de faire quelque chose
pour le Seigneur, puisqu’il allait être crucifié quelques jours après, tandis
que l’on a constamment l’occasion de faire du bien aux pauvres. Il y a un temps
pour tout ; il faut savoir le discerner et en profiter (Ecclésiaste
3:1-8).
Quel contraste
saisissant nous offre l’attitude de Lazare, de Marthe et de Marie, et celle du
monde qui haïssait Jésus, sans parler de Judas ! L’objet aimé et glorieux
des uns est en butte à la haine des autres. Ce contraste existe encore
aujourd’hui entre le croyant et le monde, car le monde n’aime pas mieux Jésus
aujourd’hui qu’alors, et tout ce que Jésus était alors pour les siens, il l’est
encore maintenant. Il ne manque aux croyants que d’imiter Marie, assise à ses
pieds, écoutant sa Parole, pour apprendre à connaître ses gloires, à être
pénétrés de son amour, pour l’apprécier, lui adresser le culte qui lui est dû,
vivre pour lui, afin que le parfum de Christ se répande autour d’eux. Le temps
actuel est le seul dans lequel nous puissions rendre témoignage à Jésus en
présence du monde qui ne trouve en lui aucune beauté. Bientôt nous n’en
trouverons plus l’occasion ; saisissons-la, comme Marie.
Pendant que Jésus
était à table, une grande foule de Juifs vint non seulement pour le voir, mais
pour voir Lazare ressuscité. Ceci causa un vif déplaisir chez les principaux
sacrificateurs, en sorte qu’ils «tinrent conseil, afin de faire mourir aussi
Lazare ; car, à cause de lui, plusieurs des Juifs s’en allaient et
croyaient en Jésus» (v. 10, 11). Folie de l’incrédulité, aveuglement de la
haine ! Jésus ressuscite un mort ; les hommes veulent le faire
mourir. Croyaient-ils annuler la puissance divine ? Leur haine les
empêchait de raisonner logiquement. Ils en veulent à Lazare, parce que le
miracle dont il avait été l’objet avait amené des Juifs à croire en Jésus. Tel
est l’homme naturel en présence de tout le déploiement de la grâce et de la
puissance en sa faveur. Cependant plusieurs crurent. C’est ce que nous avons vu
plusieurs fois (chap. 10:42 ; 11:45). Dieu accomplit son œuvre malgré
tout, encore aujourd’hui, au milieu de l’incrédulité générale de la chrétienté.
Après la scène
touchante et intime de Béthanie, où Jésus reçut l’hommage de cœurs vibrants de
son amour, il se mit en chemin pour Jérusalem, la ville qui tue les prophètes,
et où il allait mourir ; mais où Dieu voulait qu’il entrât comme Roi pour
l’accomplissement des Écritures, en témoignage aux Juifs qu’il était bien leur
Messie, le fils de David. «Le lendemain, une grande foule qui était venue à la
fête, ayant ouï dire que Jésus venait à Jérusalem, prit les rameaux des
palmiers et sortit au-devant de lui, et criait : Hosanna ! béni soit
celui qui vient au nom du Seigneur, le roi d’Israël ! Et Jésus, ayant
trouvé un ânon, s’assit dessus, selon qu’il est écrit : «Ne crains point,
fille de Sion ; voici, ton roi vient, assis sur l’ânon d’une ânesse» (v.
12-15). Dans les autres évangiles, on tapisse de rameaux et de vêtements la
voie royale ; ici il est simplement dit qu’ils «prirent les rameaux des
palmiers», selon Lévitique 23:40, ce qui se faisait à la fête des tabernacles,
type du règne millénaire, dont nous avons une anticipation momentanée. On
acclame Jésus, selon le Psaume 118:25, 26, comme le roi qui vient au nom de
l’Éternel, et selon la prophétie de Zacharie 9:9, qui devait s’accomplir durant
la présentation du Messie venu dans l’humilité. Lorsqu’il viendra comme Fils de
l’homme pour régner, il apparaîtra en gloire sur les nuées du ciel et non sur
le poulain d’une ânesse. Si les Juifs n’avaient pas été aveuglés par leur haine
et leur incrédulité, ils auraient compris que les prophéties s’accomplissaient
par l’entrée de Jésus à Jérusalem et l’auraient reçu. Même les disciples ne le
comprirent que plus tard. «Mais quand Jésus eut été glorifié, alors ils se
souvinrent que ces choses étaient écrites de lui, et qu’ils avaient fait ces
choses à son égard» (v. 16).
Les versets 17, 18
nous rapportent que la foule s’était portée au-devant de Jésus à la nouvelle du
miracle de la résurrection de Lazare ; elle lui rendait témoignage à cause
de cela. Dieu a voulu que la résurrection de Lazare fût publiquement connue.
Mais ce témoignage de la foule excite encore la haine des pharisiens contre
Jésus au lieu de les convaincre, «Vous voyez que vous ne gagnez rien»,
disent-ils ; «voici le monde est allé après lui» (v. 19 ). Les malheureux
voyaient sombrer leur influence, leur crédit et toute leur gloire, si le peuple
suivait celui qui ressuscitait les morts, le Fils de Dieu, le Messie, le Fils
de David, le Sauveur du monde. Pour eux, tout, sauf lui, même un brigand. Quel
tableau de notre propre cœur !
Parmi les foules
venues à la fête, se trouvaient des Grecs ; quoique étrangers à Israël,
ils participaient à la fête et souhaitaient de voir Jésus. Pour cela ils
s’adressèrent à Philippe ; celui-ci, probablement étonné que des Grecs
désirassent voir Jésus, le dit à André, et, ensemble, ils le rapportèrent à
Jésus (v. 20-22). Ce désir exprimé par des gentils, rappelle au Seigneur le
moment où les nations seront admises à participer aux bienfaits du règne du
fils de l’homme. Mais rejeté comme Messie, pour prendre ce titre, il devait
mourir. Jésus pouvait s’intituler Fils de Dieu et Fils de David sans passer par
la mort ; mais, pour prendre son titre de Fils de l’homme et, comme tel,
régner sur l’univers, s’associer des hommes dans la gloire, il devait mourir.
C’est pourquoi Jésus répond aux deux disciples : «L’heure est venue pour
que le Fils de l’homme soit glorifié. En vérité, en vérité, je vous dis :
À moins que le grain de blé, tombant en terre, ne meure, il demeure seul ;
mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruit» (v. 23, 24). L’«heure» est celle
de la glorification du Fils de l’homme. Selon les conseils de Dieu, il ne
devait pas être seul dans la gloire, mais avoir des compagnons, des hommes, non
des anges. Mais ces hommes tous pécheurs, loin de Dieu, méritaient la mort que
Jésus allait subir. C’est pourquoi il dit que, si le grain de blé ne tombe en
terre et ne meurt, il ne peut porter du fruit. C’était lui ce grain de blé, le
seul homme selon les pensées et les conseils de Dieu, le seul qui pût entrer au
ciel et jouir, comme homme, de la gloire de la présence de Dieu. S’il ne
mourait pas, il demeurerait éternellement seul dans le ciel, où il pouvait
entrer en vertu de ses propres perfections. Pour accomplir les desseins de
Dieu, il accepte de porter le jugement de ceux qui seront ses compagnons dans
la gloire ; il les délivre de tout ce qui les privait de la jouissance
éternelle de la présence de Dieu. Sa mort met fin à tout ce qu’est l’homme en
Adam et à tous ses péchés. Par sa résurrection, il place l’homme devant Dieu,
dans la même position que lui, en lui, en attendant qu’il y soit avec lui,
semblable à lui, glorifié. C’est ainsi que pouvaient s’accomplir les conseils
éternels de l’amour divin. Dieu le Père voulait amener dans la gloire des fils,
fruits de la mort de son Fils bien-aimé. Aussi nous pouvons bien chanter :
Les vœux de ton amour
immense
N’eussent pas été
satisfaits,
Sans voir au ciel, en
ta présence,
Des hommes sauvés et
parfaits.
Dans les versets 25
et 26, le Seigneur parle des conséquences pratiques de sa mort ici-bas, pour
ceux qui participeront à la gloire avec lui : «Celui qui affectionne sa
vie, la perdra ; et celui qui hait sa vie dans ce monde-ci, la conservera
pour la vie éternelle. Si quelqu’un me sert, qu’il me suive ; et où je
suis, moi, là aussi sera mon serviteur : si quelqu’un me sert, le Père
l’honorera». En attendant la gloire, ceux qui y participeront doivent
abandonner leur vie d’homme en Adam, puisque Jésus est mort pour les en
délivrer. Si quelqu’un a de l’affection pour cette existence-là, s’il satisfait
sa volonté et lui accorde les jouissances du monde qui a rejeté Jésus,
certainement il la perdra pour l’éternité. On ne peut avoir, dans la gloire, la
vie acquise par la mort de Christ et conserver sa vie de pécheur ici-bas. Il
faut l’abandonner pratiquement, dès que l’on possède la vie divine, en
réalisant la mort toujours et partout, en marchant sur les traces de Jésus, en
dehors de tout ce qui caractérise le monde où la vieille nature trouve sa
satisfaction. De cette façon on conservera sa vie pour l’éternité, en jouissant
déjà de tout ce qui appartient à la vie éternelle. Car le croyant est la
propriété de celui qui est mort pour lui obtenir la vie ; c’est lui que
nous devons servir ; aussi Jésus dit : «Si quelqu’un me sert, qu’il
me suive», et les conséquences en sont évidentes. On ne saurait servir le
Seigneur sans le suivre, malgré toute la profession que l’on peut en faire. On
ne saurait servir Christ et rester attaché au monde qui ne veut rien de lui. Il
a tracé aux siens un chemin en dehors du monde dont il dit que nous ne sommes
pas. Il nous a laissé un modèle, afin que nous suivions ses traces (1 Pierre
2:21). En suivant le même chemin, on arrive où Jésus est arrivé. «Où je suis,
moi, là aussi sera mon serviteur». En outre, le Père honorera celui qui aura
servi son Fils, car le Fils est l’objet d’une telle affection pour le Père que
tout ce qui est fait pour lui, le Père l’apprécie et le récompense. Mais le
grand motif qui doit engager le croyant à suivre le Seigneur dans le chemin du
renoncement au moi et au monde, c’est l’amour du Seigneur pour lui, amour qui
lui a fait quitter la gloire pour venir dans ce monde, le sauver en subissant
le jugement de Dieu, que tous ont mérité. Objets d’un tel amour, voudrions-nous
avoir ici-bas une autre part, une autre place, que celle de notre Sauveur et
Seigneur, lorsqu’il vint nous sauver ? Si la marche du chrétien s’inspire
de l’amour du Seigneur pour lui, tout lui deviendra facile, et ensuite le Père
l’honorera. Cet honneur ne sert pas de motif à la fidélité, mais l’encourage.
Ce qui venait de se
passer, plaçait devant Jésus la mort terrible qu’il allait subir. Il
s’écrie : «Maintenant mon âme est troublée ; et que dirai-je ?
Père délivre-moi de cette heure ; mais c’est pour cela que je suis venu à
cette heure. Père, glorifie ton nom» (v. 27 ). Ce n’est pas la mort de la part
des hommes qui troublait l’âme de Jésus, tout sensible qu’il fût aux
souffrances de tous genres qu’elle comportait ; c’était la mort, jugement
de Dieu, mort nécessaire pour ôter le péché afin de placer l’homme devant Dieu,
lavé de toutes ses souillures. Selon toutes les perfections de sa nature, le
Seigneur éprouvait l’horreur du moment où il serait séparé de son Dieu par
l’abominable péché qu’il allait expier. Il ne pouvait désirer ce moment.
«Délivre-moi de cette heure», dit-il ; comme en Gethsémané (Luc
22:42) : «Père, si tu voulais faire passer cette coupe loin de moi !»
Mais», dit-il
aussitôt, dans une soumission parfaite à la volonté de son Père : «C’est
pour cela que je suis venu à cette heure : Père, glorifie ton nom». Par
amour pour son Père, il vint accomplir cette œuvre, afin de maintenir sa gloire,
ses droits, en portant les conséquences du péché, du déshonneur que l’homme
avait jeté sur le nom de Dieu, et pour que l’amour de son Dieu et Père pût être
connu de coupables repentants. En réponse à son désir, une voix se fit entendre
du ciel : «Et je l’ai glorifié, et je le glorifierai de nouveau». Glorifié
par la résurrection de Lazare, il allait l’être encore par la résurrection de
Jésus lui-même. Il a été «ressuscité d’entre les morts par la gloire du Père»
(Rom. 6:4). Si le Seigneur n’a pas été délivré de l’heure de la mort, il a été délivré de la mort après l’avoir subie, chose impossible pour aucun autre
homme. Les perfections divines et humaines du second Homme rendaient possible
qu’il passât par la mort en portant le péché dont il s’était chargé, sans
qu’elle le retînt. Après l’avoir endurée pour d’autres, il allait en sortir
victorieux.
Entendant la voix
venue du ciel, la foule dit qu’un coup de tonnerre s’était produit ;
d’autres prétendaient qu’un ange lui avait parlé. Jésus répondit : «Cette
voix n’est pas venue pour moi, mais pour vous. Maintenant est le jugement de ce
monde ; maintenant le chef de ce monde sera jeté dehors» (v. 30, 31).
Toujours en communion avec son Père, le Seigneur n’avait pas besoin qu’il lui
répondît publiquement ; il lui communiquait ses réponses dans l’intimité
de cette communion ; mais il fallait que la foule eût encore ce témoignage
de la part du ciel, à cette heure suprême, solennelle pour tous. Si Jésus
meurt, tout est fini entre Dieu et le monde, sauf pour ceux qui croiront en
lui, mort et ressuscité. Il n’y a plus aucune ressource à faire valoir en
faveur du monde jugé, sinon la grâce s’adressant non à lui, mais à des
individus, des quiconque, comme Jean
se plaît à le répéter souvent. Autre conséquence de la mort de Jésus :
«Maintenant le chef de ce monde sera jeté dehors». C’est la délivrance de
l’assujettissement à Satan, qui s’est constitué le chef de ce monde en
conduisant tous les hommes à mettre à mort Jésus. Jusqu’ici, Satan n’avait pas
encore reçu ce titre. Il sera lié pour la durée du règne du Fils de l’homme et
jeté ensuite dans l’étang de feu préparé pour lui et ses anges. Déjà maintenant
le croyant bénéficie de la victoire que Jésus a remportée sur Satan, en
marchant dans la même obéissance que celui qui put dire, en s’avançant vers
l’heure de la mort : «Le chef du monde vient, et il n’a rien en moi» (Jean
14:30).
Cependant Satan est
toujours le prince de ce monde au milieu duquel nous sommes ; pour lui
résister, il suffit de suivre le modèle que nous avons en Christ. Bientôt il
sera jeté dehors. «Le Dieu de paix brisera bientôt Satan sous vos pieds» (Rom.
16:20).
Jésus parle ensuite
de sa mort en rapport avec le salut des hommes ; car s’il devait rendre
«impuissant celui qui avait le pouvoir de la mort, c’est-à-dire le diable»,
c’était pour délivrer «tous ceux qui, par la crainte de la mort, étaient,
pendant toute leur vie, assujettis à la servitude» (Héb. 2:14, 15). «Et moi»,
dit Jésus, «si je suis élevé de la terre, j’attirerai tous les hommes à moi-même.
Or il disait cela pour indiquer de quelle mort il allait mourir» (v. 32, 33).
Jésus, homme parfait, n’avait plus de place sur la terre. Mais comme il voulait
prendre celle de l’homme pécheur sous le jugement de Dieu, il ne pouvait entrer
au ciel sans passer par la mort ; aussi, rejeté de la terre, il prend
place entre la terre et le ciel, sur la croix, pour attirer tous les hommes à
lui, le Sauveur, pour introduire ensuite au ciel tous ceux qui auraient cru.
L’œuvre de la croix s’accomplissait à l’intention de tous les hommes, non
seulement des Juifs, en sorte que tous peuvent venir à Jésus et obtenir le
salut.
La place que Jésus
prend sur la croix est celle que représentait l’autel d’airain sur lequel les
sacrifices étaient offerts dans le désert. Ni au milieu du peuple, ni dans le
tabernacle, mais entre les deux, dans le parvis, il se trouvait dans le seul
lieu où le pécheur pouvait se rencontrer avec un Dieu qui a les yeux trop purs
pour voir le mal, dont personne n’osait s’approcher sans mourir.
Les Juifs comprenant
que «élevé de la terre» indiquait la crucifixion, disent à Jésus : «Nous,
nous avons appris de la loi, que le Christ demeure éternellement : et
comment, toi, dis-tu qu’il faut que le fils de l’homme soit élevé ? Qui
est ce fils de l’homme ? »
Cette question fait
voir, qu’au fond, ils admettent que Jésus fût le Christ, le Messie, puisqu’ils
comprennent qu’il parle de lui et qu’ils appliquent au fils de l’homme ce qui est
dit du Christ. Mais ils pensent toujours à un Christ glorieux, puisque même
ceux qui l’avaient reçu ne comprenaient pas qu’il devait mourir. Cependant
leurs Écritures disaient : «le Messie sera retranché et n’aura rien»
(Daniel 9:26). Messie et fils de l’homme sont deux titres de la même personne,
mais avec des attributions différentes, comme nous l’avons souvent remarqué.
Parler du fils de l’homme, c’est parler du Messie rejeté, et, dans ce
moment-là, ce rejet allait être consommé. Cependant ceux qui l’entouraient
pouvaient encore profiter de la présence de Jésus comme lumière, afin de sortir
de leur condition ténébreuse, où Jésus allait les laisser. C’est ce qu’il leur
dit, au lieu de leur expliquer qui était le fils de l’homme : «Encore pour
un peu de temps la lumière est au milieu de vous ; marchez pendant que
vous avez la lumière, afin que les ténèbres ne s’emparent pas de vous ; et
celui qui marche dans les ténèbres ne sait où il va. Pendant que vous avez la
lumière, croyez en la lumière, afin que vous soyez fils de lumière. Jésus dit
ces choses, et s’en allant, il se cacha de devant eux» (v. 35, 36). Ce dont ils
avaient besoin, c’était non de savoir qui était le fils de l’homme, mais bien
de profiter de celui qu’ils avaient devant leurs yeux, de profiter de la
lumière, comme l’aveugle-né, en croyant en lui, l’envoyé de Dieu, «la vraie
lumière qui, venant dans le monde, éclaire tout homme» (chapitre 1:9). Les
ténèbres allaient s’emparer d’eux. Vers la fin de ce jour, ils pouvaient encore
profiter des derniers rayons du soleil sur le point de se cacher, au lieu de
discuter sur sa personne, car «Jésus dit ces choses, et s’en allant, il se
cacha de devant eux».
Dans les temps
absolument semblables où nous vivons, la lumière de l’Évangile brille encore
sur ce monde. Mais au lieu de croire simplement la Parole de Dieu, on discute
sur sa valeur ; on ne croit pas à son inspiration divine ; on veut
expliquer ce qu’il faut en croire et ce qu’il faut en rejeter. On raisonne
aussi sur la personne de Jésus ; on doute de sa résurrection, même de
celle de Lazare, et ainsi de suite. Pendant ce temps, les jours s’écoulent et
l’on s’approche rapidement du terme de la patience de Dieu, du jour où la voix
de la grâce se taira pour laisser dans les ténèbres qu’ils auront choisies ceux
qui n’en ont pas profité. De ces ténèbres, qu’on appelle progrès et lumière, on
veut se servir pour éclairer ce que Dieu dit par sa Parole. Quoique nous soyons
à la fin du jour où brille la lumière de l’Évangile de la grâce de Dieu, il est
encore temps de croire comme Jésus le dit aux Juifs : «Pendant que vous
avez la lumière, croyez en la lumière, afin que vous soyez fils de lumière». On
n’est pas sauvé par l’intelligence, ni par le raisonnement, mais par la foi
semblable à celle d’un petit enfant, la foi au Sauveur, mort pour nos péchés et
ressuscité pour notre justification.